OBSERVATION V
‘de MM. GURTILLET eÉ LOMBARD. lievue dorthopédie. Juillet
. La jeune Yolande M. est née à terme le premier mars 1906, de parents bien portants. Sa mère a eu une grossesse normale au cours de Jaquelle elle porta, toujours très serrée, une ceinture élastique. Au moment du fravail, la poche des eaux ne donna issue qu'à une insignifiante quantité de liquide. L'accouchement laborieux n'a pu étre terminé que par la version. On remarqua aussitôt que l'enfant présentait de graves déformations des membres : malformation des coudes, double genu recurvatum et double pied-hof pour lesquels elle fut conduite à l'un de nous, deux mois plus tard (mai 1906),
GÜLE
A ce moment, en effet, les deux jambes sont repliées au devant des cuisses, formant avec elles un angle obtus ouvert en avant. La face antérieure des genoux présente des plis transversaux profonds au fond desquels on ne peut délimiter la rotule. Le creux poplité est comblé par la saillie des condyles fémoraux dont on perçoit aisément les contours. La déformation s’éxagère facilement et l'on peut amener 1e pied presque au contact de la paroi abdominale antérieure; en revanche, elle se corrige si difficilement qu'on n'arrive point à mettre la jambe dans le prolongement de la cuisse : dès
qu'on abandonne le membre à lui-nfème, il reprend instan-
tanément son attitude vicieuse. À peu près pur à gauche, ce
genu recurvatum est associé à droite à un notable degré de genu valgum, À droite comme à gauche la mobilité latérale est évidente; aux deux extrémités de ces membres défor-
més, les pieds bots sont en varus équin très Hot
La radiographie de profil montre que de ne côté de plateau tibial arrive presque au contact de la diaphyse fémorale cartilagineuse, en avant de laquelle le tibia est véri-
tablement, luxé.
Au niveau des membres supérieurs on découvre, à droite et à gauche, une véritable luxation des os de l'avant-bras
sur l’humérus
luxation en dedans et en avant (en dedans pour le cubitus. en avant pour le radius) qui laisse cependant persister un certain degré de mobilité. Les autres articulations présentent des rapports normaux. Le squelette du crâne, celui de la face, ne sont le siège d'aucune malformation, L'état général est excellent. Après avoir, en des séances répétées tous les Jours, et quelquefois sans anesthésie, progressivement mo- “bilisé les deux genoux, on arrive au bout de deux semaines
re.
fiée
à obtenir ‘un certain degré de flexion de la jambe sur la cuisse, et on immobilise les deux jambes dans celte position.
A partir de cette époque et jusqu'en 1909, les séances de Massage forçés sont renouvelées un certain nombre de fois,. et toujours suivies d'une immobilisation dans des appareils plâtrés. Mais sur ces membres grêles, le plâtre provoque rapidement des escarres: l'appareil glisse, ou doit être enlevé, et le traitement momentanément suspendu; d'autre part, les parents habitant loin d'Alger, ont souvent négligé de ramener leur enfant aux dates fixées, dès la chute ou l'enlèvement d'un appareil. L'importance ot la fréquence de ces interruptions dans le fraitement méritent donc d'être soulignées elles expliquent que, sur les radjographies prises 18 mois plus tard, les déformations soient relativement peu modi-
A ce moment, en effet, le membre droit conserve son altitude de genu valgum et ne peut'êfre amené en flexion : le cliché montre que la correction apparente est liée pour une bonne part à un certain degré de courbure du tibia par {assement osseux, ‘{assement produit pendant les manœuvres de massage forcé.
A gauche, au contraire, un certain degré de flexion peut ètre obtenu, et au repos le membre ne reprend qu'à peine sa position vicieuse.
En définitive, à gauche comme à droite, les surfaces articulaires conservent leurs rapports anormaux à peine modifiés; la luxation persiste, et il est facile de la mettre en évidence en portant la jambe en hyperextehsion : la flexion est à peine ébauchée, les mouvements de latéralité persistent très étendus. Cette constatation nous décide à intervenir; lopération a lieu le 9 mai 4910 et porte sur le côté le plus at-
teint : lé côté droit. On fait au côté externe de la région, une incision longue de près de 8 centimètres : après section d'une bride aponévrotique très tendue, qui s'oppose à la flexiOn, On dédouble le tendon rotulien : Cette libération ne permettant point le redressement complet du membre, on fait sauter d'un coup de gouge l’épine tibiale antérieure : faisant alors glisser le libia en arrière, on voit apparaître en avant la partie antérieure des condyles fémoraux : la luxation est réduite. Dans ce mouvement de réduction qui est des plus nets, l’épiphyse tibiale se décolle légèrement: on suture les deux bouts du tendon rotulien dédoublés, on fixe l'épine tibiale aussi haut que possible avec un gros catgut, et l’on termine par une suture de la peau dont les points espacés empêcheront la produetion d'un hématome; pas de drainage,
Juillet 1910. — Les suites de cette première intervention ont été un peu compliquées : la peau s’est mortifiée sur les bords de la suture, et au bout de quelques temps une légère suppuration s'est produite très superficielle et qui n'a jamais contaminé Particulation. Une petite surface osseuse mise à nu au niveau de la plaie est restée un certain temps avant de se recouvrir complètement. On commence maintenant à faire quelques séances de mobilisation; dans l'intervalle on: maintient le membre’en flexion forçée dans un appareil plâtré.
Novembre 1910. — En novembre, l'articulation est très souple.
Le 19 novembre 1910, on procède à la même opération sur le genou gauche.
Février 1912. — L'enfant a pris l'habitude de réster debout et de marcher, mais il y a persistance de genu valgum à droite et à gauche. +