III. — L’'impératif
Nous venons de voir qu’il existe un concept de justice qui a trois aspects différents; mais aucun de ces trois aspects n'est une construction. Tous les trois sont donnés immédiatement à l'esprit. Le concept est, lui aussi, comme celui de la morale, révélé; l’idée d'égalité est une idée dont nous souhaitons qu’elle soit réalisée.
C'est donc bien un impératif en ce sens que le concept et le commandement sont indissolublement liés, que l'idée d'égalité est indétachable de la volonté de la voir régner. Nous retrouvons ici la même indissolubilité entre l'impératif et le contenu révélé qu’à propos de la morale.
Il y a donc un commandement à l'individu comme à l'organisation sociale d'agir selon la justice. A la base de l'organisation sociale, il y a le commandement de récompenser le bienfait social, de rendre le mal commis par le mal à l'individu auteur du mal fait à la société. Cela peut paraître une conception très poussée que ce devoir fait à l'Etat de rendre à l'individu le mal qu'il a fait à la société. Cela nous paraît pourtant exact. De même que nous croyons que tout bien social doit être récompensé. Sinon la justice s'énerve, le désir de la récompense disparaît dans la société et la responsabilité s’atténue. Nous avons d’ailleurs la preuve que cette affirmation est exacte dans la violence du sentiment que nous éprouvons tous lorsque nous voyons un criminel échapper à la peine, un bienfaiteur non récompensé.
Mais ces devoirs s’imposent-ils à l'individu également? Doit-il rendre à un autre le mal qu'il lui à fait par le mal? Nous pensons, en effet que la justice lui impose ce devoir
(IHERING disait que l'individu doit lutter pour le droit; par.
droit il entendait aussi ce que nous comprenons dans le mot justice). Maïs, en même temps que l'impératif justice, un autre impératif en sens contraire se présente à l'individu, qui ne peut se présenter pour l'Etat, c’est l'impératif moral qui commande de toujours faire le bien, donc, de ne jamais faire du mal à un individu parce que cela est contraire à sa propre règle de conduite interne.
Dès lors l'individu a le choix entre les deux impératifs
il doit agir selon la morale, ou agir selon la justice, obéir à l'impératif moral ou obéir à l'impératif de justice. Il n’a le
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choix qu'entre les deux et c’est pour cela que si c’est par faiblesse qu’il ne rend pas « le mal » pour le mal, nous sentons à son égard un tel mépris (c'est en ce sens seulement que IxERING (31) pouvait avoir raison, mais l’idée de deux impératifs concommittants ne s’est pas présentée à son esprit).
Quant au devoir de rendre le bien pour le bien il est évident qu'il s'impose autant à l'individu qu'à l'Etat.