II. — La réaction de Brouha, Hinglais et Simonnet
En injectant de l’urine de femme enceinte à des souriceaux mâles, ces auteurs obtinrent des effets surprenants. Une injection quotidienne, sous-cutanée, de 0 cc. 10 à O0 cc. 60 d’urine pendant 10 jours à des souriceaux impubères, sacrifiés 48 heures après la dernière injection provoque chez ces animaux une hypertrophie du tractus génital particulièrement marquée au niveau des glandes accessoires qui ont une appa-
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rence analogue à celle que l’on observe chez le mâle adulte. Ces organes s'élèvent dans la cavité abdominale, ils sont turgescents et de couleur blanchitre. Les testicules se développent aussi, mais leur hypertrophie ne peut s’apprécier que pondéralement. Les vésicules séminales quintuplent de poids et leur augmentation volumétrique est encore plus considérable.
Le tableau suivant, emprunté aux auteurs de la méthode, montre dans quelles proportions s'effectue l’accroissement des testicules et des vésicules séminales par rapport entre eux et à la quantité d’urine injectée.
Doses Nombre Poids des testicules Poids des glandes quotidiennes d'animaux en gr. No oet Animaux impubères em or ESS 0 16 0,075 0,017 Mi 0,050 Ma 0,086]Mi 0,004 Ma 0,020 0,10 5 : 0,080 0,055 0,30 b) 0,093 0,047 0,40 3 0,083 0,063 0,60 3 0,072 0,043 Animaux adultes RE — 0 12 0,160 0,144 0,10 3 0,126 0,155 0,30 3 0,163 0,286 0,50 3 : 0,168 0512 0,90 o 0,144 0,273
Chez les souris mâles impubères, pesant de 16 à 20 grammes, le développement des vésicules séminales est relativement moins important, mais tout de même assez net pour ne pas induire en erreur. Par contre,
chez les mâles castrés, on n’observe aucune modification, car l'hormone agit sur le testicule. C’est la sécrétion d’une substance tetsiculaire qui provoque le développement des glandes accessoires. Quoi qu’il en soit, les souris mâles pesant plus de 20 grammes seront éliminées.
L'avantage de la méthode c’est l’élimination d’une cause d’erreur due à la folliculine qui s’observe dans divers états pathologiques ou physiologiques (menstruation) chez la femme et agit sur le tractus génital femelle ; et ceci autorise à émettre l’hypothèse de Paction entière du principe antéhypophysaire, le taux de folliculine, bien qu’augmentant avec l’âge avancé de la grossesse, n’influe pas sur la stimulation testiculaire et cette réaction, qui s’observe dès le début de la gestation, persiste jusqu'au 3° jour après l’accouchement.
En janvier 1930, sur 150 cas les résultats obtenus sont les suivants :
1° Cas où la grossesse était certaine : 92 essais, 92 jéponses positives, soit 100 % de résultats exacts ;
2° Absence de grossesse certaine (femmes normales, fibromes, kystes) : 30 essais, 30 réponses négatives, 100 % de résultats exacts ;
3° Cas douteux : 19, 13 réponses positives, 6 négatives, en accord avec la clinique.
Tous ces essais furent pratiqués sans que l’état clinique des sujets ait été indiqué aux expérimentateurs.
La technique des auteurs est la suivante :
L’urine prélevée est celle de la première émission matinale, parce que plus concentrée ; elle est recueillie
aseptiquement. L’injection se fait sous-cutanée à la dose de 0,10 à 0,30 pendant huit jours consécutifs. On utilise des animaux pesant moins de 15 grammes au début de l’expérience et on pratique l’autopsie quarantehuit heures après la dernière injection.
Le simple examen macroscopique des vésicules séminales permet sans ambiguité d’apprécier la nature de la réaction obtenue.
Depuis les dernières communications de 1930, les auteurs de la méthode l’ont employée systématiquement dans le service de M. le Professeur BRINDEAU, à la Clinique TARNIER. Les résultats publiés récemment, en juillet 1931, portant sur plus de 1.200 souris avec 251 urines, sont intéressants à tous points de vue et sanctionnant à nouveau la valeur infaillible de la méthode mettent au point plusieurs questions dont l’importance au point de vue de la technique de la réaction est grande.
BROUHA et HINGLAIS ont étudié longuement et minutieusement l’évolution de la puberté chez le souriceau mâle et leurs observations portent sur 527 souriceaux. La période de puberté résulte probablement de l’action d’une hormone antéhypophysaire sur le testicule dont la sécrétion à pour témoin de son activité lhypertrophie des vésicules séminales.
Des résultats obtenus on peut déduire que c’est du 35° au 40° jour que la puberté se déclenche et ils n’ont trouvé, parmi tous les souriceaux examinés et âgés de 24 à 42 jours, aucun d’entre eux présentant des vésicules séminales analogues à celles d’un adulte, dont la
turgescence, le poids et la couleur blanchâtre sont caractéristiques.
C’est vers le 50° jour que la puberté commence à s'affirmer nettement et vers la 10° semaine le poids des vésicules séminales n’est encore que la moitié de celui des adultes.
L’âge et le développement des vésicules séminales sont donc dans un rapport proportionnel et c’est l’âge qui présente un critérium extrêmement sûr pour le choix des animaux.
