‹ Contribution à l'étude du Lichen planusChapitre 36 sur 41 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Ici, comme dans la plupart des affections, diagnostic est tantôt très facile, tantôt extrêmement difficile.

Il est des cas, à coup sûr, où l’erreur n’est pas possible. La couleur rougeâtre, l’aplatissement, le brillant, la fsrme polygonale, l’ombilication des papules, qui, peu à peu, se réunissent pour former Îles plaques que nous avons étudiées plus haut; en un mot, les caractères typiques de l’éruption sont simarqués que le lichen planus ne saurait être pris pour une autre maladie. C’est certainement à ces cas que Tilbury Fox fait allusion lorsqu'il dit, qu’il est « difficile de com prendre comment l'éruption pourrait être confondue avec une autre affection (1). >» Mais, il faudrait se garder de croire qu’il en est toujours ainsi.

Dans des circonstances opposées, en effet, soit parce que certaines particularités des papules font défaut, soit parce qu'on est en présence d’une dermatose qui offre, avec le lichen plan, une certaine analogie symtomatique, on hésite. C’est ainsi qu'on peut avoir à diagnostiquer la maladie d'avec le lichen scrofuloso-

rum, le psoriasis, la verrue plate, le prurigo chronique

(1) Tilbury Fox.

d'Hébra, l’eczéma, le pityriasis rubra, et enfin, et surtout certaines éruptions syphilitiques. C’est surtout à la période d’état de l’affection, qu’on a à faire le diagnostic différentiel. Au début, en effet, les malades ne se soumettent guère à l’examen du médecin. Plus tard, il en est de même. Cependant, nous verrons quelles réserves importantes nous devons faire en ce qui concerne la pigmentation.

Le diagnostic avec le psoriasis sera possible d’après les signes suivants. Le psoriasis débute généralement par les coudes ou les genoux. Il siège de préférence sur les surfaces d'extension des membres. Ses papules, de forme arrondie (punctata, guttata, nummulaire) sont d’ordinaire larges, de couleur terne, analogue à une goutte de bougie. Elles augmentent de volume par leur périphérie. Les squamés sont luisantes, argentées, donnent par le coup d’ongle la strie « micacée, » caractéristique de l'affection. Epaisses, Tlamelleuses, elles adhèrent fortement à la peau, et recouvrent un derme un peu sanguinolent. La peau semble épaissie, mais elle ne l’est pas. Cet épaississement apparent tient à l'accumulation considérable des squames. Toutefois, disons-le, ce dernier caractère a peu de valeur, car les squames du lichen s’accroissent en raison directe de l’ancienneté de la lésion. Cette dernière maladie débute le plus souvent, nous l’avons vu, par l’avant-bras, la ceinture, la partie supérieure des cuisses. Elle nous a paru siéger de préférence dans lesens de la flexion des membres. Les papules, rosées ou rougeâtres, polygonales, de dimensions minimes, ne subissent pas d’accroissement périphérique. Les squames, minces, grisâtres, pulvérulentes, recouvrent un derme intact. Le

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plus souvent, au-dessous d'elles, on trouve les follicules pileux dilatés, vides ou remplis de petits cônes épidermiques. Enfin, la peau est plus ou moins épaissie.

Le « lichen scrofulosorum » est une maladie du jeune âge, essentiellement caractérisée par des papules d’un rouge pâle, qui siègent surtout au tronc, se disposent en groupes ou corymbes. Il n’y a pas de prurit. Les sujets atteints sont des scrofuleux, ayant eu ou présentant au moment même des manifestations strumeuses(adénopathies, cicatrices adénopathiques, etc.). Un traitement tonique, l'huile de foie de morue, réussissent très bien. Il est aisé de voir quelles différences existent entre cette affection et le lichen plan, qui siège aussi bien sur les membres que sur le tronc, est souvent très prurigineux, s& montre chez des gens arthritiques ou nerveux, et ne cède pas à l’usage d’une médication simplement tonique. Nous ne ferons que mentionner le diagnostic différentiel avec la « verrue plate. » Il est bon toutefois d'y songer pour éviter de commettre une erreur.

Le « prurigo d'Hébra, >» strophulus pruriginosus, date des premières années de la vie. Il est constitué par une éruption semée au hasard, sans aucun ordre sur tous les points du corps, formée de saillies arrondies, qui jamais ne desquament, jamais ne forment de véritables groupes. Le prurit, dans cette affection, est si intense que presque toujours les papules sont excoriées à leur sommet et recouvertes de légères croûtelles sanguinolentes, dont la présence a une grande valeur diagnostique. La peau est ordinairement sèche, ridée. L’éruption occupe surtout le sens de l’extension. Le

diagnostic dans le lichen plan sera donc possible, sinon facile.

Il en est de même pour « l’eczéma ». L'existence de vésicules, de suintement, de croûtes, d’une part; l’absence de tous ces symptômeset la forme exclusivement papuleuse de la maladie, d'autre part, ne permettent guère l'erreur, sauf dans certains cas d’eczémas anciens, d’eczémas secs, qui se traduisent simplement par de la rougeur du derme et de la desquamation. Mais, même dans ces cas le caractère uniforme de Ja rougeur, l'absence de véritäbles papules et, enfin, les antécédents laisseront des doutes.

Dans le « pityriasis rubra » nous trouvons une coloration rouge foncée de la peau, une desquamation abondante. S'il y a un diagnostic différentiel à faire, ce sera avec la « forme aiguë » du lichen plan. On se basera surtout sur deux points : l’absence de papules, l’état de la peau. Jamais le pityriasis rubra, avant d’avoir atteint ce degré de rougeur diffuse qui lui est habituel ne présente de véritables papules. De plus, la peau est souple, mobile sur les parties sous-jacentes. Elle n’est pas infiltrée; au contraire, elle est amincie et comme atrophiée (Kaposi).

Mais, ce qu’il faut, avant tout, éviter de confondre avec le lichen plan, c’est la syphilis. Or, disons-le bien haut, l’erreur est souvent commise. Notre excellent maître, M. le professeur Fournier, dans une leçon clinique faite à l'hôpital Saint-Louis (1), l’a justement

# fait remarquer : « Les six derniers cas, dit-il, que j'a! eu à examiner dans ma clientèle, m'ont été adressés

(1) Semaine médicale, ler juin 1882.

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