DIFFÉRENCES ENTRE LES MONOCOTYLÉDONES ET LES DICOTYLÉDONES
Mais ces trois phases sont bien loin d’avoir la même durée et la même valeur chez les Monocotylédones et chez les Dicotylédones.
Chez les Monocotylédones (Phragmites, Typha, Convallaria, Orchis, Ophrys, ete.), la phase active dure presque aussi longtemps que l’organe. Si cet organe ne dure qu’une saison, la période active se poursuit jusqu’à la fin de cette saison; alors le crible s’épaissit : c’est la période transitoire qui survient.
Si au contraire l'organe a une durée de plusieurs années, la période active se poursuit pendant le même temps. Enfin, quand la disparition de l’organe est prochaine, se produit le développement du cal.
Il ne faut pas croire d’ailleurs que cette longue période d’activité soit uniforme. Dans le rhizome du Convallaria maialis, nous avons constaté que les cribles s’épaississent en hiver pour reprendre au printemps leur épaisseur normale. La vie des tubes présente donc ici des périodes de vie latente correspondant à la durée de la saison froide.
La période transitoire peut être considérée comme la dernière en date dans les organes annuels, car la mort survient alors que le cal n’est pas encore dissous. Mais pour ce qui concerne les organes à durée plus longue, on voit que cette période est suivie d’une véritable période passive, caractérisée par ce fait que le cal a disparu et que le tube ne parait plus contenir que de l’eau avec quelques granulations qui sont les derniers vestiges du revêtement protoplasmique de chaque élément.
Chez les Dicotylédones, la période active se termine avec la mort de l’organe ou de la plante pour ce qui concerne les plantes annuelles. Presque toujours le cal n’est pas encore formé quand la mort survient.
Dans les organes vivaces, il n’en est plus de même; la période active peut durer un an (Poirier) ; deux ans (Rosier, Vigne) ; ou même un plus grand nombre d’années (Tilleul, Hêtre, etc.). Cette période active est toujours coupée par des périodes de vie latente pendant la saison froide; mais les manifestations de cette vie latente sont variables suivant les plantes considérées : chez la Vigne, le cal se développe en hiver pour se dissoudre au printemps ; chez le Tilleul, au contraire,
les cribles restent ouverts; seul le contenu des tubes se montre différent de ce qu’il est en été : la vacuole est en effet moins riche en matières albuminoïdes.
La période transitoire débute au moment de l'apparition du cal définitif ; celui-ci est toujours plus volumineux que le cal d'hiver destiné à se dissoudre au printemps. La période transitoire dure un temps très variable suivant les plantes et même suivant les tubes dans la même plante.
Enfin la dissolution de ce cal rend complètement libre la cloison cellulosique des cribles : la communication est ouverte d’un tube à l’autre. Les tubes ont atteint la période passive. Celle-ci peut durer très longtemps, car la plante, par suite de l’activité du cambium, ayant produit du liber de nouvelle formation, son existence peut se continuer pendant un grand nombre d'années.
Enfin, nous en aurons fini avec cet exposé quand nous aurons dit quelques mots du liber des racines ; et nous aurons montré une fois de plus la complexité des problèmes que soulève l’étude du hiber.
Chez les plantes où les tubes criblés de la tige développent un cal provisoire en hiver, les cribles des racines restent au contraire pendant cette période complètement ouverts ou du moins ne s’épaississent pas. Nous pouvons citer à ce point de vue la Vigne et divers Rubus (Rubus idæus, Rubus tomentosus, etc.) ; d’après Russow, il en est de même pour les Populus tremula, P. nigra, P. laurifolia, Quercus pedunculata, Acer platanoïdes, etc. D’après lé même auteur, les racines du Vitis amurensis possèdent au contraire pendant la saison froide des cals volumineux comme ceux du liber de la tige. Nous citerons encore les Cucurbitu, dont les racines à la fin de l'été présentent des cals bien développés analogues à ceux du liber de la tige.
Enfin chez les plantes dont les tubes ont une durée variable, mais toujours supérieure à une année, si les cribles de la tige ne développent pas de cal provisoire en hiver, il en est de même d'après M. Russow pour ceux des racines.