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lées, quelque resserrées et fermées qu’elles puissent être. à «Il faudrait, dit M. Chabrand, à qui nous empruntons toutes les observations qu’il a publiées, que ceux qui pensent que l’air ne se renouvelle pas dans les vallées resserrées des Alpes, viennent les parcourir un jour d'hiver avec la tourmente. »
Nous sommes obligé d'admettre que les courants d’air ne jouent qu’un rôlebien secondaire dans la production du goitre.
Habitations insalubres.
Nous avons généralement remarqué que les familles qui ont des goitreux sont toujours les plus pauvres du village, et par conséquent les plus mal logées. Si par hasard nous avons trouvé le goitre chez un propriétaire aisé, c'est que ce propriélaire, avare et sans initiative, comme il y en a beaucoup, était aussi mal logé que ses malheureux voisins et mangeait aussi mal qu'eux, il avait même un peu plus de peine qu'eux, ayant plus de propriétés à cultiver.
Les habitations des fonds de vallée se ressemblent partout, dans les Hautes-Alpes. C’est une masure, adossée à une côte, et par conséquent, à moitié dans la terre. Ici, elle est couverte en chaume, là en planches, ailleurs en ardoises, suivant la facilité qu'ont les paysans da se procurer l’une plutôt que l’autre de ces matières. En général, elle regarde le levant pour avoir
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les quelques rayons de lumière que le soleil lui donnera si parcimonieusement pendant l'hiver. Elle se compose d’un rez-de-chaussée et d'une grange audessus. Au rez-de-chaussée il y a habituellement deux pièces, une grande et voûtée, l'écurie pour les bestiaux, et l’autre, un peu moins grande, avec un plafond en planches et la terre durcie pour sol, sert de cuisine et de chambre à coucher pour toute la famille. S'il y a une autre pièce, elle est au nord et sert d’entrepôt pour toutes les provisions de l’année. Dans un coin humide de cette chambre il y a souvent un lit. La maison est mal ajourée, mal aérée; une seule et petite fenêtre donne habituellement la lumière à la pièce unique. Elle ne donne pas l'air, car elle reste fermée toute l’année; la porte, par contre, reste ouverte et donne un peu d'air; mais cet air ne peut se renouveler, aucune ouverture n'’établissant de courant. Il est retenu par les meubles qui sont placés devant les lits pour les isoler, et vicié par les tas de linge qui sont dans les coins cachés de la pauvre habitation. Toute dans la terre, sans plancher au sol, séparée de l’écurie par un mauvais mur, celte habitation ést très humide et malsaine; d'autant plus humide que les habitants jettent l’eau par terre par habitude ou pour ne pas avoir la peine de la porter dehors,
Si cette habilation ne peut pas donner le goitre, elle peut au moins prédisposer ses habitants à le prendre.
END Tee Alimentation,
On ne peut pas dire que l’alimentation soit une cause direete du goitre, mais on ne saurait méconnaître son importance dans l’étiologie de cette maladie : c’est
l'avis de la plupart des observateurs.
- Les habitants des vallées où le goitre est endémique ne peuvent pas réagir contre les causes spéciales s'ils sont mal nourris et mal logés. Il est démontré qu’une nourriture grossière, insuffisante est capable de produire la dégradation physique et morale : les populations qui se nourrissent mal ont généralement des sensations obtuses, l'intelligence peu développée et tendent à se rapprocher des animaux. Buffon a dit: « Un peuple policé, qui vit dans une certaine aisance, accoutumé à une vie douce et tranquille, sera composé d'hommes plus forts, plus beaux et mieux faits qu’une nation sauvage où chaque individu est obligé de pourvoir à sa subsistance, de souffrir alternativement la faim ou les excès d’une nourrituresouvent mauvaise; de s’épuiser de travaux, d’éprouver les rigueurs du climat, d'agir en un mot, plus souvent comme anima! que comme homme. » (Des variétés de l'espèce humaine).
Or voyons comment vivent les habitants de nos pauvrescommunes du Chanpsaur et du Briançonnais.
