TRAITEMENT
Le traitement du lupus gengival, comme celui de toute affection tuberculeuse sera général et local.
Général. — Le lupique est un déficient, si le traitement général a peu de chances de faire, à lui seul, évoluer sa lésion vers Ja guérison, il interviendra pour aider grandement les interventions locales et pour parer à l'éventualité d'une généralisation toujours possible. Comme tous les tuberculeux, le lupique sera mis au repos relatif, séjour à la campagne, grand air, soleil si possible et suralimentation, Les médicaments auxquels on aura recours seront des toniques généraux (arsenic, iode). L'huile de foie de morue à haute dose (quand l’intestin la tolère) est pour Broca Ia médication de choix pour ces sujets. Les injections intramusculaires de calomel en suspension huileuse, qui ne sont pas toujours efficaces, sont à proscrire chez le malade atteint de lupus de la gencive : l’élimination du médicament par une muqueuse atteinte risquant d'amener une stomatile grave. Les injections de novarsénobenzol qui n'ont pas cet inconvénient ont donné parfois de remarquables améliorations.
Les injections de tuberculine provoquent chez le lupique les mêmes désastres que chez les autres tuber-
culeux ; elles ont cependant été reprises par DARIER
Lee
et quelques autres qui ont obtenu parfois des résuilats rapides en injectant avee une extrème prudence et à très faibles doses (de un demi à trois milligram-
mes) la tuberculine À. T. de Kocun.
La méthode de Jacosson employée dans les services de Darier et de Jansezme (injections huileuses intramusculaires d'éther benzylcinnamique) a donné d'excellents résultats. La technique employée est la suivante : douze injections intra-musculaires de la solution d’éther benzyl-cinnamique TI cc. pendant cinq jours, 1 cent. 1/2 pendant les cinq jours suivants, 2 cent. pendant les deux derniers jours ; diminuer. la dose de moitié chez les enfants. Repos de quinze jours entre les premières séries de traitement, un mois de repos après la troisième si on ne constate aucune réaction générale ou locale ; les améliorations observées au niveau de la lésion sont les suivantes : Pinfiltration diminue, l’ulcération se cicatrise, dans les cas même où des ganglions existaient, ils ont tendance à se résorber, La plaie prend un aspect rouge vif et a une
tendance à se cicatriser.
Local, — Comme nous Favons indiqué, malgré son utilité incontestable, le traitement général est incapable d'amener à lui seul la guérison, il faut donc avoir recours au traitement local. Si les avis diffèrent peu quand il s’agit d’instituer le régime interne, il est loin d'en être de même en ce qui concerne le traitement externe ; la multiplicité des méthodes proposées témoi-
gne des difficultés et de l’inconstance de cette théra-
Age
peutique ; nous allons énumérer et diseuter la plupart de celles qui ont été proposées.
Topiques médicamenteux. — On a essayé presque toutes les substances caustiques (trichlorure d’antimoine, acide trichloracétique, acide chlorhydrique, acide sulfurique, chlorure de zinc, résorcine, etc.). Le permanganate de polasse en solution forte et l'acide trichloracétique ont donné de bons résultats à M. Rous- SEAU-DEGELLE qui préfère néanmoins, et de beaucoup nous le verrons, les scarifications linéaires et l’ignipuncture.
Searificalions linéaires quadrillées. — On s'attaque en premier lieu aux bords pour arrêter l'extension ; on traite ensuite le lupus et sous l’influence de ces scarifications, il se forme des ilots cicatriciels ; en répétant ce traitement toutes les semaines sur les points non cicatrisés on peut arriver à la guérison définitive, ,
Ignipunclure au galvanocautère une ou deux séances par semaine provoquent la sclérose de toute la surface lupique.
A l’ignipuncture et aux scarifications on peut adjoindre du reste l’action des topiques médicamenteux.
Le râclage. — À aide de curettes de plus en plus petites s'effectue difficilement dans la bouche où la différence de résistance qu'offre la muqueuse saine comparée à celle du lupus est peu perceptible.
