III. — INDICATIONS COMMUNES AUX FORMES SPASMODIQUES ET ATONIQUES
1° Les Purgatifs
Les purgatifs salins (sulfate de soude, sulfate de magnésie, citrates et tartrates alcalins, eaux purgatives naturelles) ont le défaut d’être irritants pour la muqueuse intestinale en solutions concentrées, et de donner lieu, les jours suivants, à une constipation opiniâtre.
Les purgatifs cathartiques (séné, rhubarbe, ner-
prun) sont des excitants de la fibre musculaire intestinale ; ils sont à rejeter parce que d’action trop brutale.
Il en est de même des purgatifs drastiques tels que l’aloès, le jalap, la scammonée, la bryone, l'huile de croton.
Les purgatifs mécaniques, qui agissent par leur masse, sans subir de modifications digestives (comme les graines de lin, de moutarde blanche, de psyllium), doivent être employés avec prudence parce qu'ils encombrent la lumière intestinale et amènent la distension passagère de l'intestin.
L'huile de ricin, bien qu’elle semble devoir ses propriétés purgatives à un acide âcre, est un excellent purgatif dans le cas d’entérospasme. Elle doit être prise à dose laxative (10 grammes) le matin à jeun, plusieurs jours de suite. Si elle est mal supportée, on peut l’associer au sirop de belladone.
L'huile d'olive peut aussi être employée par voie buccale. Mais elle agit beaucoup plus sûrement lorsqu'elle est introduite directement dans le rectum. La technique de ces injections d’huile est la même que celle des lavages de l’intestin.
L'huile doit être tiède (40°), les injections se font d’abord tous les soirs avant de se coucher et sont gardées toute la nuit. Lorsqu'on obtient une selle tous les jours, on espace les injections : souvent les selles continuent à être régulières plusieurs jours de suite. La quantité d'huile injectée est d'abord de 200 grammes environ. Si les injections sont journalières et les résultats suffisants, on diminue rapidement la quantité d'huile.
L'huile ainsi injectée semble agir en partie mécaniquement et en partie chimiquement : il se produit, en effet, de la glycérine, des acides gras, et, en présence de la bile, des savons,
L'huile de paraffine est aussi très employée. S'il s’agit d’un hypersthénique gastrique, douloureux, c’est avec avantage que l’on prescrira l’huile un quart d'heure avant les principaux repas. Si l’estomac est atone, au contraire, il sera bien préférable de donner l'huile loin des repas, le matin à jeun ou le soir au coucher.
Mais nous signalerons deux inconvénients de ces huiles de paraffine :
— d’abord, elle peuvent donner des fuites et s’éliminer seules à n’importe quel moment de la journée ;
— ensuite, elles pourraient entraîner des troubles de la nutrition et de l’eczéma, qui seraient en rapport avec le fait que les vitamines A et D, liposolubles, seraient entraînées avec les selles sans être absorbées. L’absorption des graisses serait également entravée (Hans Seel et Wurzburger).
2° Les Entéroclyses,
À moins que l’état colitique et spasmodique ne soit trop accusé, apportent un soulagement immédiat et amènent en peu de temps de véritables transformations. On peut les pratiquer systématiquement, deux ou trois fois par semaine, à la dose d’un litre d’eau bouillie tiède additionnée d’un extrait biliaire liquide. L'emploi de substances plus irritantes, telles que l’eau savonneuse ou la glycérine, est à déconseiller. Le lavement doit être administré au moyen d’une sonde suffisamment longue pour être porté très haut et l'écoulement du liquide réglé sous faible pression. ï
Ces grands lavages provoquent souvent d’abondantes évacuations et sont très bien tolérés : ils nettoient mécaniquement la région colique encombrée
et réveillent en même temps le péritaltisme intestinal.
Ils agissent toujours très favorablement dans les cas où la stercorémie domine le tableau clinique parce qu’en dehors de leur action mécanique, ils ont aussi l’avantage d'augmenter la diurèse.
Tous les malades d’ailleurs sont unanimes à déclarer que la purgation ne leur produit aucun effet et seul le lavement leur procure une exonération complète.
3° Les Pratiques Physiothérapiques
Selon l’avis du Professeur Chiray, les massages de l’abdomen, l’électrothérapie, les lavements électriques, restent, dans la majorité des cas, inutiles.
« La gymnastique abdominale >», dit-il, « nous semble une méthode intéressante, surtout si on l’emploie concurremment avec les laxatifs et les entéroclyses.
« Enfin, il ne faut pas oublier que le dolichocôlon s'associe fréquemment à d’autres états morbides qu’on ne doit pas négliger, colites chroniques avec fermentations ou putréfactions intestinales, troubles endocriniens, etc. (hypothyroïdie, diabète, etc.).
« Nous ne pouvons nous étendre sur le traitement médical de toutes les complications : colite, pyélonéphrite, anémie, dyspepsie, mais nous insistons sur la nécessité de traiter, en même temps qu’elles, le dolichocôlon, sous peine de n’enregistrer que des échecs. »
4° La Cure d’'Engraissement
Bien entendu, une fois que le régime sera établi, il faudra en surveiller les résultats non seulement au point de vue des fonctions intestinales, mais
aussi au point de vue de la nutrition générale. L'usage régulier de la balance est donc nécessaire : le premier. point à obtenir est que le poids du malade soit en rapport avec sa taille. On se trouve souvent en présence de sujets amaigris, qu’il faut, petit à petit, ramener à leur poids normal, quelquefois au prix d’une suralimentation judicieuse, le plus souvent bien tolérée par l'intestin si l’on fait un choix convenable des aliments. Une fois ce premier point obtenu, on réduira la quantité d'aliments au minimum nécessaire pour maintenir le poids normal.
5° Les Cures Thermales
1° Pour les atono-spasmodiques
La cure de Châtel-Guyon a l’avantage d'agir par ses moyens externes, bains et cataplasmes de boue, sur l'élément colitique. Elle dispose d’une eau minérale chlorurée, isotonique, admirablement bien tolérée par la muqueuse, ce qui permet de l’employer en irrigations intestinales dont le rendement est supérieur à celui des irrigations d’eau bouillie.
En outre, la cure de châtel-Guyon a l’avantage de lutter contre les états d’atonie du côlon. Cette action est lente, car « refaire du muscle n’est pas toujours chose facile ». Mais on y parvient, et l’on a pu constater radiologiquement des modifications de la morphelogie du côlon.
20 Pour les spasmodiques :
La cure de Plombières donnera d’excellents résultats par son effet sédatif.
En résumé, la diététique est très importante : un régime sans résidus, sans hydratation ou déshydratation excessives tendra à diminuer la distension intestinale et la longueur des segments.
La viande sera donnée en assez forte proportion, les légumes vert modérément et toujours bien hachés. La restriction des farineux s'impose pour diminuer la pneumocolie.
Les médicaments varieront selon les cas, et seront tantôt antispasmôdiques, tantôt entérotoniques.
Les entéroclyses, les laxatifs huileux donnent en général d'excellents résultats. Mais il ne faut pas en abuser pour éviter l’accoutumance, et les phénomènes secondaires de colite, « cette maladie du lavement ».
La cure d’engraissement, et les cures thermales, enfin, ne doivent pas être dédaignées. |