‹ Contribution à l'étude du dosage de la caféineChapitre 6 sur 20 · LA PAS · texte numérisé non relu

LA PAS

THÉ. — Le thé est peut-être la plante à caféine la plus anciennement connue ; on l'utilise déjà en Chine 2500 ans avant J.-C. [28], de là elle passe au Japon où on la signale il y a douze siècles. Elle ne parvient en Europe que beaucoup plus tard. Au début du xvrr° siécle des Jésuites l'introduisent en France et nous savons que Mazarin en consommait en 1657. On servit le thé dans les cafés lorsqu'ils s'ouvrirent, mais ce fut en Angleterre qu'il connut la plus grande faveur et de nos jours encore ce sont les Anglo-Saxons qui en font la plus grande consommation. En 1911 les deux plus eros producteurs de thé : l'Inde et Ceylan en produisaient annuellement respectivement 123.200.000 et 85.000.000 kilogrammes, l'Angleterre en consommait, à elle seule, 134.100.000 kilogrammes et le reste de l'Europe moins la Turquie 15.900.000. De ces chiffres sont exclues la production et la consommation chinoises, énormes, mais très difficiles à évaluer.

Enfin, le thé a une si grande importance, que l’on rencontre encore de nos jours, des peuplades primitives, en particulier dans le Thibet, qui font, de cette plante, leur principal aliment, mangeant peu de riz, qu'ils remplacent généralement par une soupe de thé au beurre.

CAFE. — L'emploi du café paraît être beaucoup moins ancien. D'aucuns ont prétendu qu'il était originaire d'Arabie, d’autres le veulent spoñtané ‘dans l'Ethiopie, le Yémen : la question est assez malaisée

à trancher [17].

Il semble qu'en Arabie, on le connaissait cinq ou

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six siècles après Mahomet, ce qui correspond au xu° où un siècle de notre ère. Mais il faut attendre le règne de Soliman 11, au début du xvi° siècle, pour voir s'ouvrir les premiers cafés à Constantinople et en Grèce. Puis, peu à peu, le café gagne vers l’ouest ; en 1645 l'Italie compte un café. En 1658, le voyageur Français Thévenot, de retour d'Orient, en rapporte à Paris et en fait servir à ses hôtes à l'issue d’un repas, sans beaucoup de succès d’ailleurs. Puis Soliman Aga, ambassadeur turc, en offre à la haute société, et le café qui, chez le- Français Thévenot, avait été assez peu prisé, devient délicieux chez le Turc Soliman Aga et l'engouement est général. En 1672, un Arménien, du nom de Pascal ouvre le premier café à la Foire Saint-Germain ; un Silicien, Procope, ouvre le café de l’Ancienne Comédie. Le Corps médical proteste, la belle société se scinde en deux clans, on prend par:

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tie pour ou contre le café, Mme de Sévigné s'indigne

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« Racine passera comme le café », rien n'v fait, le roi en prend et comme ses gestes sont aussitôt copiés par tous, la consécration est officielle. Le café gagne du terrain ; bientôt s'ouvrent de nouveaux établissements : le café de Foy, le Palais-Royal ; le café de la Régence, fréquenté par Diderot, qui écrit dans « Le Neveu de Rameau » « qu'il fasse beau, qu'il fasse laïd, c'est mon habitude d'aller, sur les cinq heures du soir, me promener au Palais-Royal. Si le temps est trop froid ou trop pluvieux je me réfugie au Café de la Régence. Là, je m'amuse à voir jouer aux échecs. » Et malgré la prophétie de Mme de Sévigné, le café a survécu. Rappelons que Napoléon et Balzac étaient

grands consommateurs de café, ce dernier serait mort pour en avoir abusé. Son usage est entré dans toutes les familles, dans toutes les branches de la Société, à la ville comme à la campagne, et ce sont les femmes qui semblent en faire la plus grande consommation, si bien que l’on a pu dire « le caféisme est l'alcoolisme de la femme ».

KOLA. — Elle paraît avoir été ignorée des Anciens .civilisés et des Arabes, mais, en revanche, 1l semble bien qu'on la connaissait il y a très longtemps dans les pays d’origine.