Intervention chirurgicale, — On a eu recours à
l’exérèse chirurgicale : dans les cas où la lésion est
limitée les résultats sont remarquables (Roy), excellents aussi chez la malade d'Enraror atteinte de lupus primitif, maloré que la lésion fût déjà étendue et que l’on dût extirper les ganglions de la région sous-maxillaire dont quelques-uns étaient déjà caséeux, et porter l’intervention à la gouge jusqu'à la branche du maxillaire. La guérison survint parfaite, au bout de trois semaines : les résultats furent moins bons, semble-t-il, chez la seconde malade de M. Roy dont les lésions déjà étendues évoluaient chez une tuberculeuse
pulmonaire gravement atteinte.
lonisalion rétrograde. — Cette méthode employée surtout en Angleterre consiste à faire prendre au malade pendant trois jours de fortes doses d’iodure de potassium et à établir ensuite un circuit électrique en plaçant le pôle positif sur la lésion tuberculeuse. Ce procédé aurait donné dans de nombreux cas des ré-
sultats favorables.
L’électro-coagulation chez un malade de M. Cuom- PRET qui sübit plusieurs séances espacées de quinze en quinze jours semblait donner de bons résultats, mais la maiade quitta Paris avant la fin du traite-
ment.
La diathermie aurait permis à Bourcgois d'obtenir en deux séances la guérison par diathermo-puncture d’un tubercule volumineux. Dans le lupus des muqueuses, cet auteur préfère en général, du fait des caractères destructifs de Ja diathermo-coagulation
l’ignipuncture plus sclérosante. C’est également l'avis
de RoussEaAt-DECELLE et c’est, nous le verrons, le traitemerft qu'il préconise,
Les ultra-violets ont également été employés, mais suivant des techniques différentes. Certains, auteurs font une grande dose la première fois afin de provoquer une forte réaction, d’autres préfèrent irradier la lésion en augmentant la durée du traitement à chaque séance. SalDMANN écrit qu'après trois séances d’irradiations on observe la diminution de signes subjectifs lorsqu'ils existaient, et que la diminution des lésions apparait entre la quinzième et la vingtième séance, PLATONOY a employé la lampe de KRrOMAYER dans les trois cas qu'il'a publié de guérison avec longueur de séances appropriées à chaque cas. I téntait dans tous les cas une irradiation énergique et si la réaction était trop forte, il faisait ensuite des irradiations plus courtes à long intervalle. Pour cet auteur, les effets seraient lents à se manifester, mais sûrs, alors que Raywaz accuse les radiations d’avoir provoqué un coup de fouet aux lésions de son malade. Pour LousTE et Marin (de Montréal), il serait parfois utile de procéder à des irradiations générales du corps tout entier, ce qui constituerait un adjuvant très important du traitement local.
La finsenthérapie basée sur l’action inflammatoire et sclérosante des rayons ultra-violets produits par une source lumineuse intense, donne sans douleur des résultats excellents, mais les séances doivent souvent être trop nombreuses pour être curatives et pour
que cette forme de traitement puisse être employée.
ET eee
Enfin, la radio el la radiumthérapie donnent également de belles guérisons. Avec des doses massives, le traitement n’aboutit qu'à des résultats déplorables. En les employant à doses modérées pendant peu de séances et comme adjuvant à un traitement local, le malade en tire en règle le plus grand bénéfice.
Heyne rapporte un cas de guérison. Nous-même avons traité ainsi trois malades : suivant la méthode emplovée par M. Rousseau-DEGELLE, deux sont guéris et nous avons largement amélioré les lésions du troisième, M. Roussrau-DECELLE à toujours traité ses malades par cinq ou six séances de radiothérapie à faible dose (5H), qui peuvent compléter l’action locale de l’ignipuneture au galvanocautère. Il procède au rythme de trois séances par semaine et commence à traiter la périphérie des lésions. Il s'ensuit une sclérose tissulaire qui arrête la progression des lésions et permet de s'attaquer ensuite aux parties centrales du lupus.
Il est également utile de prescrire de l’iode ou de l’arsenic et si le malade la supporte, de l’huile de foie de morue. Si l’on y ajoute une suralimentation et des cures climatiques, telles que Berck (s’il n'existe pas de tuberculose pulmonaire), où Arcachon, nous croyons que tout traitement utile aura été mis en œuvre pour aboutir à une guérison définitive avec le minimum de
sequelles.