À. PROPRIÉTÉS CONDUCTRICES SPÉCIALES DES ÉLÉMENTS LIBÉRIENS
Nous avons eu l’occasion de montrer, dans un chapitre précédent, que la perforation des cloisons criblées est extrêmement douteuse chez un très grand nombre de plantes. La structure des cribles, chez ces dernières plantes, ne paraît pas différer essentiellement de celles que présentent les membranes de cellules appartenant au parenchyme mou (Baranetzki) ; la difficulté du passage doit être la même dans l’un et l’autre cas. Au point de vue purement histologique, le rôle spécialement conducteur du liber n’est donc évident que pour un certain nombre de plantes chez lesquelles les cribles sont nettement perforés.
L’expérimentation a-t-elle résolu cette question d’une manière irréfutable? Je ne le crois pas, car les observations sur les bourrelets consécutifs aux décortications portent plutôt sur des apparences extérieures que sur les Changements plus intimes survenus à la suite de cette opération. Celles de M. Trécul, qui sont de beaucoup les plus complètes et les plus précises, ne nous renseignent pas sur le développement relatif des divers tissus au-dessus et au-dessous de la plaie. En outre, l’éminent observateur n’a pas porté son attention sur les contenus des éléments.
Les expériences de Hanstein sur la formation des racines adventives dans le cas de plantes pourvues de faisceaux bicollatéraux ou médullaires sont seules démonstratives; encore ne nous prouvent-elles pas le rôle spécialement conducteur des tubes criblés aux dépens des autres éléments du liber.
Nous avons eu l'occasion de répéter la plupart des expériences exécutées par nos devanciers, et nous avons pu recueillir un certain nombre d'observations qui leur avaient échappé. Ces faits, ajoutés à d’autres, d’ordre plus intime, nous paraissent constituer une preuve suffisante de la conductibilité spéciale du liber et en particulier des tubes criblés.
Décortications annulaires (1). — Une décortication annulaire pratiquée sur une branche d'arbre au printemps détermine des manifestations de deux sortes : les unes générales, les autres locales. Au nombre des manifestations générales, on peut citer une végétation plus rapide et plus énergique de la branche dans l’année de l'opération, pourvu que lincision soit faite après l’épanouissement des feuilles ; les fleurs sont plus nombreuses et les fruits plus gros que sur les autres branches. C’est ainsi qu’une décortication annulaire opérée sur une branche de Vigne a eu pour effet de provoquer un accroissement exagéré des raisins portés par cette branche; tous les fruits d’un Châtaignier avaient avorté, à l'exception d’un seul appartenant à une branche opérée.
(1) H. Lecomte, Journal de botanique, 1887, n°517 et 18.
Ces faits montrent évidemment que les substances nutritives se trouvent accumulées en plus grande quantité audessus de l’incision annulaire à la suite de la décortication.
A côté de ces manifestations utiles qui sont la conséquence rapprochée de la décortication, il en faut signaler d’autres, plus tardives, et qu’on pourrait désigner sous le nom de manifestations morbides : les feuilles jaunissent et tombent plus tôt que celles des autres branches ; puis la mort de toute la partie supérieure à la décortication sera, dans les années suivantes, la conséquence fatale de l’opération, si les deux bourrelets formés aux lèvres de la plaie ne viennent pas à se réunir.
Les manifestations locales déterminées par les décortications nous paraissent plus intéressantes : les deux lèvres de la plaie se cicatrisent par la formation d’un bourrelet qui se montre généralement plus développé à la lèvre supérieure. Mais ce qu'il importe surtout de remarquer, c'est que la branche s’accroît fortement en diamètre au-dessus de la plaie, tandis qu’au-dessous l’accroissement se montre nul ou très faible ; c’est là un fait général, qui se présente avec une intensité variable suivant que la branche mutilée est plus ou inoins bien pourvue de feuilles. Le tableau suivant résume les mesures effectuées au mois de septembre sur des matériaux décortiqués dans la première quinzaine du mois de juin. Les sections ont été faites à environ 2 centimètres au-dessus et audessous des lèvres de la décortication.