LITE
es 25 Se A. RÉFUTATION DE LA THÉORIE MÉCANIQUE EXCLUSIVE
Quelque bien fondée que paraisse la théorie mécanique, elle n'est pas sans prêter le flanc aux attaques; et, certainement, elle ne répond pas à tous les cas de maux perforants. Tout le monde connaît l'observation, devenue classique, où Duplay et Morat nous montrent un mal perforant survenu à la suite de la compression des origines du sciatique par un kyste hydatique du sacrum. Outre l’insensibilité de la plaute du pied, les mouvements de la jambe et du pied étaient en partie compromis, et ce dernier symptôme avait précédé de longtemps l'apparition de l’ulcère. En outre, il s’était montré des eschares au grand trochanter et au sacrum. Ajoutons que ce cas très intéressant se présentait chez une femme de 63 ans qui était passementière, et, par suite, n’était exposée ni au transport des fardeaux, ni à la station verticale prolongée, ni aux marches forcées. Que devient alors la théorie qui prétend que la compression des tissus est l’unique cause du mal perforant? Comment dénier la lésion nerveuse qui est ici une dégénération du sciatique, dégénération dont on avait eu déjà pendant la vie de la malade des manifestations telles que : douleurs de jambe sur le trajet de ce nerf, engourdissements et fourmillements des pieds, dégénération qui a trouvé, post mortem, sa confirmation dans l’examen histologique? Il est digne de remarque que la parésie, pour ne pas dire la paralysie de la jambe et du pied, avait précédé de beaucoup le mal perforant. On pourrait objecter qu’il s’agit là d’une simple coïncidence; mais d’où vient que chez différents malades, porteurs de maux perforants, et qui ont présenté antérieurement des névralgies sciatiques, d’où vient, encore une fois, que ces maux perforants se localisent toujours
LS nReSS au même côté que la sciatique? L’objection tombe complètement devant les maux perforants survenus à la suite d’une section des nerfs du membre inférieur (Observation IV) ou d’une lésion centrale traumatique (Observation IT).
Des lésions centrales non traumatiques et certaines lésions des nerfs périphériques, se présentant chez un même sujet de pair avec le mal perforant, portent un coup non moins funeste à la théorie mécanique.
Citons la concomitance des névrites périphériques avec le mal plantaire. Tout le monde reconnait que les gelures, entre autres causes, peuvent produire des névrites périphériques ascendantes. Or, si vous avez affaire à des pieds gelés, sous lesquels se sont développés des maux perforants (Observation III), ne devez-vous pas tenir compte de la lésion nerveuse? Et en fait de lésion centrale, le tabes ne doit-il pas être incriminé? (Observation V.) Le mal perforant n’est pas une affection très commune. Or, nous avons vu déjà bon nombre d’auteurs citer des maux perforants à tous les stades du tabes. Hinze (1), qui a étudié le mal perforant chez les ataxiques, en a recueilli vingt cas dans la littérature médicale. Serait-ce donc là une simple coïncidence? Il faudrait être, croyons-nous, bien prévenu pour le prétendre; d'autant plus que, depuis quelques années, plusieurs observations de maux perforants palmaires chez les ataxiques sont venues jeter une nouvelle lumière sur la question. (Observation VIII.)
D’après ce qui précède, la théorie mécanique exclusive est bien ébranlée. Elle ne saurait résister plus longtemps devant l'argument suivant, qui est topique : Il y a des cas où le mal perforant est apparu, toute cause de compression étant sup-
(1) Hinze, loc. cit.
Tree primée. Témoin le cas d’hématorhachis publié par Boursier et Lagrange. (Observation IT) (1).