Nous laissons parler le D° Chabrand :
« Dans les communes les plus pauvres du Briançon-
-nais, et ce sont aussi celles où règnent le goitre et le
crétinisme, la plupart des habitants sont, sous le rap-
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port de l’alimentation et de l’excès de travail, aussi mal partagés que les sauvages dont parle Buffon. Leur seule préoccupation, pendant leur misérable existence, est de ne pas mourir de faim, et de se procurer en travaillant plus que des nègres, un morceau de pain noir et une soupe détestable. Le pain est de seigle pur, contenant le produit brut de la mouture; c’est-à-dire la farine et le son. Il n’y a que les familles aisées qui puissent v ajouter un peu de froment. Les familles pauvres vendent le leur pour payer leurs contributions et acheter le sel et le savon dont elles ont besoin, et dont elles usent avec la plus grande parcimonie. Ce pain de seigle se fait en automne pour toute l’année ; et ce n’est point, comme on l’a dit, à la rareté du combustible qu'est dû cet usage. Le pauvre montagnard n’agit ainsi que parce que le pain dur est plus économique que le pain frais, et que s’il cuisait du pain plusieurs fois par an, sa récolte de seigle ne suffirait pas pour rourrir sa famille. — Nous devons dire, en passant, que cette habitude de cuire du pain pour toute l’année est particulière au Briançonnais et n'existe pas dans le Champsaur. — Malgré cette prévoyance, continue le D° Chabrand, il arrive trop souvent que le pain manque et qu'on est obligé de le remplacer par des pommes de terre bouillies, en attendant la nouvelle récolte. La soupe se fait ordinairement avec des choux, des pommes de terre, des fèves, des pois, des lentilles et un atome de beurre ou de graisse rance et fort peu de sel. J'ai vu l’année dernière, un pauvre homme ayant les organes digestifs dans un état déplorable, parce qu’il s'était nourri tout l’hiver avec de mauvaises
soupes, auxquelles, faute de beurre et de graisse, l’huile de chanvre avait servi de condiment.
« Les habitants aisés salent de la viande de porc, de chèvre ou de brebis, pour en manger les dimanches et les jours de fête; quelques-uns donnent la préférence au porc dont ils vendent les jambons et ne réservent pour leur usage, que le lard qui, par sa nature indigeste, les oblige à n’en manger qu’une petite quantité à la fois et les force ainsi à l'économie. »
C’est ainsi que parle M. le D'Chabrand qui a vécu de longues années au milieu des populations goitreuses du Briançonnais. On le voit, ces populations sont placées dans des conditions épouvantables au point de vue de l'alimentation, ce qui joint au mauvais logement, met ces populations dans l'impossibilité de résister à la cause spécifique.
Races et mariages consanguins.
Je veux donner encore une observation personnelle sur le goitre dans les Hautes-Alpes par rapport aux races. x j Je dirai tout de suite que les pays qui ont été occupés par les Vaudois sont ceux qui présentent le plus de goitreux Ceux, au contraire, qui ont été envahis par les Sarrazins n’ont pas de goitreux, quoique étant dans les mêmes conditions de misère, d’altitude, d’étroitesse de vallées. en un mot, dans toutes les conditions que l'on a invoquées pour le goitre. Les Vaudois ont
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traversé le Champsaur et se sont fixés dans le Brianconnais dès le commencement du xne® siècle. (Charronnet, Histoire des Alpes. Guerres de religion, Gap, 1861.)
Ils se sont établis dans les fonds de vallées : dans le haut Valgodmar ; et surtout dans la vallée de Ja Biaysse, à Freyssinières et dans la Vallouise. Ces trois vallées sont celles qui ont toujours eu le plus de goitreux.
Ces étrangers sont restés, dans leurs retranchements longtemps isolés, pauvres et obligés de s’allier entre eux. Le goitre et la dégradation physique Sont sortis de leurs mariages consanguins.
Nous avons sous les yeux quelques lignes consacrées à un de leurs bienfaiteurs qui confirment ce que nous disons de ces pauvres gens.
« Félix Neff, c’est le bienfaiteur dont nous parlons, d’origine genevoise découvrit en quelque sorte ces derniers descendants de la population vaudoise, sans pasteur et absolument abandonnés. Touché de leur misère, il s'établit au milieu d’eux et leur rendit le courage et la vie ; nese bornant pas à à leur donner des soins religieux, mais dirigeant lui-même des écoles, notamment celle de Dormillouse où il donnait gratuitement jusqu’à dix et quinze heures de leçons par jour
ou à la veillée.
«Il allait aux champs enseigner les bonnes méthodes de culture, et se mit en tête des illusions pour amener . des fontaines et des canaux d'arrosage, Il attira:
les
l'attention sur. eux et leur procura des livres, des ressources et des amis.
« Quoique plus spécialement attaché à Freyssinières, son champ de travail embrassait tous les débris des antiques communautés vaudoises encore debout dans les Alpes françaises, depuis le Champsaur jusqu’au mont Viso .» (Extrait de l'annuaire du Club-Alpin Français, année 1887).
