‹ Contribution à l'étude du goitre dans les Hautes-AlpesChapitre 7 sur 13 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ÉTIOLOGIE.

La connaissance des causes du goitre est d’une importance capitale, car ce n’est que sur elle qu’on peut se baser pour établir la prophylaxie et la thérapeutique de cette maladie.

Nous allons passer en revue les diverses causes mises en avant par les'auteurs,

Les Eaux.

Depuis longtemps on a incriminé les eaux comme étant la cause du goitre.

« Les montagnards, dit un médecin du xvi* siècle, Antonius Mizaldo, qui font usage des eaux de sources viciées par le mercure ou vif-argent, ne manquent jamais d’être affectés de tumeurs scrofuleuses et de

JACQUES ire

goitres, de ces pseudo-hernies de la gorge qui pendent jusqu’à la poitrine. »

M. Grange a remarqué que le goitre est endémique sur les terrains magnésiens et en a conelu que celle maladie doit être attribuée à l’usage des eaux tenant en dissolution des sels de magnésie. |

M. Bouchardat est convaincu que les eaux potables ont une influence prédominante sur la production du goitre. Il a accusé d’abord les eaux contenant du sulfate de chaux ; mais il semble avoir cru plus tard que l’on doit accuser, avec plus de raison, celles qui contiennent des matières organiques.

D'autres auteurs font jouer le principal rôle aux eaux argileuses et tufeuses, À

M. Mac-Clelland, médecin anglais, a étudié cette maladie dans l'Himalaya et pense qu’elle provient des eaux contenant des sels calcaires.

M. le docteur Chabrand dit que la Commission de Piémont tout en rejetant l'opinion qui attribue le goitre à la nature des eaux potables, admet cependant que leur mauvaise qualité peut en être une cause éloignée; et avoue que dans les lieux les plus infectés, on attribue généralement le goitre aux eaux traversant des ter- ‘ains calcaires.

M. Ferrus accorde une certaine influence aux eaux traversant des prairies ou des terrains cultivés.

M. Fabre, de Meironnes, regarde comme cause efficiente du goitre la mauvaise qualité des eaux. Sans s'occuper d'analyse chimique, il déclare mauvaises toutes les eaux qui sont insipides, qui dissolvent mal

le savon et cuisent mal les légumes, quelle que soit d’ailleurs leur composition.

M. Boussingault a signalé comme causes, la désoxygénation de l’eau, produite soit par l'élévation des lieux, soit par le contact prolongé de ce liquide avec des matières avides d'oxygène, telles que le bois pourri, les feuilles mortes, etc.

D’autres, avant lui, avaient déjà rangé parmi les causes génératrices du goitre les eaux provenant de la fonte des neiges, comme trop froides et peu aérées.

Malgré leur divergence d'opinions, nous voyons que beaucoup d’auteurs accordent aux eaux potables une influence toute spéciale sur l’étiologie du goitre.

Les uns accusent les eaux sans pouvoir indiquer la substance nuisible. D'autres vont plus loin et pensent avoir trouvé cette substance : c’est la chaux; c’est le plâtre; c'est la magnésie ; c’est le tuf, etc., ou bien les accusent tout simplement dé manquer d'iode ou d’oxygène.

M. le docteur Chabrand, de Briançon, est aussi d'avis que l’étiologie hydraulique a une importance qu’on ne saurait contester. Cette importance est admise non seulement par les hommes de science, mais aussi par les populations goitreuses elles-mêmes. Il cite, à ce sujet, une source de Saint-Chaffrey, qu’on nomme la fontaine des goitreux et où vont boire, à l’approche du tirage au sort, les jeunes gens qui ont un petit goitre et qui veulent en acquérir un considérable pour être exemptés da service militaire. Cette source sort au bas d’une montagne où se trouvent des masses considérables de plâtre.

op

Cette fontaine donnerait presque raison à M. Bouchardat, mais on peut lui opposer l'observation de M. Foissac, qui a fait un intéressant travail sur Îles eaux de Louëche. Il a constaté que le sel minéralisateur essentiel de ces eaux est le sulfate de chaux; il a constalé, en même temps, que les valaisins qui font usage de ces eaux, pendant quelques mois, voient leur goitre diminuer ou disparaître. La présence de la chaux dans les eaux ne suffit donc pas pour expliquer le goitre dans certains pays.

Nous ne pouvons non plus admettre que les eaux froides, provenant de la fonte des neiges ou des glaciers, puissent donner naissance au goitre. Nous avons la preuve du contraire devant les yeux; les communes les plus élevées des Alpes n’ont pas de goitreux. Saint- Véran, dans le Queyras, qui est à plus de 2 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, n’a pas de goitreux. Il en est de même, dans notre vallée, des communes du Dévoluy et d’Orcières. Elles sont à une altitude bien supérieure à celles du Valgodmar et cependant il n'y a pas de goitreux; tandis qu’il y en a beaucoup dans les communes de cette dernière vallée. Les habitations les plus élevées sont pourtant celles qui reçoivent le plus directement les eaux des-neiges et des glaciers. = D'ailleurs, M. de Saussure avait déjà observé que le

goitre ne se trouve généralement pas dans les pays qui sont situés à plus de 1 200 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Fodéré avait aussi observé que le goitre ne se trouve pas dans les villages, où il n’y a plus ni vignes, ni arbres fruiliers.

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