OBSERVATION VII
(D' J, Reboul, in Bulletin de la Société anatomique de Paris, 1888.)
Lipome de la cuisse d'origine traumatique.
M... Laurent, 50 ans, employé à la Compagnie du Nord, entre le 9 octobre 1888, à l'hôpital Lariboisière, salle Ambroise-Pare, 4, service de M. le D Périer.
Le 95 février 1888, M... recoit un choc de wagon sur la région trochantérienne gauche : vive douleur, marche impossible. Rapidement la région contuse se tuméfie et devient ecchymotique. Le malade est obligé de garder le lit. Un mois après M... peut reprendre son service.
De mars à juin, quoique se livrant à ses occupations habituelles, notre malade éprouvait, surtout dans le décubitus latéral
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gauche, une certaine gêne dans la région trochantérienne qui était un peu empâtée.
En juin M... se décide aentrer à l'hôpital Lariboisière, dans le service de M. le D' Périer. Notre excellent collègue et ami Couderc, qui observait le malade à cette époque, nous dit qu'il présentait alors une tuméfaction diffuse de la région trochantérienne gauche, sensible à la pression en masse.
D'après les commémoratifs, on pensait à une résolution incomplète de l’épanchement sanguin consécutif à la contusion. Des applications de pointes de feu et de la compression, amenèrent une légère amélioration et le malade sortit de l'hôpital au commencement de juillet.
M... vient de nouveau à l'hôpital le 9 octobre, c'est à ce moment que nous l’observons.
Depuis deux ou trois semaines, la gêne qu’éprouvait le malade dans la hanche gauche à augmenté et le décubitus latéral du côté correspondant, détermine une véritable douleur. Dans la marche peu de chose, sauf un certainengourdissement du membre. A l'examen, on constate que la région trochantérienne gauche est fuméfiée. Cette tuméfaction est large, diffuse, limitée en arrière et en bas par une dépression brusque correspondant à la partie postérieure de la base du grand trochanteur. La tumeur est un peu saillante, quoique étalée, d’une certaine dureté, mobile sur les plans profonds, sauf en arrière et en bas. Elle a environ 10 centimètres de diamètre dans les deux sens et sa partie culminante est à 17 centimètres de l'épine iliaque antérieure et supérieure. Au niveau de la tumeur, la peau est marbrée, un peu rosée ; diminution notable de la température locale. Légère douleur à la pression forte et surtout dans le décubitus latéral gauche. Spontanément, le malade éprouve dans la tumeur des sensations de picotements.
Il nous dit ne pas avoir remarqué une tumeur de cette région avant la contusion du mois de février.
Pas de troubles trophiques des membres inférieurs. Pas d’autres tumeurs semblables à la surface du corps. Bon état général,
Les révulsifs et les traitements antérieurs n'ayant donné aueun résultat, M. le docteur Périer décide d'intervenir. L'opération a lieu le {4 octobre. Après une incision de la peau d'environ douze centim., on trouve une masse abondante de tissu adipeux, lobulé, traversé par des tractus fibreux épais, unissant la peau aux parties profondes La tumeur étant sectionnée dans toute son étendue, on arrive à un plan fibreux résistant, limitant une poche fluctuante sur laquelle repose latumeur. L'ouverture de cette poche donne lieu à l'écoulement d'environ deux cents grammes d'un liquide séro-sanguinolent. Cette poche n'est autre que la bourse étendue sur la face antérieure de la cuisse. Le doigt introduit dans cette cavité ne peut en trouver les limites. Une petite partie de la paroi de la bourse séreuse et des surfaces cruentées est excisée : un drain de moyen volume et de 10 cent. de longueur est introduit dans la cavité, et par ce drain on injecte environ 20 grammes de naptol camphré.
Quatre sutures profondes et six sutures superficielles au crin de Florence, assurent l'affrontement des lèvres de l'incision. Pansement au salol : poudre, gaze, ouate, maintenu par le collodion au salol.
18 Octobre. — On supprime le drain et deux sutures profondes.
La réunion est avancée. Pas de pus.