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Jeûné 4 et 8 jours 1/2. Dans les deux circonstances, la
quantité de graisse en circulation dans leur sang était plus abondante qu’à l’état normal : les travaux chimiques de Schulz (1) et de Daddi (2) ne laissent pas de doute à cet égard pour l’inanition de courte durée.
Tous les animaux inanitiés, tous les chiens mis au lait ne présentaient d’ailleurs pas dans le foie de gros blocs intracapillaires ; d'autres conditions inconnues sont peutêtre nécessaires à la réalisation du phénomène.
L'injecüion de lait dans la circulation veineuse générale ne nous a donné aucun résultat.
Chez un chien nourri au beurre {ch. 17), nous avons été assez heureux pour retrouver de la graisse dans les capillaires du foie. Nous avons pu, sur cet animal, comparer ceux-ci aux capillaires d’autres organes et étudier ainsi la valeur du phénomène. Au niveau du rein nous n'avons vu de masses graisseuses que dans les artères et les veines ; de simples petits grains ponctiformes se projetaient sur le glomérule ; nous avons noté un gros globule graisseux dans un seul fin vaisseau interposé à deux tubes contournés. La rate présente quelques rares globules blancs ponctués de grains noirs. Le poumon n'offre pas de graisse dans ses capillaires. Au niveau des muscles
et de la moëlle des os, la graisse normale rend impossible
l'examen des vaisseaux fins.
Inversement, chez trois chiens qui n'avaient pas de graisse dans les capillaires hépatiques, une seule fois
(1) Scaucz. Uebér den Fettgehalt beim Hunger. Pflüger’s Archiv, vol. LXV, Da2o0
(2) Dannr. Sur le poids de l'extrait éthéré du sang et de la lymphe dans le jeûne de courte durée, Arch. ital. de biologie, 1898, p. 337.
nous avons trouvé un bloc unique d’acide osmique réduit dans un ou deux glomérules. Les artères ou les veines des divers organes présentaient d’ailleurs quelquefois des globes graisseux.
En somme, les capillaires hépatiques semblent posséder la propriété que nous leur avons décrite à un degré incomparablement plus élevé que les autres capillaires de l'économie. |
La graisse qu'ils contiennent y est immobilisée. Nous en avons la preuve dans l'absence des blocs graisseux au centre du lobule ainsi que dans la lumière de la veine centrale et dans leur présence exclusive, au contraire, dans la lumière des vaisseaux afférents et dans la partie périphérique du lobule.
Cet arrêt spécial de la graisse doit intervenir pour une part importante dans la diminution considérable de la richesse adipeuse du sang sus-hépatique comparé au sang de la veine-porte [0,08 °/, au lieu de 0,50 °/, d’après Drosdoff (1)|. |
Cet arrêt de la graisse dans les capillaires s'explique par le simple jeu de forces physiques qui retiennent aux parois vasculaires les blocs devenus par trop volumineux après leur coalescence. Les capillaires voisins de ceux ainsi obstrués laissent d'ailleurs au libre coeurs du sang une voie collatérale toute ouverte. Aucun trouble circulatoire ne doit donc s’ensuivre (2).
(1) Drosporr (W.), loc. cit.
(2) À ce point de vue les observations de Prévost sont intéressantes à rap-
procher des nôtres : cet auteur, étudiant chez la grenouille le sort de la graisse
qu’il avait injectée dans le sac lymphatique, vit au niveau des poumons, de la membrane interdigitale et de la langue, la graisse circuler à l’état de petits
ET 0er
La rétention de la graisse par les capillaires du foie
constitue une forme non encore décrite de la fonction
adipopexique de cet organe.
Nous ajouterons que bien souvent sans doute la graisse coalescente des capillaires échappe à l'examen histologique : les amas situés en dehors des cellules hépatiques n'affectent plus la forme de gros blocs polygonaux typiques qui écartent largement les travées autour d'eux ; aussi peuvent-ils être localisés avec une égale vraisemblance dans les cellules étoilées ou dans les capillaires
sanguins. L'existence d’une petite auréole claire tout
autour d'une goutte unique de graisse de moyenne grandeur n'indique pas que celle-ci se trouve dans la lumière du capillaire ; nous avons observé, en effet, des cas où cet aspect existait et où la goutte de graisse était nettement incluse dans une cellule étoilée.
