‹ Contribution à l'étude du droit naturel: Le droit naturel comme base de validité du droit positif et comme guide du législateurChapitre 4 sur 45 · II. — La morale est-elle variable ou absolue · texte numérisé non relu

II. — La morale est-elle variable ou absolue

La morale ayant à sa base un postulat indémontrable, à contenu indéfinissable, celui-ci ne peut varier; l'infini ne varie pas.

Or, la notion de cet infini est intérieure à l'individu. Mais le bien existe au delà de l'individu. Dès lors, d’un individu à l'autre le bien ne varie pas; ce qui varie c’est uniquement le nombre de jugements moraux portés par les individus, le nombre d'actes envisagés au point de vue moral par l'individu. C’est ce que nous disions tout à l’heure pour les égocentristes. Ils ne se posent pas la question de savoir si les actes qui leur paraissent profitables sont ou non moraux. Il leur manque un élément dans le jugement sur l'acte. Et cela est vrai autant pour les individus que pour les générations tout entières. Elles ne considèrent pas certains actes au point de vue moral, elles les admettent à priori.

C'est ce qui fait croire que la notion du bien est variable, car l’on voit dans la vie pratique, dans une époque, des actes approuvés, dans d’autres, réprouvés. En vérité la notion morale n'a pas changé, mais l'acte n'avait pas encore été considéré du point de vue moral. |

On peut se demander quelle est l'importance de la question de savoir si la morale est variable ou non. Elle nous paraît primordiale. Si la morale était considérée comme variable en ellemême, c'est-à-dire si le bien d'aujourd'hui pouvait ne l'être point demain, et à l'inverse, l’homme ne pourrait pas être jugé et il ne pourrait pas juger.

On ne juge pas lorsqu'on a dans la main une mesure variable, ce qui n’a jamais été une mesure, On comprend trop, on ne juge plus. On oublie qu'il y a certaines choses qui demeurent, qui sont perpétuelles; la responsabilité, la charge et la grandeur des hommes apparaissent alors seule-

(24) Cf. HEGEL : Grundlinien der Philosophie des Rechts, p. 325. Zusatz zu, & 44 : « Dans l’ensemble de la morale il y à aussi bien le moment objectif que le moment subjectif; mais les deux ne sont que des formes de la morale. Le hien est sa substance, c’est-à-dire accom-

plissement de l'objectif avec la subjectivité ».

ment dans leur plénitude et dans toute leur force à côté de la nature.

Il faut mainténant envisager pourquoi il était utile de démontrer que la morale est individuelle : l'individu doit être jugé par rapport à lui-même, car seul l'individu est une substance éternelle: tout est variable, condition, autour de lui. En cela on peut dire que le bien et lui sont de la même substance. Il y a donc un lien logique entre les deux premiers caractères de la morale que nous avons relevés jusqu'ici.

III. — La morale est-elle réductible ou non à un principe essentiel ?

Nous avons dit du bien qu'il était pour nous l'abstrait indécomposable, De cet abstrait nous avons des idées qui ne sont pour chaque acte envisagé que partielles, qui ne sont qu'une concrétisation, par rapport à cet acte, du bien abstrait. Nous n’envisageons pas pour chaque jugement le bien dans son intégralité, mais une notion réduite que nous en détachons. Et nous nous construisons ainsi des principes auxquels nous comparons à priori la portée d’un acte en nous-même. Ainsi nous obtenons un certain nombre de principes à l’aide desquels nous jugeons des actes par rapport à l'individu sans être obligé de faire à propos de chaque acte l'effort de remonter jusqu'au bien absolu.

Mais, à l'inverse, on peut remonter par raisonnement de ces principes concrétisés jusqu'au bien abstrait à l'infini. De telle sorte que la morale est réductible à un principe unique, mais ce principe est, comme nous l’avons dit, indécomposable. Cela nous explique en même temps l’autre raison (25) pour laquelle les sociologues ont cru à une morale variable, En c'fet, de même que le nombre d’actes sur lesquels porte le jugement moral varient, le nombre de ces règles concrétisées est variable; entre ces principes concrets et le bien absolu on trouve toute une chaîne mentale plus ou moins étendue.

Du jugement moral ainsi défini découle une règle de conduite. Dès que l’on envisage l’idée du bien, immédiatement l'impératif apparaît... « fais le bien ! » La conscience de

(25) V. supra.

INTRODUCTION à 27

l'existence du bien et du commandement d'agir selon le bien est indétachable. Cet impératif existe en dehors de la conscience que peuvent avoir les individus de son existence puisqu'il est attaché à la notion même du bien qui est objectif, invariable, absolu.

Ainsi donc l'impératif et le contenu de la notion du bien sont indissolublement liés. RAS

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