‹ Contribution à l'étude du droit naturel: Le droit naturel comme base de validité du droit positif et comme guide du législateurChapitre 6 sur 45 · II. — Le contenu du concept de justice · texte numérisé non relu

II. — Le contenu du concept de justice

Que la justice traduise simplement le sentiment de l'égalité, entre les hommes, que justice et égalité soient deux termes pour le même concept, cela est vrai depuis toujours. Lorsque Platon parle de justice, il dit : « l'égalité hante les hommes » (27). C'était même pour lui le communisme mililaire (28). Lorsque Aristote parle de justice, c'est encore l'idéc d'égalité qu'il veut exprimer, idée qu'il approfondira, nuancera mais qui n’en sera pas moins l'idée d'égalité. Lorsque, tout près de nous, le doyen Maurice Hauriou parlait de justice, c'est encore d'égalité qu'il parlait.

Mais l’idée d'égalité a trois aspects : sous un premier aspect, il apparaît que la justice n’est réalisée que si une égalité absolue existe entre les hommes, entre leurs devoirs et leurs droits réciproques. C’est une égalité matérielle, c'est le: concept pur de justice.

Ainsi était entendue Ja justicé par les Grecs sous le nom de « dike », c’est-à-dire de partage, analogue à celui d'un butin et c’est ainsi que Platon a seulement conçu la justice lorsqu'il décrivait son plan d’une société communiste.

Et c’est toujours sous cet aspect qu'on saisit immédiatement l'idée de justice.

Sous un second aspect, la notion d'égalité ne se présente à l'esprit que par une abstraction moins immédiate; il faut réfléchir pour pouvoir la traduire. Cette égalité n’est plus une égalité asbolue, en ce sens qu'elle n'est plus matérielle mais qu'elle tient compte de différences entre les hommes : c’est une proportion. : À

C'est l’idée qu'Aristote avait concrétisée dans la notion de justice distributive, c’est-à-dire tenant compte des différences de nature entre les hommes, et qu'Hauriou formulait dans les mots de « Thémis » par opposition à « Dike ».

Sous un lroisième aspect, la justice apparaît beaucoup plus synthétique dans l’idée que tout bien doit être récompensé, que loul mal doil être puni.

UC UEBERWEG : Grundriss der Geschichte der Philosophie LOMME. Tr,

(88) Cf. P. C. SOLBERG et Guy Ch. CROS : Le droit et la doctrine de Id JUStiCe, PARIS, ALCAN, 1920.

ANTRODUCTION #7 29

Toujours aspect de l'égalité, mais expression différente et plus générale et plus riche en conséquences. Aussi, devonsnous l’analyser.

1° C’est un aspect de l'idée d'égalité, du concept absolu d'égalité;

2° Le bien ici, ce n’est plus le bien connu par intuition que nous avons vu pour la morale, mais une toute autre notion de bien : c’est le « bienfait » socialement parlant; non plus l’acte conforme au bien abstrait, mais l’acte conforme à un bien très concret. En effet, d’un point de vue général, il s'agit de l’acte qui a amélioré les conditions d’ensemble de la vie sociale (29).

Du point de vue d’un autré individu, c’est l'acte qui a amélioré les conditions morales ou matérielles de la vie d’un individu.

Donc, il n'y à pas de confusion possible entre les deux notions de bien, celle du bien moral et celle du bien conçu

par la justice. Cela dénote de façon claire la différence entre la justice et la morale.

Nous n'admettons pas la distinction traditionnelle entre morale individuelle et morale sociale. La morale fait abstraction de toute considération sociale, elle est exclusivement un rapport entre un acte de l'individu par rapport à lui-même, par rapport au bien absolu dont l'individu a une intuition très forte.

Dès que des considérations sociales interviennent c'est la justice qui réglera la conduite — sil ne s'agit que d'un rapport d’altérité (30) et le droit naturel si les données sont plus profondément sociales.

La justice, le droit naturel peuvent même, dans certains cas exceptionnels être en conflit avee la morale.

(29) Cf. PLATON : Politeia (Trasymachos) définitions des notions « d'avantage » (bien fait) et de « dommage » (mal fait) expliquées dans UEBERWEG : Grundriss der Geschichte der Philosophie.

(30) Cf. Les explications sur l'altérité dans DEL VECCHIO : Justice, Droit, Etat. PARIS, SIREY, 1938.

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