Il est toutefois logique de penser que le mode spécial d'adipopexie hépatique que nous venons d'étudier s'exerce également dans les cas où la graisse du sang n'existe qu'en proportion médiocre (1). |
Graisse des cellules étoilées. — La graisse des cellules étoilées, étudiée particulièrement en ces dernières années par MM. Gilbert et Carnot (2), s'applique contre
globules graisseux ou, au contraire, s'arrêter et former des sortes d’embolies. Le sang prenait alors les voies collatérales. Sauf le cas d’embolies graisseuses généralisées à tout l'organisme, l'animal ne semblait ressentir aucun trouble physiologique (Revue médicale de la Suisse romande, t. XIV, p. 533;
(4) Grzsert et Jomrer. Sur la présence et l’arrêt mécanique de graisse coalescente dans la lumière des capillaires sanguins. Bull. de la Soc, de Biologie:
26 nov. 1904.
(2) Gizeerr et Carnor, loc. cit., p. 128 et s.
la surface de la travée cellulaire en chapelets ou en amas triangulaires de grains noirs, ou bien parfois s’immisce entre deux cellules hépatiques voisines qu'elle écarte. Ce sont là précisément les situations bien connues de la cellule de Küppfer. Chez le lapin, les granulations graisseuses de celle-ci sont plus petites, plus régulièrement arrondies, plus distinctes les unes des autres que chez le chien. Chez l’un ou l’autre de ces animaux, son noyau est tantôt volumineux, diversement coñtourné, pourvu de grains chromatiniens nets, tantôt, au contraire, petit, aplati, coloré d’une façon diffuse.
Les cellules étoilées graisseuses ne sont pas réparties au hasard dans le lobule. Dans tous les cas où leur quantité suffisante permet un examen utle, nous avons remarqué qu'elles s'orientent autour de l’espace porte dont elles s'approchent plus ou moins.
Les trois modes d’adipopexie que nous venons de passer en revue, adipopexie de la cellule hépatique, des capillaires sanguins, de la cellule étoilée ne s’exercent pas en proportion comparable chez les divers animaux. La cellule hépatique est chez le lapin constamment pourvue de graisse ; chez le chien elle en était dépourvue une fois seulement sur 44. La cellule de Küppfer était graisseuse chez 21 de nos chiens et chez 20 de nos . 23 lapins. Les capillaires étaient bourrés de graisse coalescente chez 5 chiens ; mais sans doute ce mode d'adipopexie peut s'exercer plus fréquemment, comme nous le disions plus haut.
Aussi bien il n’existe aucune proportionnalité entre la
teneur graisseuse respective de ces trois éléments. Nous
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avons dressé de nos animaux deux listes par ordre de richesse adipeuse décroissante des cellules hépatiques et des cellules étoilées ; or, ces deux listes ne se correspondent nullement. Chez deux de nos chiens à capillaires obstrués de gros blocs noirs, fort peu de graisse se notait en dehors de ceux-ci.
: Nous n'avons pu, d'après nos observations, déterminer l’ordre dans lequel se chargent. de graisse capillaire sanguin, cellule étoilée et cellule hépatique.
Autres localisations de la graisse hépatique. — Il existe encore d’autres localisations de la graisse du foie.
Nous avons noté fréquemment, comme nous l’avons dit plus haut, la présence de celle-ci dans l’épithélium des canaux biliaires (10 fois sur 43 chiens) même lorsque le régime n'était pas particulièrement riche en matières grasses (1). Les grains noirs, lorsqu'ils sont en petite quantité, sont situés dans la partie de la cellule qui avoisine la lumière du conduit ; plus nombreux, ils s’enfoncent plus avant dans la cellule et se rangent en deux lignes de part et d'autre du noyau. Sur deux chiens, la lumière même du conduit biliaire contenait de la graisse.
Entre les faisceaux conjonctifs des espaces portes, souvent nous avons remarqué chez le chien ou le lapin de petits grains graisseux isolés ou bien disposés en groupes arrondis ou en séries allongées suivant qu'ils étaient inclus, semble-t-il, dans les leucocytes ou dans les cellules fixes du tissu conjonctif. Dans un cas, cette graisse se massait autour de la paroi d’un conduit bihaire.
(1) Chiens 1, 2, 3, 44, 16, 21, 30, 1, 44, 42.
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Les globules blancs des vaisseaux sanguins peuvent se montrer eux aussi remplis de points noirs fins d’acide osmique réduit, ainsi d’ailleurs que beaucoup d’observateurs l'ont noté.
Nous avons remarqué également, chez le lapin comme chez le chien, de très petits grains noirs libres dans la. lumière des veines portes, même dans les cas où les capillaires du lobule n’offraient aucun bloc graisseux.
Ces diverses localisations de la graisse ne jouent dans l'adipopexie hépatique qu'un rôle accessoire.
$ Il. — La graisse du foie dans le jeûne de courte durée (1).
