‹ Contribution à l'étude du diagnostic de la grossesse en médecine légale par les méthodes biologiquesChapitre 9 sur 21 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

4° La réaction d’Aschheim et Zondek

20 La réaction de Brouha Hinglais et Simonnet

3° La réaction d'A. Brouha

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LIL — La réaction d’Aschheim et Zondek

Notions historiques et physiologiques

L'évolution de l’endocrinologie nous permet, actuellement, de ne plus considérer chaque glande à sécrétion interne comme entièrement autonome. On s’est rendu compte que les corrélations entre ces divers organes sont étroites et que les fonctions ou les lésions de l’un d’eux retentissent sur d’autres. On a vu que, dans certaines hyperthyroïdies, le thymus subissait des changements dans sa forme, dans sa structure, et que la rate elle-même était modifiée dans certaines affections hépatiques. Mais c’est surtout lorsque le rôle de la préhypophyse sur le fonctionnement génital à été mis en évidence que l’on s’est rendu le mieux compte de l’interdépendance réelle entre les diverses glandes.

La physiologie génitale a pu bénéficier des connaissances acquises.

Le fonctionnement des glandes génitales n’entre en jeu que lorsqu'il a reçu le stimulus nécessaire. Des expériences l’ont démontré. Des acquisitions précises sur la nature de ce stimulus, de cette substance sont dues aux recherches de LONG, EVANS et surtout à celles de ZONDEK et ASCHHEIM.

Elles ont fini par mettre en évidence les relations étroites bien qu’insuffisamment élucidées encore, avec la modification que subit l’hypophyse pendant la grossesse et dont il faut rappeler ici les caractéristiques principales.

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Le lobe antérieur de l’hypophyse est d’un demigramme chez l’homme. Il est formé par des tubes épithéliaux dans lesquels on distingue trois sortes de cellules : des éosinophiles, des basophiles et des chromophiles. Pendant la grossesse il apparaît de grosses cellules pourvues de très fines granulations éosinophiles et vraisemblablement dérivées des chromophobes. Après l’accouchement la régression n’est pas complète ; ce n’est qu’après la ménopause que la préhypophyse reprend ses dimensions primitives.

En 1921, Evans avait déjà étudié l’action générale et spéciale de la préhypophyse sur la sphère génitale et la glande germinative en particulier. « Le lobe antérieur, écrivait-il, posséderait deux fonctions remplies chacune par une hormone hydrosoluble qui favoriserait la croissance et la formation du corps jaune et une hormone non hydrosoluble qui conditionnerait la maturité sexuelle. »

L’action de l’hormone antihypophysaire sur l’ovaire est complexe. Des animaux impubères greffés avec du tissu de la préhypophyse montrent une précocité dans la maturation des follicules, ce qu'AScHHEIM et ZoN- DEK n’obtiennent pas avec du thymus ou de la thyroïde. FLORENTIN et WATRIN déclarent, eux, que limplantation de thyroïde chez des animaux pubères déterminent des modifications génitales à peu près identiques à celles produites par l’homo-implantation de lobe antéhypophysaire.

&« On doit donc admettre que la pré-hypophyse provoque d’abord une augmentation du volume des follicules avec — faits caractéristiques! — apparition

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d’un cumulus ovigère et d’une grande cavité pleine de liquide folliculaire. » (MORHARDT.)

Ce phénomène de la maturation du follicule est normal, mais la glande pré-hypophysaire constitué le moteur ou l’activateur habituel de l'ovaire qui ne peut arriver à mürir par ses propres moyens.

La rupture du follicule, à sa maturation, ce qui produit la « ponte ovulaire », n’est pas, semble-t-il, sous la dépendance de la préhypophyse. Des résultats contradictoires obtenus par BELLENBY, FEE et PARKES laissent la question en suspens.

A côté de ces modifications normales et physiologiques, les hormones préhypophysaires administrées par la méthode de la greffe provoquent d’autres phénomènes d'interprétation plus difficile.

Certains follicules prennent, chez la souris injectée avec de l’urine de femme enceinte, une apparence particulière : les unes acquièrent une teinte bleu-rouge ou violette, due à la présence de sang dans l’intérieur de la formation. Ces points hémorragiques résultent de l’hyperémie des ovaires.

A côté de ces points hémorragiques on observe des corps jaunes athrétiques, c’est-à-dire dépourvus de lorifice qui résulte normalement de la rupture du follicule.

