IV. — Conséquence de cette définition de la justice
1° Nous avons vu que la justice est à la fois objective et sociale; É
2° Mais la justice est variable, alors que la morale ne l’est pas; elle est variable pour deux raisons :
a) Parce qu’elle est une réaction selon le bien ou le mal; mais non le bien ou le mal absolu mais le bien fait à la Société ou à l'individu. Or, la conception d’un tel bien n’a rien d'immuable; tel acte peut dans telle circonstance produire un mal, alors que dans une autre conjoncture il entraîne un bien, Or, il’ est parfois difficile de prévoir l'effet en bien ou en mal d’un acte.
C'est pourquoi au point de vue de la justice au contraire du point de vue moral qui est absolu il peut y avoir divergences d'appréciation selon les circonstances;
b) Parce qu'elle est une réaction, que cette réaction est variable en elle-même, en sa force; ainsi elle n’est point la même elle n’a pas égale force pour l'Etat et pour l'individu, elle est différente dans une époque et une autre, elle est en opposition avec l'impératif moral et l’on peut faire prédominer l’un ou l'autre;
3° Mais il y a en elle quelque chose qui est immuable, invariable, absolu : la notion qui est à la base, c'est-à-dire le concept de l'égalité et c'est en ce sens qu’elle est une réalité
éternelle.
On peut donc dire qu'elle est réductible à ce principe
unique et absolu.
(1) Cf. IHERING : Der Kampf um's Recht, 14 Auflage, WIEN 1900, 58-61
pr.