CHAPITRE IV
Nos expériences. - Nos résultats
Nous pouvions terminer ce travail en nous basant sur les résultats obtenus et tirer les conclusions qui se dégageaient des recherches des divers expérimentateurs. Mais à notre tour nous avons voulu nous rendre compte de l’utilité pratique des réactions proposées par les auteurs en vue du diagnostic de la grossesse. Nous avons systématiquement laissé de côté toutes les réactions dont la technique et les résultats sont exposés dans notre deuxième chapitre, d’abord parce que nous ne possédions pas l’outillage nécessaire et compliqué pour les entreprendre, ensuite parce qu’elles dépassaient le cadre de notre compétence dans les travaux de laboratoire.
Les résultats obtenus par ASCHHEIM et ZONDEK, les travaux de BRoUHA, HINGLAIS et SIMONNET, les recherches d’Adèle BRouHA, la simplicité de la méthode, la logique de son principe, ont suscité notre
curiosité.
HNobiee
Nous n’avions donc pas, en poursuivant cette idée, la prétention d’apporter des faits nouveaux, ni de contrôler ce que des expérimentateurs avertis apportaient comme conclusions à leurs recherches. Nous voulions seulement nous rendre compte si cette nouvelle méthode de diagnostic biologique pouvait être à la portée de tout médecin, si l’expérimentation en était facile, si la lecture en était aisée, ou bien si la délicatesse de la technique, la difficulté de l’interpétation en faisaient une méthode essentiellement de laboratoire.
Nos expériences ne portent pas sur un grand nombre d’animaux ni sur de nombreuses observations. Elles se sont échelonnées au cours de cette dernière année scolaire au fur et à mesure que les quelques couples de souriceaux que nous possédions donnaient des portées nouvelles. Nous avons recueilli 59 observations qui portent sur 82 souriceaux. Néanmoins nous possédons suffisamment la technique de la réaction, les diverses observations recueillies sont assez intéressantes pour que nous publions les résultats obtenus.
Tout au début nous avons utilisé le test biologique d’ASCHHEIM et ZONDEK sur la souris femelle et impubère ; nous avons trouvé tantôt des phénomènes de lutéinisation, tantôt seulement un développement du tractus génital sans réaction ovarienne. La nécessité de pratiquer des coupes, de recourir à un examen microscopique le cas échéant, nous ont fait abandonner cette méthode qui possède cependant une réelle valeur.
C’est sur la réaction de BROUHA, HiINGLAIS et Sr- MONNET que portent nos expériences. Nous allons suc-
Ne 200
cessivement étudier les différents points de la technique que nous avons suivie.
1° CHOIX DES ANIMAUX. — Il faut surveiller rigoureusement son élevage(!).Le choix des animaux, comme Pont montré BROUHA, HINGLAIS et SIMONNET, est d’une importance primordiale. Au début de nos expériences nous avons employé des animaux qui pesaient environ 12 gr., mais nous nous sommes aperçu, au bout de quelque temps, des variantes individuelles dans le volume et le poids des vésicules séminales. Le poids des vésicules séminales des souriceaux est en rapport avec l’âge et non avec le poids du corps tout entier. Aussi par la suite avons-nous noté la date de la naissance de chaque souriceau. La puberté se déclenchant du 35° au 40° jour, nous sommes certains, en prenant des animaux qui ont 25 jours au début de Pexpérience, qu'ils sont impubères.
Il est évident que pour avoir constamment sous la main des souriceaux âgés de moins de 25 jours, cela nécessite un gros élevage de souris et explique pourquoi nous n’avons pu entreprendre un plus grand nombre d’expériences.
La souris adulte que nous avons parfois employée montre, sous l’action du lobe antérieur de l’hypophyse, une certaine hypertrophie, mais pas suffisante cependant pour affirmer sans erreur possible un diagnostic, d’autant plus que chez l’adulte on peut
(1) Nous remercions M. le Professeur MOURIQUAND d’avoir bien voulu mettre à notre disposition son laboratoire pour l’élevage de nos souris.
SU te ie
très bien se trouver en présence de vésicules séminales plus ou moins développées suivant l’animal.
Nous employons des souris mâles âgées de 25 jours au début de l’expérience.
2° LES URINES. — Le plus souvent nous avons recueilli l’urine d’une façon très simple, au jet, après cependant une bonne toilette vulvaire. Toutes les fois que nous avons pu le faire, l’urine a été recueillie aseptiquement. Cette dernière façon de faire est préférable, car nous avons eu un certain nombre de morts parmi nos animaux lorsque l’urine était recueillie au jet. Etaient-elles dues aux microbes de la flore urétrale ? nous ne saurions le dire ; mais cependant toutes les fois que cela est possible il vaut mieux agir aseptiquement.
Nous conservons l’urine à la glacière pendant toute la durée de l’expérience, nous ajoutons un grain de thymol dans chaque tube. Lorsque l’urine est trouble, nous la filtrons ou mieux nous la centrifugeons et éliminons ainsi le dépôt.
Nous croyons, pour éviter la mortalité animale élevée, qu'il est préférable de filtrer l’urine au filtre de BERKEFELD ou laver l’urine à l’éther.