L'âge plus que le poids — et nous l’avons nousmême remarqué — car des souriceaux d’un même âge peuvent peser des poids très différents et les vésicules séminales ne croissent pas en raison directe du poids de Panimal. C’est ainsi que deux souriceaux non traités de poids voisin et d’âge connu donnent les différences suivantes :
1” souriceau, 5 semaines : poids 11 gr. 25 ; vésicules 3 mgr. (animal impubère).
2° souriceau, 8-9 semaines : poids 11 gr. 75 ; vési cules 75 mgr. (animal pubère).
BRoUHA, HINGLAIS et SIMONNET ont recherché si des urines provenant de femmes non enceintes normales ou malades pouvaient donner une réaction positive et avec la même intensité que l’urine des femmes non enceintes.
Leurs expériences portent sur 310 souriceaux ayant été injectés avec de l’urine de femmes non enceintes et normales. Aucun des animaux n’a présenté les ca- - ractères de la puberté.
Ensuite 95 autres souriceaux ont reçu de l'urine
de femmes présentant des affections gynécologiques diverses dont le diagnostic, pour la plupart des cas, était difficile et pouvait laisser supposer une grossesse. Dans aucun cas on n’a vu les vésicules séminales présenter l’hypertrophie considérable que leur occasionne l'injection d’urines de femmes gravides.
Enfin 291 souriceaux reçurent 0 cc. 3 d’urines de femmes enceintes pendant 10 jours. Toutes les réactions furent entièrement positives.
Les auteurs groupent leurs résultats dans le graphique suivant et sur les mêmes ordonnées.
Le graphique A indique le poids des vésicules sé- minales chez des animaux âgés de 30 à 40 jours et injectés avec de l’urine des femmes enceintes.
Le graphique B réunit les résultats obtenus chez des souriceaux non traités et chez les souriceaux injectés d’urines de femmes non enceintes normales ou malades.
Lors de la première communication à l’Académie de Médecine, le Professeur BECLÈRE avait signalé, comme source probable d’erreur, les résultats que l’on obtiendrait en expérimentant avec de l’urine prélevée chez des acromégales ou chez des individus atteints de gigantisme qui se caractérisent par une hypersécrétion du lobe antérieur de l’hypophyse au début de leur maladie.
Des recherches entreprises actuellement par MM. HiINGLAIS et AZERAD sur des urines de femmes enceintes atteintes de tumeurs hypophysaires avec manifestation d’acromégalie, il semble que l’urine soit sans action sur les glandes accessoires des souriceaux.
Donc, jusqu’à ce jour, les auteurs totalisent 401 expériences et 400 réponses exactes. Cette unique erreur ne met pas en défaut le principe de la méthode, puisqu’elle était due à une erreur de manipulation dont ils ont retrouvé l’origine et qu’une deuxième expérience avec le même échantillon d’urine donna un résultat positif.
52 L. BROUH A ET H. HINGLAIS
Poids des vesicules en miligrammes
Age des souriceaux en Jours 1020 22 2 26 28 30 32 3 36 38 40 62 4e 46 LB 50 52 54 56 58 60 62 6e 66 68 70 I Semane Sem Y Sem Sem. Y Sem “I Sem. H Sem. x
Au total 99,7 % de réponses exactes.
BrouHA, HINGLAIS et SIMONNET insistent sur le choix des souriceaux, sur leur âge. Cette réaction est, dès le début, positive. Ils ont obtenu des résultats positifs huit jours après la première menstruation dans $ cas, et au 5° jour dans un autre cas, c’est-à-dire une quinzaine de jours après la fécondation. Les résultats obtenus peuvent être encore plus précoces, mais si lon
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est trop près cependant de l’époque de la fécondation, le résultat est négatif ou légèrement positif chez le mâle alors qu’il demeure négatif chez la femelle.
Cette réaction devient négative entre le quatrième et le huitième jour du post partum, il en est de même après expulsion du placenta et du fœtus et en cas de grossesse interrompue par un avortement.
La mort du fœtus ou plutôt du placenta amène la disparition de l’hormone et partant de la réaction ; la réaction demeure positive tant que les éléments plasmodiaux survivent à la mort du fœtus.
Au point de vue du poids (la marge est plus grande dans le choix des animaux) et du nombre des souriceaux à injecter à chaque expérience, la méthode de BRouUHA, HINGLAIS et SIMONNET est avantageuse. Elle Pest moins au point de vue temps. Déjà les cinq jours nécessaires pour la réaction de ZONDEK et ASCHHEIM sont parfois gênants ; la réaction de BROUHA et HiIn- GLAIS nécessite dix jours. Mais ils ont bien démontré que pour l’expérimentateur averti la réaction pouvait avoir une signification suffisamment précise vers le 6° jour. À ce moment les vésicules séminales commencent à se gonfler, à se développer d’une façon normale et des causes d’erreur ne sont guère possibles.
C’est alors que l’on s’est demandé si en adoptant un autre réactif animal on ne pourrait pas avoir une réaction plus rapide et les travaux d’Adèle BRouHA sur cette question, les cas d’expérience qu’elle rapporte donnent aussi à cette méthode une valeur de tout premier ordre.
Ps. Ÿ:5 Were