‹ Contribution à l'étude du délire dans les maladies du cœurChapitre 25 sur 34 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

Troubles psychiques. — Hallucinations dans un cas d'insuffisance tricuspide. (Par Duplaix, interne des hôpitaux). (Encéphale, 1882, page 286). — Autopsie,

La nommée Girard (Marie), âgée de 45 ans, porteuse de pain, entre le 8 mars 1880, salle Monneret, n° 24, dans le service de M. le D' Damaschino, à l’hôpital Laënnec, et donne les renseignements suivants :

Elle n’est plus réglée depuis 3 mois, elle a eu quatre enfants et à l’âge de 20 ans elle a été atteinte d’un rhumatisme articulaire aigu, pour lequel elle a été alitée plusieurs mois.

Dans le courant du mois de janvier 1880, elle a été prise d’une bronchite assez intense, et au mois de février de la même année elle éprouva de fortes douleurs dans le ventre en même temps qu’un œdème considérable envahissait les jambes, les cuisses et les parois abdominales. Il survint alors des palpitations , des étouffements qui devenaient très intenses surtout la nuit, et qui, sous l’influence du repos et des diurétiques, diminuèrent, mais sans cesser complètement.

Entrée pour ces accidents à l’hôpital, elle présentait tous les symptômes de l’asystolie; on constatait également la présence d’une ascite énorme accompagnant l’œdème des membres inférieurs et un œdème pulmonaire assez intense. L’urine était peu abondante, non albumineuse et, sous l’influence du traitement par /a digitale, elle sugmentait tous les jours de quantité en même temps que l’infiltration des membres et l’ascite diminuaient progressivement.

Le foie présentait à cette époque un volume notable, la matité au niveau de lhypocondre droit était considé-

rable, età la palpation on sentait cet organe débordant les fausses côtes de plusieurs travers de doigt ; de plus, la main appliquée sur la région percevait très nettement des battements très forts et très caractéristiques. Ces battements hépatiques, de même que la présence d’un pouls veineux de la veine jugulaire, sont sous la dépendance d’une lésion cardiaque reconnue à l’examen du cœur.

Le cœur, en effet, qui estaugmenté de volumeet dont la pointe bat dans le sixième espace intercostal, présente au foyer d’auscultation de l’orifice tricuspide vers l’appendice xyphoïde, un souffle d’une rudesse et d’une intensité considérables : ce souffle existe au premier temps et dénote par conséquent une insuffisance tricuspide. A la pointe il existe aussi un souffle enjet de vapeur qui se propage vers l’aisselle. A la base il n'existe rien d'anormal.

La malade, depuis son entrée à l’hôpital, jusqu’au mois de février 1882, a présenté constamment les mêmes troubles circulatoires et les diurétiques (lait, digitale), étaient de temps en temps employés chaque fois que des accidents asystoliques se présentaient.

-Dans le cours de ces deux années, elle a été atteinte de pleurésie droite ; celle-ci a été légère et a disparu sous ’influence de quelques vésicatoires. Enfin, il y a six mois seulement, elle a été prise de métrorrhagies abondantes, qui se sont répétées pendant trois mois avec une grande intensité. Ces pertes utérines présentaient les caractères de celles que produit le carcinome de l’utérus ; du reste, le toucher permet de constater la présence d’un épithélioma du col. Depuis deux mois les pertes ont complètement cessé. Enfin, l’an dernier, elle présenta pendant plusieurs jours des troubles psychiques caractérisés par des hallucinations de la vue et de l’ouie ; ces accidents que l’on pensa causés par la digitale, disparurent au bout de quelques jours et ne se reproduisirent pas.

Au commencement de l’année 1882, la malade pré-

ET

sente toujours les mêmes phénomènes cardiaques, caractérisés par une insuflisance tricuspide, avec battements hépatiques et pouls veineux,etpar uneinsufisance mitrale avec rétrécissement de cet orifice. On trouve encore chez elle de l’œdème pulmonaire, de l’ascite, de l’œdème des jambes et un épithélioma du col, mais plus d’hémorrhagies utérines. Le foie est considérablement augmenté de volume, 1l déborde les fausses côtes de 5 à6 travers de doigt. Les urines sont assez abondantes, sans albumine, mais la malade est toujours soumise au régime lacté pour parer aux accidents asystoliques qui sont toujours imminents. Le pouls est petit, irrégulier, inégal, il présente aussi des intermittences et ces modifications du pouls correspondent à des modifications semblables du côté du cœur.

Dans les derniers jours du mois de février, la malade présente de l’agitation pendant la nuit, elle a une insomnie absolue et ne fait que parler. Elle a des hallucinations de la vue et de louie ; c’est ainsi qu’il lui semble . voir un boulanger qui la poursuit et veut la faire mettre en prison, et qu’elle entend des voix qui lui parlent, et lui disent des injures auxquelles elle répond. Le jour venu, elle demande à quitter l’hôpital pour échapper aux poursuites de la personne qui la persécute ; elle conserve comme pendant la nuit les mêmes hallucinations , elle ne cesse de parler, d’injurier son persécuteur qui rôde constamment autour d’elle, et de répondre aux voix qu’il lui semble entendre. (Ces accidents ne peuvent être mis sur le compte de la digitale, la malade n’en prend pas depuis longtemps).