En Europe, il faut arriver à 1556 pour en trouver mention et c'est seulement en 1605 que Clusius reçoit les premières noix à deux cotylédons du médecin Hollandais Roelsius [29]. Mais, à cette époque, les arbres producteurs sont encore inconnus, ce n'ast qu'en 1786-1787 que Palisot, de Beauvais, rapporte d'Owan et du Benin le Sterculia acuminata. Enfin c'est à Heckel que revient l’honneur de sa vulgarisation en 1883.

Au sujet de la culture de ces Sterculia on rencontre de curieuses légendes : l’indigène qui plante une noix de kola doit mourir quand l'arbre commence à rapporter, aussi au Soudan on se contente de protéger les plants poussés par hasard : dans le sud de la Côte d'Ivoire, le nègre va chercher l'arbre dans la forêt, mais les semis sont rares. Et l’on comprend la valeur de la kola dans ces pays où une noix vaut une esclave, La kola fraîche, dont les effets, d’ailleurs, sont différents de la kola sèche, sert de monnaie dans certaines régions.

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CACAO. — Le cacao est la graine du cacaoyer. Cet arbre originaire de l'Amérique tropicale s’est répandu aux Antilles, à la Guyane, la Guadeloupe, la Jamaïque, le Vénézuéla, le Mexique, la Colombie, le Brésil, le Pérou, le Chili, l'Inde, la Côte d'Ivoire, le Gabon.

Les Mexicains lui attribuaient jadis une origine di- -vine, les graines étaients venues du Paradis [30].

I paraît avoir été cultivé dès la plus haute antiquité par les habitants du Guatémala.

Le tchocolatt mexicain était obtenu à l’aide de graines de cacao pilées, de piment, de maïs encore en lait et de suc d’agave. Ce sont les Espagnols qui inventèrent la formule du chocolat actuel, chocolat qui ne se répandit guère en Europe qu'au cours du xvirr° siècle, bien que connu déjà à la fin du règne de Louis XIV.

MATE. — Le maté fut longtemps considéré comme une variété de thé, ce qui explique ses noms de Thé du Paraguay, Thé des Missions et Thé des Jésuites. S'il a peu d'importance, en Europe, il n’en est pas de même en Amérique du Sud, où les habitants en préparent leur boisson préférée et où les Incas le considèrent comme une plante sacrée [31].

: GUARANA, — C'est une liane de la famille des Sapindacées que l’on rencontre dans l'Amérique du Sud au Brésil. Il ne paraît pas être connu depuis très longtemps et en Europe il n’en est fait mention que:

depuis 1817 [32].

YOCCO. — C'est une plante, appartenant à la famille des Sapindacées et au genre Paullinia, connue

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dans les districts méridionnaux de la Colombie, en particulier dans les régions sauvages du Putumayo et du Caqueta.

Elle a été signalée par le Docteur Zerda Bayow, en 1905, et par M. Florent CLaës, en 1925, et étudiée l'année suivante par MM. Perror et Roumer. De la communication de ces derniers, nous extrayons le passage suivant [27]

« D'ailleurs assez abondant à l’état spontané dans la forêt, le Yocco est cultivé par les indigènes qui en ont toujours une provision dans leur canot ou leur case. Ils lui attribuent, en effet, la vertu d'éviter la fatigue, la faim et les maladies, de procurer l’agïlité et l’endurance nécessaires pour la chasse, pour les longues expéditions en canot ou pour les courses en montagne.»

Les indigènes consomment, chaque matin, à leur réveil, une inacération d’écorce dans l’eau.

MM. Perror et RouniEer ont extrait du Yocco une substance cristallisable qu'ils ont identifié à la caféine, ce qui explique parfaitement les propriétés que les indigènes lui attribuent.

Cette découverte présente un attrait particulier pour la Matière médicale, car nous connaissions des feuilles renfermant de la caféine (thé, café, maté), des graines et des fruits (café, kola, cacao, guarana), mais le vocco est la première écorce que l’on puisse ranger dans cette catégorie des plantes à caféine.

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