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inférieure sur laquelle s’ajuste exactement un tuyau en caoutchouc long de deux mètres. L’extrémité libre de ce tuyau porte un tube métallique avec ro:binet de même diamètre. Suivant la hauteur à laquelle on élève le récipient, on développe à l'extrémité du tube une pression plus ou moins forte, d'où un écoulement plus ou moins rapide du liquide. L’auscultation du tuyau, lorsqu'on y fait passer du sang défibriné, reste négative : à l’état normal, le sang circule silencieusement dans les vaisseaux. En introduisant à l’intérieur du tube en, caoutchouc, sur une certaine longueur, un tube rétréci, il se produit un souffle dont le maximum s'entend audessus du point de sortie, mais qui se propage soit en haut, soit en bas, sur une certaine distance. Par conséquent, le sang qui circule silencieusement à l’état normal dans les vaisseaux, produit un souffle s'il existe un changement de calibre du conduit, c’est-à-dire si le liquide circulant passe d’un endroit rétréci dans un endroit dilaté. Dans d’autres expériences, Chauveau prouve qu'il faut, pour qu'un souffle se produise : 1° que la différence entre le diamètre de la portion dilatée et celui de la partie ré: trécie soit assez prononcée ; 2° que le sang pénètre avec une force suffisante dans la partie dilatée ; 3° que le sang circulant soit mobile et non visqueux (pas de souffle avec la glycérine, souffle très net avec le mercure ».
Etudiant ensuite les conditions qui modifient les caractères des souffles, Chauveau montre que le tra-
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jet, parcouru par le sang, doit; pour produire un bon souffle, être suffisamment long, ou bien aussi long que large, mais qu'un trajet court est une mauvaise condition d'établissement de ce phénomène. Il prouve ensuite que l'intensité du bruit étudié dépend de la vitesse d'écoulement et que celle-ci dépend elle-même de la différence des pressions auxquelles est soumis le liquide circulant. Mais ce ne sont là, pour lui, que des conditions secondaires (tandis que, pour Marey, la transition brusque d’une pression sanguine considérable à une pression plus faible est la condition première de production des souffles).
Quant à l'influence de la densité du liquide circulant, elle, ne saurait, pour Chauveau, être prise sérieusement en considération : si la densité n'est pas, en elle-même, un obstacle à la vibration des veines fluides, sa diminution ne peut favoriser la formation d'un souffle qu'en modifiant la mobilité moléculaire du liquide circulant.
Chauveau montre aussi que le frottement du liquide circulant contre les parois peut être sonore, mais dans des conditions de vitesse qui n'interviennent jamais en physiologie. Il prouve aussi que les aspérités qui rendent rugueuses la face interne des vaisseaux sans modifier le calibre de ces conduits ne provoquent pas l'apparition d’un souffle. Qu'il remplace, sur une certaine longueur, une artère par un tube métallique de même calibre, à surface intérieure dépolie, ou bien qu'il brise les tuniques in-
ternes de l’artère au moyen d’un fil enroulé autour de ce vaisseau, dans les deux cas il n’entend aucun souffle.
En résumé, pour Chauveau, trois grandes causes président à la formation des souffles :
1° Le passage du liquide d’un endroit rétréci dans un endroit dilaté ; ce qui produit une « veine fluide ».
2° Une force suffisante agissant sur l'écoulement de ce liquide ;
3° Une mobilité suffisante du liquide, qui ne doit pas être visqueux.
Deux facteurs peuvent être éliminés : 14 densité et le frottement.
À la suite de ces expériences qui eurent lieu de 1859 à 1866, s'engagèrent des discussions, non pas tant sur la production mécanique des souffles que sur leur pathogénie et leur signification clinique. Aux hypothèses émises, notamment par Parrot et Peter, Potain sut opposer une série d'expériences qu'il mit en lumière dans sa communication à la Société Médicale des Hôpitaux, à la séance du 24 mai 1867. Quelles étaient donc les opinions de Parrot et de Peter, au sujet des souffles jugulaires ?
OPINIONS DE PARROT ET DE PETER. — Parrot considérait deux cas
a) Le souffle n’a aucun rapport avec l’état du sang.