Aussi, comme Evans et LonG l’avaient déjà montré en 1921, la greffe de lobe antéhypophysaire ou l’ingestion d’extraits de même glande arrête chez la souris femelle le cycle régulier de l’œstrus et détermine dans l’ovaire une lutéinisation des follicules à tous les stades de leur développement.

Au cours de ces recherches, ASCHHEIM a remarqué que certaines urines provoquent, chez la souris, uniquement la maturation des follicules, tandis que d’autres provoquent l'apparition de points hémorragiques et de corps jaunes athrétiques, et ZONDEK a pu, de ce fait, distinguer deux hormones qu’il désigne sous le nom de Prolan A, hormone de maturation du follicule et Prolan B qui lutéinise et provoque les points hémorragiques.

Le Prolan À ne se retrouve normalement ni dans l’urine des femmes, ni dans l’urine des hommes. As- CHHEIM pense cependant qu’il s’en produit au moment de la maturation du follicule, mais en quantité non décelable par les tests actuellement connus, et il: émet l’hypothèse que le coït a peut-être aussi une action sur la production des hormones préhypohysaires.

Quant au Prolan B il est mis en évidence pars la méthode de diagnostic de la grossesse fixée par As- CHHEIM et ZONDEK.

On sait que l’hormone ovarienne, trouvée par LŒWE existe en petite quantité dans l’urine de femme un peu avant l’apparition des règles. D’après les constations d'ASCHHEIM, cette hormone, qui ne se trouverait qu'en quantité moyenne au début de la grossesse, augmenterait à partir du troisième mois pour se trouver en quantité considérable à la fin de la gestation.

Par contre, la recherche de l’hormone antéhypophysaire à montré que cette substance apparaît peu après la suppression des règles, dès la nidation de l’œuf

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et la pénétration des trophoblastes dans les vaisseaux maternels. ASCHHEIM a pu déceler cette hormone trois jours après le dernier jour des règles. Dans tous les cas, la constatation si précoce de cette hormone a fait, dès l’origine, espérer qu’une méthode capable de la mettre clairement en évidence pourrait permettre de faire le diagnostic de la grossesse. C’est de cette notion qu'est née la réaction d’'ASCHHEIM et ZONDEK.

La réaction d’Aschheim et Zondek

En partant de ces données que le lobe antérieur de lhypophyse sécrète une hormone capable d’agir sur le tractus génital femelle ; que cette hormone agit électivement sur l’ovaire, qu’elle n’existe ni chez l’animal impubère, ni chez l’animal ménopausique ; que sa présence, à traces très faibles en dehors de la grossesse, ne permet pas de la mettre en évidence, si ce n’est par une démonstration virtuelle d’ablation suivie de greffe, il devenait possible d’élaborer une réaction. Cette hormone qui croît dès la fécondation pour donner au huitième jour aux humeurs, au sang, aux urines la valeur de véritables extraits antéhypophysaires, injectée à un animal femelle, rétablit le fonctionnement ovarien interrompu ou déclenchent avant l’âge normal l’activité ovarienne.

ASCHHEIM et ZONDEK prélèvent l’urine de la première émission matinale parce que plus concentrée. L’urine est filtrée, acidifiée et on ajoute une goutte de tricrésol pour sa conservation. On la met à la glacière.

Ils choisissent des animaux ayant plus de 3 semaines

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et moins de 35 jours. Ce sont en général des souris dont le poids est de 6 à 8 grammes. Il est rare qu’à cet âge des souriceaux présentent un œstrus spontané. Des souris plus jeunes résistent difficilement aux injections quotidiennes d’urines qui peuvent se révéler toxiques.

Pour parer à l'inconvénient de la toxicité des urines particulièrement nocives dans le Basedowisme, ZoN- DEK filtre l’urine sur un filtre de Berkefeld. Mais ce qui donne de tout aussi bons résultats, c’est d’agiter l’urine avec de l’éther, de décanter, puis de laisser le reste de l’éther s’évaporer.

Ils injectent cinq animaux. Si quatre meurent et que le cinquième donne un résultat négatif, il faut répéter l’épreuve. En revanche une seule réaction positive suffit à affirmer le diagnostic.

ASCHHEIM pratique 6 injections. Il injecte dans la peau du dos une dose différente d’urine pour chacun des souriceaux de 0 cc. 2 à 0 cc. 4. Ces 6 doses sont administrées en quarante-huit heures. Le cinquième jour les animaux sont asphyxiés avec du gaz d’éclairage.

A l’autopsie on examine l’ovaire. L'examen macroscopique suffit en général et est préférable à l’examen microscopique. On voit bien les corps jaunes ; mais dans les cas douteux, ASCHHEIM conseille de débiter l'ovaire en coupe après fixation au Zinker.