Jusqu'au 4 mars, les mêmes troubles psychiques persistent ; mais, ce jour là, elle accuse ses voisines et les personnes de l’hôpital, chargées du soin des malades, de la persécuter et de s’entendre avec le boulanger qui ne cesse de la menacer et qu’elle voit constamment autour d'elle.

Le 7 mars, la malade nous dit qu’on l’accuse d’avoir fait plusieurs fausses-couches, et que le boulanger et ses voisines ne cessent de la calomnier en lui donnant les noms les plus orduriers. Le bavardage est constant ; à chaque instant elle se met à invectiver les personnes imaginaires qu’elle voit autour d’elle. Les jours suivants n’amènent aucun changement dans l’état mental ; elle continue à dire qu’on l’accuse de faire des fausses-couches et d’être une voleuse, car bientôt on l’accuse d’avoir pris 300 francs au chef de service.

Jusqu'au jour de sa mort, les mêmes hallucinations de la vue et de l’ouïe ont lieu sans être modifiées ; la malade s’est, jusqu’au dernier moment, crue poursuivie et persécutée par des êtres imaginaires qu’elle voyait dans son délire.

Pendant tout ce temps aucune modification appréciable du côté du cœuret des autres organes, mais la faiblesse devient toujours plus grande en même temps que l’ascite et l’œdème pulmonaire s’accusent de plus en plus. Enfin, le 11 avril, la malade succombe avec tous les symptômes d’une asystolie.

Autopsie.

On remarque que les veines du cuir chevelu sont considérablement dilatées et remplies par un sang noir. Les os du crâne sont très épais, et après l’excision de la dure-mère cranienne, on aperçoit une infiltration gélatiniforme de couleur rosée dans le tissu cellulaire sousarachnoïdien ; cette infiltration occupe toute la superficie du cerveau aussi bien la base que la convexité ; mais elle est plus nette et plus uniforme en ce point qu’à la base du cerveau. Les vaisseaux de la pie-mère sont également le siège d’une dilatation considérable et sont gorgés de sang. On enlève facilement la pie-mère qui

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ne présente pas la moindre trace d’adhérence avec le tissu de l’encéphale et on peut alors voir que la substance cérébrale est absolument saine ; à la surface aussi bien que profondément, la substance nerveuse est normale et présente sa coloration habituelle ; nulle part d'injection vasculaire ni de lésions appréciables.

Le poids total du cerveau est de 1350 grammes.

Celui de lhémysphère gauche 595 —

— — droit 590 — — — du cervelet 165 —

La moëlle présente une forte congestion àsa Dériphénet surtout dans l’épaisseur de la pie-mère ; dans son épaisseur il n’y a rien d'anormal.

La cavité péritonéale est remplie de liquide citrin et in veine cave inférieure se présente avec un calibre beaucoup plus considérable qu’à l’état normal ; elle est: remplie de caillots cruoriques. Même dilatation de x veine cave supérieure.

Le foie est énorme, sa surface est irrégulière, granuleuse et parsemée de plaques blanchâtres dues à la périhépatite. À la coupe il crie sous le scalpelet ne se laisse pas pénétrer par le doigt. Son poids est de 2.278 grammes. Sur des coupes on remarque uné dilatation considérable des veines sus-hépatiques.

La rate est dure, scléreuse et augmentée de volume, 1l y. a aussi de la périsplénite.

Le cœur est énorme et surchargé de graisse. Le ventricule droit est surtout considérablement développé et forme les trois quarts de la face antérieure de l’organe. Mais les parois en sont molles, flasques et peu épaisses. :

On constate au niveau de /a valvule tricuspide des altérations des valves et des piliers dues à une endocardite ancienne ; les valves sont rétractées, irrégulières, épaissies et ne sont pas sufiisantes ; elles laissent le liquide passer du ventricule dans l'oreillette, qui est elle-même notablement dilatée, de même que l’auricule.

Les valvules de l’artère pulmonaire sont saines. Dans le cœur gauche qui est aussi hypertrophié, mais pas notablement, on constate des lésions à l’orifice mitral qui ont déterminé un rétrécissement avec insuffisance de l’orifice. Il y a là un véritable entonnoir fibreux, irrégulier et à parois rugueuses qui donnent lieu à un rétrécissement en même temps qu'à une insuflisance de cet orifice. L’orifice aortique est sain,sans lésions valvulaires; l’aorte cependant est parsemée de plaques athéromateuses.

Enfin, nous constatons l’existence d’un épithélioma du col utérin.

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