‹ Contribution à l'étude du délire dans les maladies du cœurChapitre 24 sur 34 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

Insuffisance aortique et rétrécissement mitral. — Mélancolie. (Th. Limbo).

Mlle X..., ouvrière, âgée de 23 ans, a éprouvé à l’âge de 19 ans une attaque de rhumatisme polyarticulaire aigu, qui n’a été accompagnée d’aucune complication cérébrale. Cette attaque a duré 20 à 25 jours, pendant lesquels la malade a gardé le lit.

Mlle X... vit avec sa mère ; celle-ci nous déclare que: sa fille a toujours été bien réglée et n’a jamais eu de troubles nerveux avant l’âge de 21 ans ; elle a toujours fait preuve d’un excellent caractère, se montrant douce obéissante, dévouée. Elle a reçu une bonne instruction jusqu’au jour où des revers de fortune ont forcé ses parents à la faire rentrer dans un magasin de modes.

Il n’y a jamais eu d’aliénés dans la famille ; le père est mort d’une « kypertrophie du cœur », la mère est bien portante.

Depuis deux ans, sans aucune cause morale appréciable, Mlle X... est tombée à plusieurs reprises dans un état de tristesse et de mélancolie qui a duré chaque fois de cinq à huit jours, pendant lesquels la malade refuse de se rendre à son travail. Elle demeure alors toute la journée dans sa chambre, assise dans un coin, les yeux fixés et tournés vers la terre, dans un mutisme complet, refusant souvent de prendre aucune nourriture et paraissant étrangère à tout ce qui l’entoure.

Dans l'intervalle de ces accès, Mlle X... accuse parfois une grande oppression et des palpitations de cœur.

Le 23 octobre nous trouvons Mlle X... plongée de

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nouveau dans son état de mélancolie. Depuis deux jours elle à abandonné son travail. Elle est assise dans son lit le teint pâle, les yeux ouverts et fixés avec hébétude sur ses draps. Le visage exprime l'indifférence la plus complète. Nous lui adressons plusieurs questions qu’elle ne paraît point entendre ; nous élevons la voix en répétant les mêmes questions, la malade garde un silence obstiné et nous tourne le'dos. Nous réussissons néanmoins à la faire se coucher, nous lui découvrons les jambes et à la pression nous constatons un peu d’œdème autour des malléoles.

A l’auscultation on trouve un bruit de soufie très rude au 2° temxs et à la base ; vers la pointe le même souffle se prolonge en un grondement sourd ; le premier claquement est faible. Les mouvements du cœur sont tumultueux, parfois irréguliers. La pointe bat dans le 6° espace intercostal, à trois centimètres en dehors du mamelon.

A l’auscultation des poumons, on constate des râlés muqueux à la base. La malade tousse, mais ne crache point. Il n’y a pas de fièvre.

Les urines sont normales. Vésicatoires. Injection de morphine. Bromure de potassium.

Le 24 nous observons un mieux sensible. La malade a dormi toute la nuit, elle mange un peu plus et tousse beaucoup moins. Elle se plaint de souffrir de la tête.

Le 3 décembre, la malade part avec sa mère pour Lyon, où elle est soumise à un traitement par la digitale.

On nous a appris depuis que l’æœdème fait des progrès et que les accès de suffocation sont devenus plus intenses. … La mélancolie n’a pas reparu, mais la céphalalgie persiste et la malade ne dort pas.

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