TROISIÈME OBJECTION
Le pancréas ne joue pas dans la pathogénie du diabète un rôle privilégié. Bien d’autres glandes exercent une action dans le métabolisme des hydrates de carbone. Elles sont entre elles dans un état d'équilibre qui peut être troublé par une lésion d’une quelconque d’entre elles.
Avant la découverte du diabète paneréatique, on connaissait déjà une glycosurie expérimentale, la glycosurie par piqûre bulbaire de CLAUDE BERNARD.
De Rewzr et Reaze prétendent que si le diabète est inconsiant après ablation totale du pancréas, il peut succéder à l’ablation d’autres glandes et en particulier
des glandes salivaires.
Kuzz et FarkenBerG en 4891 (72 bis), GLey obtiennent
par extirpation du corps thyroïde (13 fois sur 20 chiens) de la glycosurie, ordinairement passagère, quelquefois durant jusqu’à la mort. D’autre part on a observé, ce qui est rare, des glycosuries chez des myxædémateux . (OSLER, GORDON, APERT, PARISOT) et aussi, ce qui semble beaucoup plus fréquent, chez des basedowiens. LÉPIiNE (86) réunit un assez grand nombre d’observations de basedowiens glycosuriques. Il s’agit en général de glycosuries intenses et durables.
Parisor (109) essaye d'expliquer ce fait curieux que l’on puisse observer la glycosurie et dans le syndrome d'insuffisance et dans le syndrome d’hyperfonction tyroi-
dienne, {
Dans le premier cas la glycosurie serait liée à une
insuffisance dans le fonctionnement des divers organes, surtout du foie et dé l'intestin ; dans le second, la glycosurie serait produite directement par la glande thyroïde agissant par sa sécrétion interne.
BLum (12) en 1901 découvre la glycosurie par injection d'extrait de capsule surrénale. C’est l’adrénaline qui possède cette propriété bien connue actuellement de provoquer la glycosurie.
Les relations de l’hypophyse et de la glycosurie ont été étudiées par Los (90), Casezz1 (23), HANSEMANN (58), HinspaLe, Launois et Roy (82). De nombreuses observations ont élé rapportées d’acromégaliques glycosuriques ou mème grands diabétiques (LÉPINE, NAUNYN, MariNesco, RaAvAUT, Acxarp et LœPer, DU MEsNiz, GRE- NET et THANON, CHADBOURNE, SCHLESINGER, RUDISH;
FRAENKEL, LANCEREAUX, FERWURSCHIN et FAWORSkr,
rt
WipaLr, HERXHEIMER, ete.) CaseLr1 qui a fait des expériences sur ce sujet se demande s’il ne s’agit pas simplement d’un diabète nerveux relevant de la compression du tuber cinereum.
Il ne faut pas oublier le foie parmi ces glandes auxquelles on a fait jouer un grand rôle dans la pathogénie du diabète. La découverte de sa fonction glycogénique avait amené CLaune BernarD à lui accorder la plus large part dans la production de cette maladie. L'école de M. Gixserr lui reconnaît un rôle prédominant, qu’il agisse par défaut, en n’arrêtant pas les hydrates de carbone alim®ntaires (anhépathie), ou par excès, en transformant trop de glycogène (hyperhépathie).
Le duodénum lui-même a été considéré comme un organe dont lerôle serait important dans la production du diabète, que ce rôle s’exerce ou non par l’intermédiaire du pancréas. | ,
PrLUuGER a obtenu des glycosuries chez la grenouille par ablation du duodénum sans toucher au pancréas. Zack a vu la glycosurie apparaître chez deux malades dont la muqueuse duodénale avait été détruite par injection de substances caustiques (potasse, acide chlorhydrique) alors que le pancréas était intact ; dans un autre cas d’empoisonnement par la chaux vive avec destruction de la muqueuse œsophagienne et stomacale, et duodénum intact, il n’a pas observé de glycosurie.
HerrirzKA (62) en injectant dans le duodénum de la grenouille de la nicotine mélangée à de la vaseline pour paralyser les cellules sympathiques de la paroi duodé-
pale provoque constamment de la glycosurie, tandis que,
. (4 jours). Le second a eu une glycosurie très faible, 3 à
eh —
sous la peau, la nicotine ne détermine qu 'exceptionnel-
lement une glycosurie très passagère.
