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indurés, taillés à pic, Ces ulcérations sont grisâtres dans leur périphérie, rouges à leur centre, Elles sont recouvertes d’un léger suintement inodore, un peu analogue à de la sérosité, mais plus épais. Ces ulcérations siègent, l’une au niveau de la tête des troisième et quatrième métatarsiens, l’autre au niveau de la tête du deuxième. La première mesure environ trois centimètres carrés; la seconde a un centimètre de longueur sur un demi centimètre de large. L'intérieur des deux ulcères est complètement insensible : on enfonce une épingle jusqu à l’os sans que le malade s’en aperçoive; de même au niveau des bourrelets épidermiques qui entourent les ulcérations. Toute la plante du pied présente une analgésie et une anesthésie incomplètes; de même pour la face dorsale des orteils et le bord externe du pied. Le reste de la face dorsale âu pied et la jambe ont conservé leur insensibilité dans toute son intégrité. La sensibilité à la température est diminuée dans toute l'étendue de la plante; elle est indifférente dans la partie qui appuie sur le sol au moment de la marche (talon antérieur). À ce niveau aussi, la sensation de contact n’est pas perçue.
Le mollet droit mesure trente centimètres.
Le mollet gauche en mesure trente et un.
Le malade passe l'hiver à l’hôpital. Comme il marche presque toute la journée, ses ulcères ne guérissent pas. En décembre, il se cogne le pied contre une marche de pierre en montant une charge de bois. A la suite survient un abcès entre les deux derniers orteils. L’abcès est incisé, on y établit un petit drain, et les deux lèvres de la plaie se réunissent au bout d’une dizaine de jours. Toutefois, il reste un petit trajet fistuleux qui laisse couler un peu de sérosité, fistule entretenue par les va-et-vient du malade.
A la fin de février, l'examen de la sensibilité est repris. Nous sommes surpris de voir les poils de sa jambe droite beaucoup plus développés que ceux de la jambe gauche. La plante du pied est presque complètement insensible, et on peut en plusieurs points enfoncer assez profondément une épingle sans que le malade éprouve de douleur.
La sensibilité à la douleur est également diminuée sur toute la face dorsale du pied et sur le bord interne de la jambe jusqu’à une hauteur de quinze centimètres. De même pour la sensibilité à la température. La jambe présente, en outre, sur sa face antérieure, s’étendant de l'extrémité inférieure jusqu’à la
partie moyenne de la jambe, un érythème brunâtre; à ce niveau, la peau est sèche et se desquamme. Le malade nous dit que c’est là le résultat de coups qu'il s’est donné sur la jambe, chaque coup laissant une marque qui ne s’efface pas. La face dorsale du pied est constamment perlée de sueur. Le malade éprouve parfois, surtout le soir, des douleurs assez vives le long de la jambe. Ces douleurs se présentent sous forme de crise, et lui procurent des fourmillements pénibles sur toute la surface du corps. Le réflexe rotulien du côté droit est très diminué, presque aboli, Les ulcères sont moins étendus qu'avant, mais persistent.
La foire de mars arrive : notre colporteur ne peut s'empêcher d’aller y prendre part. Pendant qu’il est dehors, son pied enfle, devient rouge, douloureux, et le décide à rentrer au bout de quinze jours.
Cette fois, il consent, et c’est la condition sine quû non de son maintien à la salle 17, à garder un repos absolu. Peu à peu, les ulcères tournent vers la cicatrisation. Ses douleurs de jambe diminuent. La sueur du cou-de-pied est moins abondante, Les deux ulcérations bourgeonnent et finissent par se recouvrir d’une peau fine et luisante. L’épaississement corné qui entourait V’nlcère disparaît complètement. Enfin, le 18 mai, le malade sort, guéri de ses ulcérations.
Il reprend ses courses; mais au bout de quinze jours, la peau qui remplaçait les ulcérations, et qui n’avait pas encore pris grande consistance, s’ulcère, et le malade, n’osant plus demander d’être admis à l'hôpital, se soigne lui-même, mais ne supprime pas ses promenades. Aussi, les plaies ne se cicatrisent-elles pas complètement. Il reparaît à la salle 17 le 19 juillet. Les ulcères n’ont plus l’aspect calleux d'autrefois ; ce sont des plaies franchement bourgeonnantes. Sauf à leur centre, ces ulcères sont sensibles; le stylet révèle la préseñce d’un os érodé au fond de l’ulcère qui est sous le premier métatarsien. La sensibilité à la piqûre a reparu sur toute l'étendue du pied, tant à la plante qu’à la face dorsale, De même pour la jambe. La sensibilité à la température s’est également reproduite, sauf au niveau des ulcères, où il n’y a qu’une sensation de contact. L’érythême de la jambe est moindre, mais persiste. Le réflexe rotulien est nul ou à peu près. La mensuration du cou-de-pied est de 98 à
droite, de 26 à gauche. La mensuration au mollet donne 31 de chaque côté.