On le voit ces lignes ne laissent aucun doute sur la misère et l'isolement de la secte vaudoise. Comme elle venait du canton de Vaud ou du Valais, pays du goitre par excellence, il n’y a rien d'étonnant de voir cette maladie se conserver, dans leurs colonies des Alpes, par la misère et s’accroître par les mariages consanguins (1).
Les Vaudois, dont nous parlons, n’ont rien de commun avec les Protestants d'aujourd'hui. Des trois vallées que nous avons citées, deux sont entièrement catholiques maintenant : le Valgodmar et la Vallouise. La vallée de la Biaysse seule a encore des protestants ; et les goitreux persistent dans les trois vallées.
Par contre, nous avons dans notre rayon médical, une vallée, dont le type est Maure et qui n’a jamais eu de goitreux.
(1) Nous devons cependant dire, en passant, qu’on est loin d’être fixé sur l’origine des Vaudois et même sur la vraie signification du mot Vaudois.
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Nous voulons parler du Dévoluy. Ses habitants ont tous les caractères de l’Arabe du Nord de l'Afrique (type Indo-Européen ou Caucasique). Visage ovale, front haut, nez droit, saillant, yeux horizontaux, grands, bouche petite, dents verticales (orthognathes), pommettes peu saillantes, barbe abondante, torse velu, cheveux longs, fins, lisses ou bouclés, quelquefois blonds, mais plus souvent bruns et quelque fois noirs. Ils sont essentiellement pasteurs.
Les communes de Saint-Etienne et de Saint-Disdier que nous connaissons plus particulièrement sont situées dans la vallée de la Souloise. C’est une vallée étroite allant de l’est vers le sud-ouest. Elle est fermée du côté de l’est et ouverte seulement dans le départede l'Isère au sud-ouest. À Saint-Etienne et à Saint- Disdier, elle est très resserrée, les eaux sortent toulà-fait au pied de la montagne et proviennent de la fonte des neiges. Les habitations y sont humides et peu aérées et la nourriture y est aussi élémentaire que dans le Briançonnais, sauf pour le pain qu’on y mange frais. Si on pouvait admettre que l’air ne se renouvelle pas dans les vallées fermées, celle-là en serait une. Maigré toutes ces conditions qui sembleraient favoriser le goitre, le Dévoluy n’a pas de goitreux ; sa population est au contraire robuste et laborieuse.
Nous sommes, pour cela, disposé à voir, dans les descendants des Sarrazins, unè force de résistance à l’endémie goitreuse.
Nous venons de passer en revue les principales causes qui prédisposent, qui préparent les populations au
goitre. Nous n'avons pas vu encore de cause déterminante, de cause unique et spécifique, Cette cause existe-t-elle ?
Tandis que M. Niepcc admettait quinze causes différentes, M. Robinet s’écriait, à l'Académie de médecine: « Je vous dirai, Messieurs, que plus j'étudie cette question, plus je suis convaincu qu’on ne sait rien, mais rien du tout sur l’étiologie du goitre.» (Séance du 17 mars 1863.)
M. le docteur Chabrand pènse avoir trouvé cette véritable cause du goitre.
« Selon nous, dit-il, le goitre est dû à des perturbations profondes et fréquentes de la respiration et de la circulation. Ces perturbations ont pour cause essentielle le passage brusque et fréquemment renouvelé
d'une température froide à une température très élevée et vice versa, et pour causes secondaires les efforts,
le travail excessif et l'alimentation. Cette maladie une fois produite s’aggrave par la transmission héréditaire. »
Pour expliquer cette théorie, M. Chabrand divise l'arrondissement de Briançon en quatre régions, se basant sur le climat et les diverses conditions atmosphériques.
La première région, la moins élevée, comprend les communes de la Roche, de l’Argentière, les Vigneaux et Saint-Martin-de-Queyrières. On y cultive la vigne, la plupart des arbres fruitiers, le froment et beaucoup de légumes. Dans ces communes, et plus spécialement dans les trois premières, la température de l'été est;
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très chaude, Dans cette saison, entre dix heures du matin et quatre heures du soir, un soleil presque aussi ardent que celui de la Provence, réfléchi par des roches calcaires, arides et dénudées, abritant les habitations,
-fait que le thermomètre, au soleil, monte jusqu’à 45° et même 55° centigrades. Après le coucher du soleil, le sol se refroidit par le rayonnement. Un courant d'air froid descend du sommet des montagnes voisines, au nombre desquelles se trouve le Pelvoux couronné de glaciers, et le thermomètre ne marque plus le matin que 15 ou 20 degrés. On rencontre dans cette région des crétins et beaucoup de goitreux.