3° TECHNIQUE. — Nous injectons pendant huit Jours consécutivement sous la peau du dos de 0 cc. 10 à 0 cc. 50 d’une façon aseptique. Nous n’avons pas trouvé de différence sensible à l’autopsie chez des souris injectées à des doses différentes, de même avec l'urine de la première émission matinale et celle recueillie au cours de la journée.
La photographie N° 1 montre l’animal témoin. Les vésicules séminales se distinguent à peine derrière la vessie qui est légèrement réclinée à gauche et qui touche l’un des testicules. — La photographie N° 2 montre l’énorme hypertrophie des vésicules séminales reconnaissables à leur aspect de corne enroulée et boudi-
née, chez le souriceau, injecté d’urine de forme gravide.
Les deux souriceaux sont de la même portée.
Les animaux sont sacrifiés 24 heures après la dernière injection,
4° AUTOPSIE. —- Connaissant bien le réactif animal, il est inutile de sacrifier un témoin à chaque expérience. On asphyxie les animaux au gaz d’éclairage. Nous les disséquons sous l’eau, dans une cuve à fond de cire sur laquelle nous les piquons. Nous faisons une incision médiane et longitudinale. On rabat les deux lambeaux, on résèque les intestins et on voit si la réaction est positive deux énormes masses blanchitres, turgescentes dans la cavité abdominale, en forme de corne enroulée et qui sont nettement caractéristiques.
Le reste du tractus génital est à peine hypertrophié. La réaction se lit uniquement au niveau des vésicules séminales.
La réaction est ou n’est pas positive. Il n’y à pas d'interprétation douteuse si on a expérimenté avec des animaux d'âge connu. Les vésicules ont un volume plus que décuplé, d’ailleurs les photographies que nous publions d’autre part le montrent nettement.
Nous avons déterminé quelquefois l’augmentation pondérale des vésicules. En réalité c’est parfaitement inutile. La réaction se lit macroscopiquement et l’œil le moins exercé ne pourrait s’y tromper en comparant deux animaux : un injecté et un témoin.
On peut avoir un résultat plus rapide en injectant 0 cc. 30 d’urine pendant quatre jours à des souris et en les sacrifiant 120 heures après la première injection. L'hypertrophie des vésicules séminales est alors moins
NPD CE
apparente, mais très suffisante cependant pour que celui qui est habitué à la réaction, connaissant le volume normal des vésicules séminales des souris non injectées, puisse lire le résultat de la réaction sans erreur.
S° RÉSULTATS. — Nous avons tout d’abord, pour bien nous mettre au courant de la technique de la réaction expérimenté avec des femmes dont la grossesse était certaine ; cependant, pour la commodité de notre exposé, nous allons grouper en séries bien distinctes nos observations.
| ë 5 2 Poids moyen & & & & 8 des 5 S | 5 E 5 os Z È 2 séminales 2 Femmes enceintes. ....... 26 41 65 mmegr. [41 + Femmes normales......... 16 16 8 mmgr. 16 — Grossesse compliquée (obs OM RS AO ne RTS il 2 75 mmgr. | 2 + KyStes de lovaire tr te 4 8 9 mmer. | 8 — CancerniduiCo ler eee 1 2 more Fibromes utérins.........…. 3 3 16 mmgr. | 3 — Avortement accompli (obs n02) STE eee SC re 1 2 10 mmgr. | 2 — Post partum :
Re ANS à Enceæneue re NO ANA ES 2 2 ARRET 40e OS TOUT MR 4 4 Hire Môle hydatiforme après expulsion et curettage il 2 CAE M'OTAT ACER 1 59 82
nt
Parmi toutes ces observations, nous avons eu un cas de grossesse au premier mois et trois au deuxième mois de la gestation pour des femmes présentant des vomissements incoercibles.
= Nous avons obtenu une réaction positive dans un
cas de môle hydatiforme expulsée dans la nuit du 30 au 31 mars 1931. Un curettage a lieu le 31 mars. Le 20 mai la malade revient dans le service du Professeur VoroN, elle perd depuis l’expulsion de la mêle. Nous pratiquons la réaction d'ASCHHEIM et ZONDEK qui est nettement positive.
REESSLER, dans la Zeitschrift f. Geburtshilfe ànd Gyn., 1929, B. XCVI, H. 3, signale qu'il y a fixation de l’hormone antéhypophysaire par la mole hydatiforme et le chorioépithéliome et que la réaction peut persister après évidement ou extirpation s’il y a présence d’épithélium chorial sans qu’il puisse pour cela y avoir dégénérescence.
Le 16 juin la malade en question, entrée dans le service du Professeur MoLiN est opérée. On fait une hystérectomie subtotale : l’utérus est petit et on trouve une masse néoplasique comme une bille dans la corne droite.
Nous avons en juillet pratiqué à nouveau la réaction qui est devenue négative et tout récemment, en octobre, un nouvel examen d’urine n’a pas révélé de traces d’hormone antéhypophysaire.
On peut se demander si les résultats de cette méthode demeuraient stables, on n’aurait pas un moyen précoce de décéler les dégénérescences de la mole en tumeur maligne et les métastases possibles.
LRO:
Nous publions deux autres observations qui nous ont paru intéressantes quant aux diagnostics douteux que l’on pouvait porter :