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OBSERVATION V

MAL PERFORANT ULCÉRÉ, SANS LÉSION OSSEUSE, SIÉGEANT AU TALON CHEZ UN ATAXIQUE

(Butruille, Th. Paris, 1878.)

Burin, Joseph, cocher, 50 ans, né à Saint-Jouarre (Haute-Savoie), entre à hôpital Beaujon, dans le service de M. Tillaux, le 49 mars 1878.

C'est en 1865 que cet homme fut malade pour la première fois. Il présente à cette époque les symptômes suivants : douleurs fulgurantes très vives dans

les jambes, démarche irrégulière, incertaine ; pendant la marche, les jambes,

fortement déjetées en dehors, ne sentaient pas le sol, Il ne pouvait se tenir debout dans l'obscurité sans chanceler immédiatement. Pas de douleurs en ceinture ; un peu de diplopie. Ces symptômes se rapportent bien au fabes dorsalis. Il se soigna chez lui pendant un mois, puis fit à la Pitié, dans le service de M. Matice, un séjour de six mois. Il lui était impossible de se lever du lit ; il dit même que ses jambes étant couvertes d’un drap, il lui était impossible de dire où se trouvaient ses pieds.

Néanmoins, il vit survenir dans son état une amélioration telle, qu’il put se remettre à marcher et reprendre son métier de cocher. Depuis cette époque, il marche sur les talons.

Pendant quelque temps, il ne marcha que très peu; souvent assis sur son siège, il ne se levait, ne marchait et ne se tenait debout que le moins possible. Mais depuis le mois de janvier 1877, il doit faire deux fois par jour une course d’une heure à pied, le matin pour se rendre à son travail, le soir pour regagner son domicile. Comme il marche sur les talons, il voit se développer à ce niveau des durillons qu’il néglige de soigner, pour la simple raison qu’ils ne provoquent aucune douleur. Au mois de novembre 1877, en descendant de son siège, il éprouva au talon gauche une douleur analogue à celle qu’aurait produite un clou de sa chaussure pénétrant dans la peau du talon. Il se déchaussa, ne trouva point cette cause qu’il soupçonnait. Regardant son talon, il vit le durillon qu’il avait déjà constaté : rien de plus. Le soir, il constata au niveau du point douloureux un petit trou laissant suinter de l’eau et du pus très clair (sic) ; au repos, indolence complète ; la marche seule réveille la douleur.

Il convient également d'ajouter que depuis qu’il a éprouvé les premiers symptômes de l’ataxie locomotrice, et malgré l'amélioration qui lui a permis de reprendre son travail, B... a toujours conservé dans les jambes des élancements douloureux et des crampes.

Malgré cette lésion du talon, B... a continué son service jusqu’en janvier 1878. À cette époque, le talon était plus douloureux, l’ulcère laissait s’écouler du pus et était entouré de plaques épidermiques que le malade sectionnait, Il se traite chez lui par le repos et les cataplasmes ; au bout d’un mois, la guérison était complète, en apparence, du moins.

B... reprend son service, change de patron pour s’éviter la course du matin

ie et du soir, marche le moins possible ; mais, au bout de huit jours, l’ulcération s’est reproduite, Bref, il entre à l'hôpital Beaujon, salle Saint-Vincent-de-Paul, n° 31, le 19 mars. Le pied gauche présente au talon une ulcération à bords déchiquetés, offrant, grâce à sa profondeur, l’aspect d’une cupule dont les parois sont formées par des plaques épidermiques superposées. Cette ulcération laisse suinter du pus et saigne dès que le malade marche.

Le stylet pénètre dans une étendue de deux centimètres, ne provoque pas de douleur et ne tombe pas sur des os dénudés.

Pas le moindre durillon à la partie antérieure du pied, tandis que lulcération est située au centre même du durillon corné.

Le pied droit présente un durillon assez mince au niveau du talon; le malade prétend qu’il porte autant sur le talon droit que sur le gauche, mais l’inspection du pied droit permet de constater, grâce à la présence d’indurations épidermiques, que de ce côté les deux points antérieurs de sustentation posent encore sur le sol.

Signalons encore au niveau de chacun des deux gros orteils un épaississement épidermique très considérable que le malade attribue, avec raison, nous semble-t-il, au frottement de l’orteil contre la chaussure pendant la marche.

Les ongles des deux gros orteils sont également fendillés dans le sens transversal.

Sensibilité. — Elle est conservée aux deux jambes et au pied droit. Le pied gauche présente autour de l’ulcération une zone assez nettement privée de sensibilité. Pas d'analgésie. Pas d’athérôme artériel.

Bonne santé générale, aspect vigoureux, rien de sénile, bon appétit, bonnes digestions.

18 avril. — L’ulcère est presque comblé; le stylet est arrêté dès qu’on lintroduit dans la plaie. Le malade nous apprend de plus que, depuis qu'il a éprouvé les premiers symptômes de l'ataxie, les sueurs de la face plantaire du

pied, autrefois très profuses, se sont supprimées petit à petit.

D. Causes prédisposantes :

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