La deuxième région se compose des communes de la Pisse, de Puy-Saint-Vincent, voisines du Pelvoux, de celles de Puy-Saint:André, de Puy-Saint-Pierre, de Saint-Chaffray et de Briançon. Ici la vigne a disparu, mais on trouve encore des noyers, des pommiers, des cerisiers, des poiriers et beaucoup de froment. Les légumes, pois, fèves, lentilles, harico!s, y sont cultivés en assez grande quantité et entrent pour une large part dans l’alimentation des habitants. Cette région est un peu plus froide que la précédente : cependant la température du milieu du jour, dans la saison d’été, comparée à celle de la nuit, offre encore une différence de plus de 20 degrés. Les hivers y sont à peu de chose près aussi froids que dans Île reste du Briançonnais, tandis que les élés y sont encore très chauds. Cette région produit aussi beaucoup de goitreux et quelques crétins ou demi-crétins.
La troisième région est formée des communes de Villard-Saint-Pancrace, Val-des-Prés, la Salle et des
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hameaux les plus bas de la commune du Monétier. Les arbres fruitiers y sont rares; on n’en trouve plus que par exceplion, dans des lieux bien abrités. On y cultive encore quelques légumes et du froment, mais
le seigle y domine; les été y Sont beaucoup moins
chauds et les oppositions de température entre le jour et la nuit, entre l’êté et l'hiver, beaucoup moins considérables. Cette région renferme encore quelques goitreux, mais pas de crétins. La population y est généralement robuste, industrieuse et très intelligente.
La quatrième région est formée par la partie tout-àfait montagneuse du Briançonnais. On y trouve les deux communes composant le canton de la Grave; la plus grande partie du Monèêtier; les communes de Cervières, de Névache, de Mont-Genèvre, et enfin toutes celles de la vallée du Queyras, composant le canton d’Aiguilles. Ici les arbres fruitiers ont disparu, les légumes sont rares, le froment ne s’y cultive plus que par exception, et dans les lieux les mieux exposés. Les céréales qui y réussissent le mieux, et qui servent à l'alimentation, sont le seigle, l'orge et l’avoine.
On trouve dans cette région la confirmation dun fait observé par les météorologistes, que plus on s'élève plus les oppositions de température, entre l'été et l'hiver, entre le jour et la nuit, s’amoindrissent. Les variations journalières de température y sont fréquentes, mais on n’y éprouve jamais, en été, les chaleurs suffocantes qui se font sentir dans les deux premières régions. Le goitre et le crétinisme endémiques y sont totalement inconnus.
Cette division du Briançonnais en régions à peu près
isothermes, fait voir que les goitreux et les crétins se montrent partout où une température élevée alterne, chaque jour, avec une température froide, et vont en diminuant et finissent par disparaître à mesure que les oppositions de température entre le jour et la nuit, entre l’été et l'hiver, vont aussi en s'amoindrissant, quels que soient d’ailleurs la profondeur et le resserrement des vallées; le degré de sécheresse ou d’humidité de l'air ambiant. à
Que se passe-t-il chez l'habitant de certaines vallées des Alpes soumis toute sa vie à des alternatives extrèmes de chaud et de froid. Pendant l'été, dans le milieu du jour, tandis qu’il se livre aux travaux des cham ps, à l’ardeur du soleil, il est soumis à une température de plus de 40 degrés. L'air déjà très raréfié, à cause de l'élévation des lieux, se dilate par la chaleur, devient encore plus léger et contient moins d'éléments respirables. La respiration s’accélère pour suppléer, par son activité, à la diminution de la quantité d'oxygène introduite à chaque inspiration. Le pouls devient plus fréquent; un mouvement d'expansion du centre à la. périphérie a lieu; l’exhalation cutanée est abondante; il y a un état de pléthore factice ; les veines sont gonflées et le cerveau se congestionne; de là, troubles profonds dans le système nerveux, faiblesse musculaire, oppression et engourdissement des facultés intellectuelles. Lorsque vient le soir, la chaleur du soleil diminue; la fraîcheur descend des montagnes voisines, dont les sommets sont presque constamment couverts de neige. La peau se resserre ; les fluides que le mouvement circulatoire projetait à la périphérie sont re-