OBSERVATION IX
Insuffisance mitrale. — Asystolie- — Troubles cérébraux. — Délire. (Th. Limbo.)
Joséphine, âgée de 53 ans, blanchisseuse, entre le 17 octobre 1877, dans le service de M. Hardy, salle Sainte- Anne, lit n° 89. Elle se plaint de palpitations.
Mariée à l’âge de 32 ans, elle n’a jamais eu d’enfants. Elle a cessé d’avoir ses règles à l’âge de 45 ans et la ménopause n’a été accompagnée d’aucun accident. Depuis cette époque, elle s’enrhumait facilement et tous-
Dies
sait beaucoup ; lorsqu’en juillet 1873, elle fut prise de douleurs articulaires. Ces douleurs envahirent plusieurs articulations, et la malade fut obligée de garder le lit pendant près d’un mois. Pendant cette attaque, il n’y eut aucun phénomène cérébral manifeste, et après sa guérison, il ne survit aucun trouble encéphalique, mais la malade toussait toujours. Depuis cette époque, les douleurs revinrent à plusieurs reprises, mais avec une intensité moindre que la première fois. Vers la fin de novembre 1875, les jambes commencèrent à enfler ; en même temps qu’apparut l'œdème, se produirent de violentes palpitations, accompagnées de douleurs lombaires. La malade fut soignée chez ellependant quelque temps, elle ne peut dire le traitement qui lui à été imposé; enfin, son état s’aggravant, elle entre à l’hôpital.
Cette malade se présente dans l’étatsuivant : c’estune femme vigoureusement constituée. La face et les extrémités sont œdématiées, et l’on remarque sur les deux jambes un érythème rouge vif. Les veines de la peau sont très apparentes, la face est d’une pâleur jaunâtre, les pommettes ont néanmoins unelégère teinte cyanosée. Le cœur a des contractions faibles ; on n’observe rien de particulier à la base, mais à la pointe et au premier temps, souffe très manifeste. La percussion révèle une légère hypertrophie. Le pouls est petit, irrégulier, dépressible; les veines du cou sont dilatées, les artères ne sont pas athéromateuses. Dans les poumons congestion intense à la base ; la respiration est courte, difficile ; la malade est oppressée.
Les fonctions digestives sont altérées, l’appétit est
nul ; la malade à eu la diarrhée les jours RER. 7e position déclive de la tête ne peut être tolérée. Il n Lo a point d’albumine dans les urines.
Le 14, la malade se plaint de ne pouvoir dormir la nuit. Elle est sujette aux cauchemars, se réveille souvent en sursaut, et, d’après le renseignement de ses voisines,
se met à parler quelquefois toute seule dans son lit; de plus, elle a des mouvements d’impatience, après lesquels: elle garde un complet silence et ne veut plus répondre aux questions qu’on lui adresse.
Potion au chloral, digitale.
Le 16, l’enflure aux jambes augmente, la malade est plongée dans l’assoupissement ; toute la nuit elle a eu des rêvasseries pendant lesquelles elle a déliré: elle se plaint d’y voir trouble et de ne pouvoir discerner les ob— jets ; l’ouïe paraît un peu affaiblie. La force musculaire est un peu diminuée du côté gauche. La malade bredouille, s'exprime difficilement et cherche les mots qu’elle doit employer. L’oppression augmente; le visage est cyanosé.
L'examen ophtalmoscopique révèle une grande dilatation des veines rétiniennes de l’œil droit, avec exsudation blanchâtre autour de la pupille. La macula est en partie recouverte par une tache satinée. Au niveau de Péquateur de l’œil, la malade regardant fortement en bas et en dehors, on observe un petit sablé hémorrhagique qui semble correspondre à l’extrémité d’une veine rétinienne.
Le 28, la malade a eu un sommeil agité ; elle a voulu quitter son lit sous prétexte qu’un rat lui mordait les pieds. La congestion pulmonaire a fait des progrès rapides et l’oppression augmente. Le visage exprime la fatigue, l’abattement et l’indifférence. La digitale a été supprimée il y a trois jours. L’ascite est survenue et accompagne l’œdème des membres inférieurs. La matité du foie s’est augmentée. Les bruits du cœur sont tumultueux ; au cou, on observe le pouls veineux; les urines sont rares mais ne contiennent pas d’albumine. Céphalalgie intense, obnubilation de la vue, somnolence, puis coma. La malade succombe dans la nuit du 30, à la suite d’un accès d’orthopnée.
Autopsie. — Cavitè cranienne : les méninges sont
ire
rouges, injectées, mais n’adhèrent pas à la pulpe cérébrale. On trouve un peude sérosité dans les ventricules; pas de traces de ramollissement ni d’hémorrhagie. Les poumons sont vivement congestionnés et très œdématiés; la membrane muqueuse des bronches est très épaissie.
Le cœur est volumineux; cette hypertrophie, plutôt apparente, es t due surtout à la dilatation du ventricule droit. Pas d’adhérence du péricarde, pas d’épanchement dans sa cavité; quelques plaques laiteuses à la surface des ventricules. Les valvules sigmoïdes sont saines ; l’orifice mitral est dilaté, ce qui rend la valvule insuffisante. Les artères sont saines. Reins normaux. Foie augmenté de volume ; à la coupe, il a l’aspect du foie muscade.