L'insuffisance des valvules de la jugulaire, insuffisance purement accidentelle en est la cause ;
— Hi —
b) Le souffle n'est pas sans quelque rapport avec l'anémie, mais c'est un rapport bien éloigné et très indirect, puisqu'il résulte d’une insuffisance de la valvule tricuspide, qui serait assez fréquente chez les gens atteints d’anémie. |
Pour Peter, le rapport du souffle est toujours indirect, éloigné. La cause prochaine de ce bruit est un spasme de la veine que la pauvreté du sang favoriserait comme elle favorise tous les états spasmodiques.
IDÉES ET EXPÉRIENCES DE POTAIN. — À Parrot qui regardait les souffles intermittents ou les souffles continus à renforcement comme un effet du reflux opéré dans les veines jugulaires par contraction soit dés oreillettes, soit des ventricules, lorsqu'il y a insuffisance tricuspide, Potain répond que, pour que cette interprétation fût vraie, il faudrait que le renforcement coïncidât exactement avec la systole ventriculaire.
Au même auteur qui considérait le souffle continu à forme intermittente double, comme résultant d'une succession de reflux et d’afflux exagérés par insuffisance de la valvule veineuse, Potain répond que le premier des deux souffles devrait coïncider avec un soulèvement de la région auscultée et le second avec un affaissement : or, c'est ce phénomène que Potain n’a jamais vu se produire.
Pour battre en brèche, en effet, la thèse de Parrot, Potain imagina un petit appareil dont il donne
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la description suivante : « Un petit entonnoir de verre, dit-il, dont l'ouverture a la dimension d’un pavillon de stéthoscope, à l'extrémité d’un tube de caoutchouc dont l’autre bout s’'introduit dans l'oreille. J’applique sur la région des vaisseaux du cou cette espèce de stéthoscope flexible et transparent, et de cette façon, je puis entendre dislinctement les bruits, tandis que j'ai l'œil fixé sur la région, sur le point même que j'ausculte. Puis, pour rendre les mouvements de cette région plus sensibles, j'ai soin de coller avec un peu d'eau, sur la peau que recouvre le pavillon transparent de mon stéthoscope, une petite lanière de papier collé, coudée à angle droit. Ce papier faisant office de levier mobile, ou de sphygmoscope, augmente beaucoup l’amplitude apparente des mouvements et les rend faciles à suivre ».
À la thèse de Peter qui faisait du spasme des vaisseaux du cou le facteur essentiel de la production -des souffles et qui, pour cette raison, ne leur attribuait qu'une minime valeur diagnostique, Potain répond que si cette contractilité des vaisseaux était réelle, elle supprimerait le souffle si celui-ci existait.
Mais Potain insiste davantage sur le rôle joué par l'hydrémie. Il rappelle, dans son rapport, les expériences célèbre de Bouillaud, qui « plonge l’aréomètre de Beaumé dans le sang de 27 malades auxquelles ont été pratiquées, pour diverses. affections fébriles, plusieurs saignées successives. Sur chaque
individu le souffle paraît et s’exagère à mesure que les saignées sont répétées et que les indications de l'instrument s'abaissent davantage... Conclusion : le souffle apparaît d'autant mieux que le sang s’appauvrit davantage par saignée ; ce bruit est à peu près constant quand la densité du sang, prise avec l’aréomètre, est -au-dessous de 5° 3/4. » Bouillaud constale ensuite la coexistence fréquente des souffles et des chloro-anémies, coexistence que Potain explique ainsi : dans les états chloro-anémiques, le nombre des globules rouges diminue, d’où diminution de la densité, et par conséquent apparition des bruits de souffle. Pour appuyer cette théorie de faits expérimentaux, il inventa l'appareil suivant : un entonnoir de grande capacité auquel fait suite un tube en caoutchouc long de deux mètres environ ; à peu de distance de l'extrémité libre du tuyau, Potain ausculte les bruits qui peuvent se produire au moyen d’un tube de verre qu'il applique perpendiculairement à l’axe du tuyau de caoutchoue et dont il introduit l’autre extrémité dans l'oreille. Un peu en avant du stéthoscope en verre, Potain installe sur le trajet du tuyau une vis de pression qu'il peut serrer et desserrer à volonté. Au-dessus du grand entonnoir sont disposés deux réservoirs À et B, munis chacun à leur partie inférieure d’un robinet : ainsi il peut faire passer successivement dans le grand entonnoir du liquide contenu dans À et du liquide contenu ‘ dans B. Dans le récipient À, Potain met du sérum de sang de bœuf, dans B du sang défibriné. Quand il
En
fait passer dans le tuyau du liquide de A (sérum) et qu'il établit un rétrécissemient en amont du point d’auscultation, il entend un bruit de souffle fort intense, mais lorsqu'il fait passer dans le même tuyau le liquide B (sérum + globules) il se produit une diminution considérable du bruit du souffle.
