OBSERVATION X
Rétrécissement et Insuffisance aortique. — Lypémanie avec accès de mégalomanie. — Hallucinations. (Asile de Bron, service de M. le professeur Pierret.)
P., 55 ans, blanchisseuse, veuve, illettrée. Le père, alcoolique, n’avait pas toute sa raison. P...…. a eu 11 enfants, s’est toujours bien portée : depuis un an elle boit un peu. Cette femme mariée à un homme peu laborieux à eu à supporter toutes les charges du ménage ; c’est elle qui a élevé ses enfants. Son mari est mort il y a 6 ans, après 7 ans de maladie, peut-être d’une affection médullaire ? A la mort de son mari elle eut un grand chagrin et passa une nuit au cimetière sur la tombe de ce dernier, où elle vit de beaux messieurs apporter de belles couronnes. Depuis, sa raison n’a jamais été bien nette.
C’est vers le mois de mars 1882 qu’apparurent des
TRE signes plus accusés d’aHénation : elle voulait aller se promener sur l’eau, se disait jeune, n’avait pas 20 ans, ne croyait pas avoir d’enfants et voulait se marier, Puis elle a laissé ses projets de mariage et s’est mise à parler d’un frère absent depuis longtemps et qu’elle uppose être en Amérique. Il doit être très riche, c’est un héritage en perspective. De plus, elle a la manie du vol ; depuis 2 ou 3 mois elle prend en cachette tout ce. qu'elle peut, un pain chez le boulanger, elle boit un, bock à la brasserie et prie le garçon de passer à son bureau. Elle a bu des œufs de canaris chez sa belle-fille ; prenait dans la bouche même de ses petits-enfants, des raisins et autres fruits qu’elle mangeait. Il y a trois semaines, elle a quitté le domicile de ses enfants et a été retrouvée 5 jours après, toute nue au milieu de la pluie, dans une localité voisine.
Entrée à l’Asile de Bron, dans le service de M. le professeur Pierret, le 6 juillet 1882.
Au moment de l’admission, elle se plaint de quelques maux de tête, se croit riche, elle a 40,000 fr. d’avance qu’elle ne pourrajamais dépenser complètement, du reste elle est bien digne de la fortune. Excellente blanchisseuse, elle travaille pour de bonnes familles et partout où elle passe on l’a comble de présents. La nuit, elle entend des voix et crie qu’elle voit venir des voleurs. Perte de la mémoire, elle ne reconnait pas ses enfants, elle n’en sait pas le nombre. Appétit exagéré, véritable gloutonnerie. Evacuations involontaires, surtout lorsqu’on lirrite, disent ses enfants. Force musculaire diminuée, sensibilité obtuse. Les sentiments affectifs ont complètement disparu. Varices à la jambe droite, à la jambe gauche, gonfiement périmalléolaire ; ulcération au niveau du talon, douleur presternale, le cœur est hypertrophié ; palpitations. À Pauscultation : souffle aux deux temps et à la base ; léger soufïlle systolique à la pointe. Pouls. un peu bondissant, 23 au quart. Aux poumons : légère
matité aux bases et râles sous-crépitants disséminés. La malade a un facies intelligent : figure allongée, un peu amaiïigrie, rides nombreuses. Taille 1" 62.
Diamètres de la tête.
M.F. 0.12 M. breg. 0.21 Bi par 0.14 Bi temp. 0.13 Bi Mall. 0.11 Qanr 0.17
Longueur de la figure 0.17.
Les doigts et les pieds n’offrent rien de particulier.
Quelque temps après son admission, le 11 octobre 1882, la malade a des vomissements, de l’oppression, puis un véritable accès d’asystolie. Envoyée à l’infirmerie, elle se tient assise sur son lit, l'oppression et la dyspnée augmente lorsqu'elle se couche ; les grosses artères du cou battent avec force. Le choc précordial se perçoit très bas ; les contractions cardiaques sont très énergiques. brusques, appréciables à la vue aussi bien qu’au toucher; souffle à la base se prolongeant aux deux temps. Celui du deuxième temps est très nettement appréciable ; souffle systolique et à la pointe. Œdème au niveau des malléoles, pas d’acite. Au sphygmographe tracé de l’insuffisance aortique. Quelques râles dans les poumons surtout vers les bases. Matité normale au foie. Ni sucre, ni albumine dans les urines. Potion avec teinture de digitale,
14 décembre 1883 : pouls 25 auquart, un peu bondissant double bruit de souffle à la base. L’œdème des malléoles r’existe plus, la malade reste d’ailleurs presque constamment couchée. Aux poumons quelques râles sous-crépitants aux bases ; la malade tousse, mais n’expectore pas. Il estimpossible de la faire causer et d’obtenir des renseignements certains. Interrogée sur le lieu de sa nais-
sance, sur ses enfants, sa famille, etc., elle ne répond pas un mot de vrai; elle dit qu’elle n’a point d’enfants, qu’elle est seule au monde ; paraît se complaire à mentir.
16 décembre 1883 : même état.
Actuellement la malade est tranquille, elle mange bien et dort bien, mais ne parle ni de sa famille ni de ses enfants. Elle paraît vivre en dehors de toute préoccupation ; les sentiments affectifs ont complètement disparu.