‹ Contribution à l'étude du diagnostic des chloroses frustesChapitre 8 sur 39 · MT ER · texte numérisé non relu

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- Un autre auteur anglais, Camps, en 1847, examine les relations qui existent entre le « bruit de diable » et l'anémie progressive. Des auteurs allemands, en 1854, Wittrich et Richter, donnent le nom de bruits de nonne aux souffles jugulaires qu'ils retrouvent assez facilement chez des adultes en bonne santé. k

Chauveau, dans un rapport paru dans une Gazette Médicale de 1854, faisait part d’intéressantes recherches. De l’ensemble de ses travaux exécutés

de 1854 à 1858; il découle que si l’anémie est une condition favorable pour la production des souffles jugulaires, la condition nécessaire était la production d'une veine fluide, résultant elle-même de la succession d’un rétrécissement et d’une dilatation au niveau d’un vaisseau.

En dehors de ces expériences de laboratoire, Chauveau a recherché, avec soin, les souffles jugulaires dans son service de l'Hôtel-Dieu : de ses statistiques il conclut que tout sujet sain ou malade présente un souffle jugulaire et que celui-ci apparaît dès le premier essai d'auscultation ou après plusieurs examens répétés du vaisseau.

Avec Peter, en 1859, nous voyons revenir l'influence de l’état spasmodique des vaisseaux sur la production des souffles jugulaires. Mais ce clinicien remarqua que le souffle pouvait être entendu bien que la composition du sang restât normale, qu'il pouvait, d'autre part, ne pas être perçu alors qu'existaient les troubles fonctionnels de l’anémie et

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de la chlorose, et que ce souffle, enfin, apparaissait et disparaissait au cours d’une même exploration. Il ressort de ses travaux que les souffles jugulaires n'ont pas la valeur sémiotique qu'on leur attribuait souvent, ils ne seraient nullement pathognomiques de l’anémie et ne posséderaient qu'une valeur relative en pathologie. |

Dans une discussion soulevée en 1866, à la Société Médicale des Hôpitaux, Parrot a également battu en brèche la valeur des souffles vasculaires en tant que signes d’une altération du sang ou d’une chlorose. Ces bruits, produits, pour lui, par létat spasmodique des vaisseaux et par une insuffisance de valvule veineuse, lui apparaissent fugitifs, variables suivant la position du malade, habituels dans l'enfance, comme chez le vieillard, presque constants chez les nourrices du grand bureau. À cette même séance, Nonat affirmait, par contre, la grande valeur de ces souffles dans la chlorose.

À la même époque, Germain Sée ensergne que les conditions matérielles de la production des bruits vasculaires sont la faiblesse permanente de l’action cardiaque, la faible tension des artères, l’écoulement accéléré et bruyant du sang qui passe facilement de l'artère dans les artérioles. Il y a, pour cel auteur, diminution de tension du sang par suite du relâchement du vaisseau, relâchement dû à une influence nerveuse qui est en jeu dès que le sang te trouve modifié. ei

Un an plus tard, en 1867, Potain fait une com-

munication très remarquée à la Société Médicale des Hôpitaux : il attribue une grosse influence à l'état hydrémique du sang, à sa fluidité, dans la production des souffles jugulaires ; mais il remarque que beaucoup de « conditions tout à fait étrangères à l'état du sang contribuent à favoriser ou à empêcher la production des souffles vasculaires... et, de là, l'impossibilité de trouver à ce phénomène une cause unique et toujours la même ».

En 1868, Monneret attribue un rôle important à la tension des aponévroses du cou et à l'aspiration thoracique dans la production des souffles jugulaires. :

Enfin Trousseau, un peu plus tard, dans ses cliniques de l’Hôtel-Dieu, adopte les idées de Potain sur le rôle de la fluidité du sang, mais il ajoute : « Un sang plus fluide coule plus vite, et c’est une condition favorable à la réalisation des souffles vasculaires ; mais un sang plus fluide est moins riche en globules ; moins riche en globules, il est moins nutritif'et excite moins le système nerveux. Et c’est ici qu'intervient le rôle de la paroi qu'on avait trop négligée : qu'elle se relâche paroxystiquement ou qu'elle se contracte spasmodiquement, le fait importe peu ; ce qui est important c'est qu'une perturbation nerveuse ait lieu, temporaire ou fugitive, comme tout ce qui est vivant, perturbation qui mo: difie spontanément la circulation de façon à produire une veine fluide et, par suite, un souffle vassulaire ; et l’on comprend ainsi que ce souffle peut