René Gauzrier (48), chez des chiens a détruit avec
\ un crayon de nitrate d'argent la plus grande partie de
la muqueuse duodénale sur une longueur de 10 centi-
mètres. Le premier animal a eu une glycosurie forte
(environ 10 gr. par litre) qui a duré jusqu’à la mort
& grammes par litre, qui est apparue cinq jours après
l'opération.
De Rewzi et hors avaient déjà signalé de la glycosurie permanente chez des chiens après résection partielle du duodénum. rue
A voir son rôle partagé par tant d’autres organes, il
semble que le pancréas ait un peu perdu de l’impor-
tance que lui accordaient les premiers observateurs dans la pathogénie du diabète.
A l'heure actuelle beaucoup d’auteurs tendent à considérer cette maladie comme une sorte de syndrome polyglandulaire. L’état normal serait un état d'équilibre entre ces différentes glandes ; cet état d'équilibre pourrait être rompu par une affection d’une quelconque d’entre elles, affection entraînant rapidement des modifications du côté des autres glandes associées.
C’est à une conclusion de ce genre qu'arrive PFLUGER quoique défenseur de la théorie nerveuse du diabète : « L’excitation des nerfs du pancréas, des glandes sali-
-vaires, des thyroïdes a un rapport spécifique avec la
fonction des centres nerveux saccharifiques. Ces orga-
nes, comme les muscles, sont en état de collaborer eux-
mêmes à la' satisfaction de leurs besoins. » Il ne reconnaît pas au pancréas une place exceptionnelle. =
Parmi les auteurs qui au nom cette fois de la théorie glandulaire du diabète soutiennent cette conception polyglandulaire, il faut citer LORAND. | ” s
Loranp (94) étudie surtout le rôle de la thyroïde dans le diabète et les rapports qui lient fonctionnellement cette glande au pancréas. Il considère le diabète, l’obé- | sité, la goutte, comme des maladies par ralentissement de la nutrition ; mais ce ralentissement serait causé par des altérations' glandulaires multiples, la glande thyroïde accupant la première place. 1 |
Avec Minrowski, il montre que, lorsqu'on rend des
chiens diabétiques par extirpation pancréatique, on
trouve à leur autopsie une glande thyroïde en hyperactivité avec hypersécrétion de substance colloïde. Extirpant la thyroïde de chiens rendus diabétiques par ablation du pancréas, il remarque dans tous les cas la disparition du diabète (il ne retrouve plus même de traces de sucre). Il pense donc qu’il doit exister une sorte d’antagonisme physiologique entre le pancréas et la thyroïde. Il s'explique ainsi qu’une alimentation excessive même carnée, prédispose au diabète ; car si les hydrates de carbone ingérés en excès altèrent le pancréas (SsoBoLew), l'alimentation carnée est une condition d’hyperactivité de la thyroïde.
C’est surtout pour les surrénales que l’on a soutenu l'existence d’un antagonisme physiologique et même chimique entre leur produit de sécrétion, l’adrénaline, et le pancréas.
MA
BLum supposait que l'extrait surrénal provoque la
A glycosurie en agissant sur le foie. HkRTER suppose qu'il agit sur le pancréas ; en badigeonnant le pancréas avec - de ladrénaline, il provoque la glycosurie, La présence du pancréas sérait donc nécessaire à la production de
la glycosurie adrénalinique. | Lépine montre par plusieurs expériences qu’il n’en est rien ; injectant de l’adrénaline à des chiens qui viennent d’être dépancréatés, il voit la glycosurie adrénalinique se produire et précéder l’apparition du diabète . pancréatique. D'ailleurs, aujourd’hui on admet en géné- KE rakque ladrénaline provoque par elle-même la glycosurie (peut-être en agissant sur le système nerveux) et que le pancréas, loin d’être nécessaire à son action,
tendrait au contraire à la neutraliser.
C’est ZueLzer (150) qui appela le premier l’attention sur cet antagonisme. [l parvint dans la suite à préparer des extraits pancréatiques dont l'injection empè-
chait l’apparition de la glycosurie adrénalinique.
Lœw1 prétendit de çette conception tirer un procédé de diagnostic ; il suppose que l’adrénaline et le produit de sécrétion interne pancréatique ont sur le système sympathique des actions opposées ; chez l'animal dépancréaté, l’instillation d’une goutte d’adrénaline amènerait la mydriase, alors qu’elle est sans action sur l’animal normal, chez lequel son pouvoir est neutralisé par l’action contraire de l’extrait pancréatique. Ce procédé de diagnostic serait applicable à l’homme et permettrait dans les cas de diagnostic douteux de mettre en évi-
dence une lésion pancréatique latente.