Nous avons soumis au jeûne absolu 8 chiens (ch. 1 à | ch. 8 inclus) et 6 lapins {lap. 1 à lap. 6 inclus) pendant une période variant de 25 heures à 8 jours 1/2 et nous avons pu examiner la teneur de leur foie en graisse.
Tous les chiens inanitiés en présentent. Chez un seul d’entre eux, inanitié 7 jours 1/2 (ch. 6) on ne peut déceler qu'à grand’peine avec l’objectif à immersion quelques points noirs d'acide osmique réduit. Les autres chiens, au contraire, possèdent une richesse adipeuse supérieure à la moyenne; nous avons pu les comparer, en effet, à 36 autres chiens soumis à des régimes alimentaires variés, en dressant une liste par ordre de teneur graisseuse décroissante. Deux d’entre les chiens inanitiés viennent en tête (ch. 5, 8); leurs capillaires
(4) GizsErr et Jomrer. Sur la teneur du foie en graisse pendant l’inanition de courte durée. Bull. de la Soc. de Biologie, 3 déc. 1904,
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sanguins sont encombrés d'énormes blocs noirs, aussi gros que ceux de deux chiens nourris au lait, plus gros que ceux d’un chien nourri au lait et au beurre. Puis se place un 3° chien soumis au jeûne (ch. 3), puis un 4°
(ch. 4) séparé de ce dernier par deux chiens alimentés.
Les trois derniers chiens inaniliés s’échelonnent ensuite à des niveaux divers; mais le plus pauvre en graisse (ch. 2) laisse encore après lui 15 animaux nourris.
Aucune particularité n'est à signaler au sujet de la graisse de ces foies inanitiés ; ses localisations, ses variétés d'aspect, sa répartition trabéculaire ne la distinguent pas de celle des chiens alimentés; aussi ne peut-il être question 1iei de dégénérescence graisseuse. Chez tous la distribution lobulaire de la graisse est uniforme ; un seul d'entre eux présente contre l’espace porte des grains plus gros et d'un noir plus franc que dans le reste du lobule (eh: 2).
La quantité de graisse présentée par le foie n'est pas proportionnelle à la durée du jeûne ; nous avons vu que le seul chien dont le foie n’eût presque aucunement réduit l’acide osmique avait subi un jeûne de 7 jours 1/2. Les deux chiens aux foies les plus gras avaient été soumis à l'inanition l’un 5 jours, l’autre 8 jours 1/2.
L'observation des lapins inanitiés donne des résultats moins frappants que ceux obtenus chez le chien. Néanmoins tous, sans exception, présentent de la graisse. Dans la lumière d'une veine porte, chez l’un d'eux inanitié 7 jours, on peut voir un gros globe graisseux analogue à ceux observés chez les chiens les plus riches en graisse. Chez un autre, les grains intracellulaires sont plus gros que normalement. Deux animaux, inanitiés respective-
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ment 56 heures et 5 jours, ont dans leurs cellules hépa-
tiques de la graisse en proportion nettement supérieure à la normale. Un lapin, après un jeûne de 7 jours, présente de petits globules graisseux remplissant des vacuoles de dégénérescence.
Ici, encore, nous ne pouvons noter aucune proportionnalité entre la longueur du jeûne et la teneur du foie en graisse.
Quoi qu'il en soit, un point reste définitivement acquis : c’est la persistance et, dans la plupart des cas, l'augmentation de la graisse hépatique pendant le jeûne de courte durée.
Déjà Bouci (1) avait vu, après une inanition de 12 à 20 jours, les cellules hépatiques bourrées de graisse.
Nos observations histologiques, comme les siennes, sont corroborées par des travaux chimiques et physiologiques auxquels nous avons déjà fait allusion. Daddi (2), après Schulz (3) dont 1l complète les recherches, signale une augmentation de l’extrait éthéré du sang pouvant aller du simple au double dans le jeûne de 1 à 10 jours; il rappelle que le quotient respiratoire diminue dans les mêmes conditions et explique cette particularité par la dépense majorée des- graisses. Rubner (4), d’ailleurs, trouve qu'en l’état de jeûne, sur 100 calories produites, 87,9 viennent de la combustion des graisses.
D'autre part, Carbone (5) signale l’augmentation des
(1) Bouc cité par DreFLANDRE, Loc. cil., p. 78.
(2) Dappi, loc. cit,
(3) Scxuzz, loc. cit.
(4) Ruxer, cité par Durourr. Lyon médical, 1901, vol, XCVI, p. 584.
(5) CarBone cité par Morar et Dovon in Traité de physiologie, t. 1, p. 386.
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