En résumé, les conclusions de Potain sont cellesci : « Le souffle se produit d’autant plus facilement dans les veines que le sang qui les parcourt est plus pauvre en globules. Si le sang pauvre est plus apte à produire des souffles, cela paraît tenir à peu près exclusivement à ce qu'il coule dans les vaisseux plus facilement et plus vite ».
Mais Potain a soin d'ajouter : l'apparition des souffles de la jugulaire ne dépend pas de la seule pauvreté du sang, elle est subordonnée encore à d'autres conditions d'existence dont les unes sont locales, les autres générales. Toutes paraissent agir, directement ou indirectement, de manière à accélérer ou retarder le courant sanguin dans la veine qu'on ausculte ou bien à y produire le retrécissement local nécessaire pour faire entrer le liquide en vibration ».
OPINION DE TROUSSEAU.— Plus tard Trousseau, tout en approuvant les idées de Potain sur la fluidité du sang, croit (sans cependant faire d'expérience) que celte pauvreté sanguine en globules entraîne une dénutrition, et, par cela même, une moindre excitation du système nerveux, ce qui serait la cause
même du spasme vasculaire. Ainsi Trousseau amalgame les idées de Chauveau et de Potain : existence d'une veine fluide, fluidité du sang et spasme des vaisseaux, telles seraient pour Trousseau les causes de production des souffles jugulaires.
À peu près à la même époque, Bergeron fit des expériences dont il donne les descriptions détaillées
dans un remarquable travail (« des causes et du mé-
canisme du bruit de souffle », 1868). De ce travail, il conclue que tout semble se réduire à une question de vitesse ; mais l’auteur pense que la viscosité agit comme la tension, en massant lesmolécules les unes contre les autres, s’opposant ainsi à leur ébranlement, et par suite diminuant l'intensité des bruits du souffle. |
Depuis cette époque, l'expérimentation des souf- Îles vasculaires ne s’est poursuivie, €royons-nous, qu'avec Barié. Dans son livre « sur les bruits anormaux du cœur », cet auteur nous décrit les expériences qu’il poursuivit sur des tubes de caoutchouc. Nous n'insisterons pas sur le détail des appareils dont il se servit et qui se rapprochaïent de ceux imaginés par Chauveau et Potain. Il concluait ainsi :
r) Rôle favorisant d’un rétrécissement convenable ;
2) Rôle des parois du rétrécissement (soufile plus net avec un rétrécissement formé par un corps dur, qu'avec celui constitué par un corps spongieux) ;
3) Rôle de la tension sanguine (intensité du souffle en rapport inverse avec la tension veineuse) ;
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4) Rôle de la vitesse du liquide circulant ; 5) Rôle de la composition du liquide sanguin.
Telles furent, brièvement résumées, les expériences nombreuses et variées entreprises depuis. Chauveau, pour essayer d'établir les conditions de production et le mécanisme intime des souffles vasculaires en général et jugulaires en particulier.
Nous allons maintenant décrire les quelques expériences personnelles réalisées depuis quelques mois à l'hôpital Saint-Antoine. Nos expériences ont porté, elles aussi, sur l'étude des tubes de caoutchouc.
Pour nous rapprocher le plus possible des conditions de nos examens cliniques, nous nous sommes servis d’un stéthoscope biauriculaire (du type Spengler ou Maloïine, par exemple).
Dans notre première expérience, nous adaptons à l'extrémité d'un robinet de canalisation d'eau eourante un tuyau de caoutchouc assez long, à direction verticale, et, sans exercer de pression sur ce tuyau, nous l’auscultons : si le robinet est ouvert en grand, nous percevons un souffle très fort qui s'accompagne, peut-on dire, de gros râles humides, de gargouillements: Au fur et à mesure que nous fermons le robinet, le souffle diminue d'intensité, pour cesser complètement avec la fermeture du robinet.
Dans cette expérience, nous nous éloignons des conditions physiologiques de la circulation du sang,