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CHAPITRE VI

Traitement

Il nous à paru intéressant de faire l’histcrique de cette partie

de l'étude du lipome dans la seconde moitié de ce siècle. Nous y verrons surtoul les auteurs redouter les terribles complicahons infectieuses communes à celle époque el s’ingénier à inventer des procédés pour les éviter.

Une méthode qui fut en son temps excellente à ce point de

vue, c’estla méthode sous-cutanée. Voici comment Philippeaux, en 1848, résume et apprécie son application par le professeur Bonnet, de Lyon, au traitement du lipome: « Naguère, on

proposail les incisions sous-cutanées pour le traitement curatif de certains kystes ; aujourd’hui M. Bonnet, se fondant sur des observations tirées de sa pratique, soutient que ces mêmes incisions peuvent être employées avec avantage au (raitement des tumeurs graisseuses. Quelques considéralions sur l’anatomie pathologique de ce genre de tumeur, nous feraient comprendre ce qu'il y a de rationnel dans ce moyen et comment M. Bonnel y à été conduit.

« Le lipome n’est point composé d’une masse de graisse renfermée dans un kyste, c’est une agglomération de cellules graisseuses juxtaposées les unes aux autres, et dont l'ensemble est entouré d’une membrane fibreuse qui les isole des tissus environnants {lipomes encapsulés). Tant que l’en-

me — veloppe générale est conservée intacle, tant que la graisse se trouve renfermée dans chacune des petites cellules qui la sécrètent et l’emprisonnent, son absorption est impossible ou du moins offre de grandes difficultés. C’est pour ce motif que l'on à maintenant abandonné ces divers emplâtres qui, appliqués sur la tumeur, devaient en amener la résolution. Que l’on divise en un grand nombre de fragments celte sorte d'éponge, dont chaque cellule contient de la graisse, celle-ci pourra être exprimée des pelites loges qu’elle occupe, rejetée dans le lissu cellulaire ambiant et livrée à l'absorpuon rapide.

« La piqüre faite à la peau avec un ténotome pointu doit ère pratiquée à la base d’un pli et à une telle distance, que lorsque celui-ci sera revenu sur lui-même, elle soit éloignée de ? à 3 centimètres de la base de la tumeur : le lénotomne doit être en rondache à son extrémité, sa longueur égale au plus grand diamètre de la tumeur. Après avoir piqué la peau à la distance indiquée, on enfonce le ténotome mousse entre le lipome et les parties sur lesquelles il repose. Le tranchant de l’instrument, dirigé ensuite contre les téguments, doit diviser le lipome dans loute son épaisseur en deux parties égales que l’on presse l’une contre l'autre, tandis que le ténotome les incise en (ous sens, de manière à en former des fragments ayant au plus l’épaisseur d’un centimètre, Il est bon de prolonger les incisions de 4 à 3 centimètres en dehors, afin de décoller la peau des parties sous-jacentes el d'augmenter la surface au milieu de laquelle la graisse doit plus tard être résorbée. | «€ Quand l'instrument est retiré on presse avec force la tumeur entre les doigts, de manière à rompre par la pression les cellules qui ont échappé à l'action de l'instrument tranchant.

« L'expérience à prouvé que celte opération doit être

« répétée, dans les lipomes volumineux, quelquefois ? ou 3 « lois et à quinze jours ou trois semaines d'intervalle pour « compléter la rupture des cellules et achever l'absorption.

« La théorie s’unit à la pratique pour démontrer que le « volume considérable de la tumeur et l’âge avancé de celui « qui la porte, constituent deux contre-indications aux € incisions sous-cutanées. Néanmoins même dans les cas « heureux les cellules dans lesquelles la graisse est renfermée « ne peuvent disparaitre comme le fait la graisse elle-même. « Elle doivent former et forment en effet un noyau fibreux plus « dur et moins volumineux que la tumeur primitive. »

Un autre moyen qui, disail-on, évitait bien des accidents, c'était l'emploi des caustiques. Gillet de Grandmont le préconise en 1872 et Nubrueil en fait grand éloge à la Société de chirurgie en 1873. Sur toute la longueur du lipome et sur une largeur de un centimètre environ, on applique une couche de pâte de Vienne, qui doit rester assez longtemps eu place pour que loute l'épaisseur des téguments soit morlifiée. Vers Île huitième jour, quand l’eschare se détache, la tumeur est à nu, et 1l suflit de l’attirer à l'extérieur avec des pinces, en même temps qu'on l’énuclée avec une spatule et au besoin, avec quelques coups de ciseaux. « Le procédé, dit Dubrueil, sim- « plifie une opération qui, j'en conviens, est en général facile, « il est peu douloureux el partant dispense de l’anesthésie. »

Vers la même époque, Hasse de Nordhansen imagine les injections interstiielles d'alcool. Il injecte de l'alcool en différents points et à plusieurs ‘ours d'intervalle. On voit alors la tumeur se ramollir et devenir fluctuante sous grande réaction. Incisée elle se vide et guérit par l'écoulement d'un liquide huileux.

Le même Gillet de Grandmont qui vantait les caustiques pour les lipomes superficiels préconisait quelques années plus tard la pédiculisation élastique et la cautérisation galva-

nique pour les plus volumineux lipomes. Il faut croire qu'il s'agissait de lipomes pédiculés où tout au moins facilement pédiculisables.

D'autres auteurs ont préconisé les mjections de chlorure de zinc et l’ablalion avec l’écraseur linéaire.

l’autres encore se croyaient davantage à l'abri des complications septiques par l’usage du thermo-cautère. Ce procédé ne présentait qu’un inconvénient: c’est que la graisse s'enflammail au contact du fer rouge.

De nos jours la question parait s'être considérablement simplifiée. Grâce à l’antiseptie et vu l’absolue bénignité du pronostic une seule conduite est de règle : Enlever la tumeur dès que le malade y consent.On à vu au chapitre de l'évolution clinique les inconvénients et les dangers que l’on peut courir par une expectative négligente. D'ailleurs l'opération est ordinairement simple surtout quand il s'agit d’un lipome encapsulé, « cependant, dit Richet, il est désagréable d'opérer certains lipomes granulaires : on en tire successivement plusieurs chapelets et il est diflicile de faire une extirpation complète. » Certains lipomes diffus et profonds, s’insinuant au loin dans tous les interstices sont aussi très difficiles à enlever totalement. C’est dans ces cas que les récidives sont à craindre.

Une précaution assez importante est à prendre si l’on veul obtenir la réunion immédiate, c'est une compression méthodique après l'opération. Déjà en 1872 Trélat préconisait ce moyen pour assurer les suites simples de l'intervention. Després se montrait (rès pessimiste à ce point de vue, disant que la disposition anfraclueuse de la cavité que laisse le lipome à lobes irréguliers s'y oppose. Aussi même de nos jours, sera-Lil prudent d'assurer par un drainage préventif l'issue des liquides qui pourraient s’y collecter malgré la compression. Dans ce but M. le D" Reboul place au fond de la plaie imdisinctement une mèche de gaze trempée dans le

AE — naptol camphré ou un paquet de crins de Florence. Les chirurgiens de Montpellier ou négligent ce détail ou usent d’un simple drain en caoutchouc. Tous ces moyens paraissent également bons. Quand on peut compter sur leur aseptie absolue et sur l’occlusion complète que doit assurer tout pansement.

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