CONTENU DES CELLULES-COMPAGNES
Au sujet du contenu des cellules-compagnes je ne saurais que confirmer les faits signalés par MM. Wilhelm, de Janczewski, Russow et Fischer concernant l’absence d’amidon. Même lorsque les tubes criblés contiennent de l’amidon, les cellules-compagnes en sont dépourvues (Vigne, Tecoma, Ricinus, etc.). Il en est de mème lorsque, les tubes ne contenant pas d’amidon, le parenchyme environnant en est abondamment pourvu (Rubus idœus, Rubus leucodermis, etc.). Jai bien rencontré parfois quelques grains amylacés dans les cellules-compagnes, mais je ne suis pas sûr que ces granulations appartenaient bien à ces cellules et qu’elles n'avaient pas été transportées par le rasoir.
Par contre le protoplasme des cellules-compagnes se montre toujours abondant, et fortement granuleux. Il paraît particulièrement riche en matières albuminoïdes ; comme le contenu des tubes criblés, il prend une coloration plus intense sous l’action des réactifs colorants que celui des cellules du parenchyme ordinaire; et de plus, l’hypochlorite de soude a une action beaucoup plus lente que sur le contenu des cellules du parenchyme. Le protoplasme contient habituellement des vacuoles autour desquelles il circule; c’est ce que montre la figure 3, planche XXI, pour ce qui concerne en particulier les cellules-compagnes du Cucurbita Pepo.
Mais le fait qui nous paraît le plus intéressant dans l’histoire des cellules-compagnes, c’est le développement exagéré du noyau dans ces éléments. Toujours le noyau se montre plus volumineux et mieux caractérisé que dans toutes les autres cellules de parenchyme, bien que les cellules-compagnes soient habituellement les plus petits de ces éléments. Ce fait est constant chez toutes les Dicotylédones, aussi bien pour les feuilles que pour la tige et les racines; mais c’est principalement chez les Monocotylédones que le noyau des cellules-compagnes prend un développement considérable. En
effet il s’allonge, prend la forme d’un cylindre et occupe par-: fois la moitié, et même plus, de la longueur des cellules-compagnes. C’est chez les Orchidées (Orchis, Ophrys, ete.) et chez le Convallaria que nous avons pu constater ce fait avec la plus grande netteté (fig. 69, pl. XXIV).
M. Fischer, qui a constaté la présence du noyau dans les cellules-compagnes des feuilles, pense que la présence du noyau permet à ces cellules d'élaborer des substances albuminoïdes qui passeraient ensuite dans les tubes criblés. Il nous faut avouer que les connaissances physiologiques acquises aujourd’hui à la science concernant la fonction du noyau ne sont pas suffisantes pour faire admettre sans raisons et sans preuves l’hypothèse formulée par M. Fischer. Pour ce qui nous concerne, nous ne faisons aucune difficulté d’avouer que tout en enregistrant les faits concernant la présence et la dimension inusitée du noyau des cellules-compagnes, nous ne pouvons en tirer de conclusions fermes quant au rôle de ces éléments.