Quand on trouve chez les animaux un gros utérus, mais pas de modification ovarienne, il est indiqué d’avoir recours à une deuxième expérience.

Si les frottis vaginaux, que l’on fait à partir du 3° jour chez la souris injectée montrent une kératinisation des cellules vaginales et que la réaction ovarienne

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est nulle, il faut faire des coupes pour voir si un follicule lutéinisé ne se trouve pas dans la profondeur.

BROUHA, HINGLAIS et SIMONNET font remarquer que si l’on se base sur l’examen microscopique, les résultats deviennent peu précis, et sur 144 essais ils n’obtinrent que 74 réponses exactes, c’est-à-dire environ 51 %. Cette différence de pourcentage avec celui des auteurs qui trouvent 48 % s'explique peu. Mais le microscope doit êtr2 utilisé exceptionnellement et l'examen à l’œil nu suffit. SOLNES et KLOPSTOCK, se basant sur l’examen macroscopique, n’obtiennent que 0,6 % d’erreur. |

ASCHHEIM a examiné 1.300 urines. Sur ce nombre, il a dû en être éliminées, le diagnostic clinique manquant. Néanmoins c’est sur le chiffre imposant de 1.007 examens qu’il base ses résultats.

Chez des individus où il n’y avait certainement absence de grossesse, la réaction a été :

- 40 fois négative chez 40 femmes normales ;

12 fois négative chez 12 femmes à la ménopause ;

17 fois négative chez 17 femmes aux règles régulières ;

151 fois négative chez 151 femmes aménorrhéiques, etc...

La Réaction I (maturation du follicule) a été observée à diverses reprises dans les cas de ménopause, castration, d’hypoplasie génitale, cas dans lequel l’ovaire n’a plus des follicules capables d’absorber et d’utiliser l'hormone préhypophysaire.

ASCHHEIM obtint en outre 4 réactions positives dans des cas où il n’y avait sûrement pas de grossesse,

dont deux chez un homme et une femme atteints de cystite. Faut-il voir là des erreurs compréhensibles, ces résultats datant du début de l’expérimentation ? c’est bien possible.

D'autre part, sur 459 cas de grossesse normale, il y ‘a eu huit réponses inexactes, dont deux seulement furent absolument négatives.

Au total sur 1.007 examens on ne relève que 1,74 % d’erreur.

ASCHHEIM réunit dans son travail « die Schwangerschaftsdiagnose aus dem Harn » les statistiques obtenues par EHRARDT, KRAUS, KARSTEN, KLOPSTOCK, etc, groupant environ 1.829 cas avec 31 erreurs, ce qui donne un pourcentage de 1,7 %, chiffre voisin de celui obtenu par lui-même.

BROUHA, HINGLAIS et SIMONNET, tout en constatant l’exactitude des faits, ne peuvent que faire remarquer les difficultés qu’une telle méthode présente. Tout d’abord il faut expérimenter sur des animaux ne pesant pas plus de huit grammes, âgés environ de trois semaines et impubères au moment de l’expérimentation. Un examen microscopique sera nécessaire et enfin, source d’erreur plus grave, la réaction ovarienne n’est pas égale chez tous les sujets, car si la stimulation ovarienne, spécifique de l’hormone antéhypophysaire n’est pas suffisante pour un diagnostic certain, le développement du reste du tractus génital, conséquence de l’hypersécrétion de folliculine, ne pourra apporter aucun renseignement utile étant donné sa présence en dehors de tout état de gestation (aménorrhée hyperhormonale). Il faut rechercher mi-

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croscopiquément les phénomènes qui, dans ce cas, restent seuls caractéristiques de l’injection d’urine gravidique.

Mais cet examen microscopique est déjà un facteur d’erreur et il peut y avoir des interpétations douteuses.

BROUHA, HINGLAIS et SIMONNET donnent les résultats suivants sur 220 essais portant sur 270 animaux différents :

Grossesses certaines : 144, 74 R +, 51,5 % ;

Absence de grossesses : 37, 31 R—, 85 % ;

Diagnostic douteux : 39 ; 30 réponses en accord avec la clinique, soit 77 % de résultats exacts.

BROUHA et SIMONNET se sont demandé si, étant donné leurs résultats, il ne serait pas plus simple d’utiliser comme animal d’épreuve, un souriceau mâle afin d’éliminer la folliculine que fabrique lovaire, sous l'influence de l’hormone préhypophysaire et qui peut troubler les résultats en agissant sur l’utérus.

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