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apparaître et disparaître dans le cours d’une même exploration, ainsi que l'ont constaté Peter et Parrot ». Ainsi, pour Trousseau, il y avait deux sortes de bruits au niveau du cou : les uns, simples, exclusivement artériels, étaient signes d'anémie, les autres à « double courant » suivant l'expression de Bouillaud, étaient signes de chlorose. Mais plus loin, il faisait remarquer que, dans la chlorose, après traitement martial et après guérison clinique, le bruit à double courant pouvait persister et que, par conséquent, ce bruit était « indépendant dans une certaine mesure de la constitution du sang ».

Depuis Trousseau, la question des souffles jugulaires a été rarement à l’ordre du jour. On en trouve cependant quelques belles descriptions dans la thèse d’agrégation de Moriez, en 1880.

Dans son ouvrage sur les Bruits de souffle et Bruits de galop, Barié étudie le mécanisme de production des souffles dans les tuyaux de caoutchouc, reprenant la vieille expérimentation de Chauveau. - Dans le traité de pathologie générale de Bouchard, Tripier et Devic ont, dans un article très clair et très remarqué, développé la question de l’auscultation des veines du cou. Nous y reviendrons pour montrer comment ces auteurs ont précisé la technique d'examen des jugulaires et ont insisté sur la valeur sémiotique des souffles de ces vaisseaux malgré les opinions de Weill qui ne leur attribuait aucune valeur et celles de Apetz, en Allemagne et de Bew-

ley, en Angleterre, qui ne les considéraient que rarement pathognomoniques des états anémiques.

En 1906, Windermann étudie le bruit de nonne qu'il retrouve chez des individus sains.

Plus près de nous, en 1915, Josué précise les conditions d'examen du pouls veineux jugulaire, mais il nese sert dece symptôme que pour le diagnostic de diverses lésions cardiaques <t ne s'occupe pas de la question des souffles anémiques ou chlorotiques.

En 1920, Buffet, dans sa thèse de doctorat, inspirée par Louis Ramond, étudie les « souffles jugulaires dits anémiques ». À son avis « bien que décrits dans la chlorose et l’anémie, les souffles jugulaires ne sont pas pathognomoniques d’anémie, puisqu'on les rencontre également en dehors de ces affections... Le souffle veineux du cou fait partie d'un syndrome général qui produit une perturbation dans le fonctionnement du sympathique chez des sujets prédisposés ». |

De l’ensemble de cet historique, nous conciurons que les divers auteurs se divisent en 3 groupes les uns, comme Trousseau, insistent sur la valeur pathognomonique des souffles jugulaires ; d’autres, comme Laënnec, Beau, Barth, Roger, Aran, Germain Sée, ne leur attribuent qu'une valeur relative ; d’autres enfin, avec Chauveau. Peter, Parrot, Potain et les auteurs allemands, ne leur accordent aucune valeur pathologique.

Devant ces avis si divers, il est difficile de se faire une opinion personnelle. Nous ferons remarquer

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cependant que l'examen des vaisseaux du cou s'est fait suivant des méthodes différentes qui ont pu influencer les résultats : Trousseau et Potain, par exemple, insistent sur les difficultés d’une auscultation précise et enseignent leur technique personnelle. Plus près de nous, Tripier et Devic insistent sur la nécessité de tendre fortement l’aponévrose cervicale. Nous-mêmes, nous montrerons, dans le chapitre suivant, les modifications que nous avons apportées à la technique classique.

Dans le service du docteur Noël Fiessinger, à la consultation de médecine de l'hôpital Saint-Antoine, nous avons repris les expériences de Chauveau et Savart et nous avons recherché le mécanisme de production des souffles vasculaires pour essayer de nous faire une opinion sur leur valeur sémiotique. Mais, avant d'exposer le résultat de ces expériences, nous insisterons sur la technique d’auscultation des vaisseaux du cou, ainsi que sur les caractères et la fréquence des souffles jugulaires.

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