RECHERCHE DU FONDEMENT DE L'IMPÉRATIF
est donc impossible de concevoir,, comment ce fait social qu'est l’'obéissance peut être engendré par la décision d’auires individus que l’auteur de l'acte. Il n'y a pas de volonté. qui s'impose de l'un à l’autre. La volonté n'a d'existence qu'interne. Elle n’est pas une explication de la subordination d’un individu à un autre, si l'on veut bien y réfléchir (6). Il suMit de lire ce que disait déjà saint Tuomas, il y a quelques siècles, dans ce sens précis.
‘Si l’on répugne à cette démonstration comme étant psychologique, on pourrait dire simplement avec Dueuir : les volontés étant forcément égales (les hommes étant physiologiquement et biologiquement de la même substance), rien ne permet de dire qu'une volonté puisse s'imposer à une autre (6).
Dans une autre conception on explique l’obéissance de l’individu à la loi par le raisonnement suivant : l'individu pense que la loi correspond à ses intérêts et qu’en conséquence il äoit la suivre. Ou encore on explique l’obéissance par la crainte de l’application de la sanction. Calcul de même ordre si on en juge du point de vue de l’assujetti.
De nombreuses doctrines se différencient simplement par l: choix des différents motifs qui peuvent conduire l'individu à décider qu'il doit obéir. Nous appellerons ces doctrines qui fondent sur un motif la décision d'obéissance : « doctrines de la motivation », affirmant la causalité psychologique du phénomène d'obéissance (7). D’analyse en analyse des motifs on finit par distinguer les causes de cette motivation. On arrive ainsi à expliquer l’obéissance par une situation sociale donnée; puis on analyse les éléments de cette situation sociale
(5) Cette argumentation est de KELSEN; nous l’adoptons.
(6) Cf. DUGUIT : L'Etat, le droit objectif et la loi positive : « … Le gouvernement formulera une menace de violence; il est impuissant à formuler un commandement, parce qu’un homme ne peut pas ‘commander à un autre homme, une volonté individuelle ne peut pas s'imposer comme telle à une autre volonté individuelle ».
(7) C’est ce que recherche la doctrine exposée par WUNDT dans Logik, 2° édition, t. II, page 576.
WUNDT pense que ce nest qu'un piéjugé de la jurisprudence moderne de considérer la théorie indéterministe de la volonté comme une condition sine qua non de la déduction des concepts de la liberté, de l’action, de la responsabilité et de la punition. Le contraire serait
vrai, dit-il, car en vérité une compréhension psychologique de ces conceptions et une motivation des actions concrètes ne peuvent être acquises qu'en partant d’un déterminisme psychologique. Pour cela
WunNDT préconise un déterminisme psychologique qui s'affranchirait de de la confusion grossière entre la causalité psychique et mécaniste.
dans Jaquelle la cause éconmique devient plus ou moins la cause essentielle, parce que la plus facilement. discernable. Les conséquences déduites de ces analyses sont au point de vue théorique souvent très graves et expliquent des attitudes précises sur beaucoup de problèmes, des auteurs qui les discerent sans souvent en parler directement.
On comprend qu’une telle conception ait plu beaucoup aux « scientifiques » de ce siècle et de la fin äu précédent. C'est, en effet, la voie par laquelle ils peuvent introduire dans le droit toutes leurs conceptions sociologiques et pseudo scientifiques; de telle sorte qu'on a pu voir d'excellents juristes <'adonner avec passion à une mauvaise sociologie plus ou moins inspirée de Durkneim ou ‘de son école (8). Ce qu'il y a de détestable dans une telle position, est qu'alors qu'on prétend faire œuvre de science dans le droit, on ne fait ni science ni droit. On ne fait pas de la science, car on ne fait que généraliser les doctrines scientifiques qui, dans le cadre modeste où les savants les ont placées, peuvent correspondre à une part de vérité, mais qui ne sont que généralisations sans portée, situées hors de leur cadre restreint. En prétendant travailler avec le dessein de montrer la mise en œuvre de la sociologie on la ridiculise, en faisant d’une découverte intéressante en elle-même, la clef de voûte de sciences aussi différentes que la sociologie et le droit.
Ces conceptions rejoignent les doctrines mécanistes dont BERGsoN a montré toute l'erreur et tout l’orgueil. En effet, la sociologie est une science à postériori; elle tend à démontrer
(8) Cf. Simon DEPLOIGE : Conflit de la morale et de la sociologie. LOUVAIN, 1911.
Cf. René CAPITANT : L'impératif juridique, critiquant les conceptions de DURKHEIM :
« … il est facile de voir à quel moment DURKHEIM cesse, sans s’en «apercevoir, de se fonder sur des données purement scientifiques. DURCKHEIM définit la maladie et la santé comme étant l’anormal et le normal, c'est-à-dire le général et l’exceptionnel. Ce faisant, il fait bien de la maladie et de la santé des Concepts scientifiques, car le général et l’exceptionnel sont choses observables. Mais à supposer que la science sociale arrive à déterminer pour tous les types de société ce qui est normal et ce qui est anormal, en résulterait-il autre chose qu'une règle purement conditionnelle. Evidemment non. La science sociale indiquerait à l'homme ce qui est normal, ce qui est anormal: elle lui indiquerait en même temps le moyen qui favorise le normal, mais elle ne lui dirait toujours rien en Ce qui concerne le choix entre le normal et l’anoëmal, Or, p. 61, DURKHEIM écrit : « Pour les sociétés comme pour les individus, ja santé est bonne et désirable, la maladie, au contraire, est ja chose qui doit être évitée »… Cette règle est catégorique et repose sur un postulat... Les données scientifiques sont incapables de donner, d’engendrer un impératif catégorique ».