V. — ÉTUDE CLINIQUE
Le tableau clinique de la dilatation du gros intestin se présente différemment suivant qu’on l’'observe chez le nouveau-né et le nourrisson ou dans la deuxième enfance.
A. — Formes Cliniques 1° Formes à manifestations précoces et graves
IL s’agit d'un nouveau-né qui n’a pas rendu son méconium dans les délais normaux. Cette « constipation méconiale » n’est pas le fait d’une malformation de l'anus ou du rectum. Il n’y a aucun obstacle à l’évacuation des matières et le toucher rectal de même que l'examen à la sonde sont négatifs. L'enfant qui buvait bien et qui dormait bien n'accepte plus volontiers qu'une petite quantité de lait et se montre agité surtout la nuit. Puis à mesure que la constipation augmente d'intensité, on voit bientôt apparaître une distension progressive du volume du ventre. L’abdomen se gonfle, devient tendu. Cette distension abdominale est étroitement liée à la constipation. Dans certains cas où la stase intestinale est prolongée, on peut voir l’abdomen acquérir des proportions considérables et déter-
miner alors une compression des organes thoraciques d’où résultent de la dyspnée, de la cyanose.
La croissance et la nutrition de l'enfant sont toujours profondément troublées, et si une complication n'intervient pour changer le cours de la maladie, on assiste alors au tableau de la dénutrition progressive aboutissant à l’athrepsie. En pareil cas il y a un contraste saisissant entre le ventre de l'enfant qui est énorme et son amaigrissement qui estextrème.
Bien que la mort soit la règle dans la dilatation congénitale du côlon observé chez le nouveau-né, il existe des cas néanmoins où à la suite d’un traitement médical prolongé l'enfant s'améliore progressivement pour arriver à un état quasi normal. Le pronostic n’est pas toujours aussi sombre quand le mégacôlon apparaît non plus à la naissance mais plus tardivement dans la seconde enfance.
20 Formes à manifestations tardives
et à marche chronique
Ces faits d’origine relativement récente bien mis en lumière dans les travaux de M. Marian, concernent des enfants du deuxième âge qui n’ont jamais présenté de troubles digestifs dans la première enfance, et qui sans cause apparente vers l’âge de deux à trois ans deviennent des constipés, puis des distendus. Tel est le cas du malade de Hallez et Blechmann (1) dont nous rap-
(1) Havzez et BLECHMANX. — Socifté de Pediattrie. 1921, XLX, p 67; Arch, de méd, des enfants, 1921, p. 484.
Se
portons l'observation dans cette thèse (obs. IV) où vers l’âge de trois ans et demi apparut une constipation d'abord fréquente, non habituelle, puis opiniàtre, à laquelle succéda une augmentation progressive de l’abdomen, et dont l'examen radiologique révéla une énorme dilatationdu côlon avec allongement du côlon pel-
vien. Ces dolicomégacôlons — comme les appelle M. Lardennois (1) — ont un pronostic et une évolution
plus favorables. Il n’est pas rare de voir ces malades après des périodes d’exacerbation et de calme, s’améliorer progressivement sous l'influence d’un traitement médical à tel point qu'on est tenté de considérer ces cas comme des formes curables de mégacôlon chez l'enfant.
Ainsi donc, la dilatation du gros intestin diffère quand elle apparaît tardivement chez un grand enfant par une évolution beaucoup plus longue et par un pronostic meilleur.
B. — Symptomatologie
Avec Pierre Duval nous accorderons au mégacôlon deux seuls signes fondamentaux : la constipation opiniâtre et la distension abdominale.
1° La constipation est le premier symptôme en date. Elle est constante et toujours très marquée. Il n’est pas une observation, dit Pierre Duval, qui ne la mentionne comme signe Capital. Cette constipation présente cer-
(1) LARDENNoOIS. — Sociélé de Chirurgie, 7 mai 192%, p. 592.
tains caractères particuliers ; elle est essentiellement opiniâtre et peut aller parfois jusqu'à l’obstruction complète nécessitant une intervention chirurgicale d'urgence. Elle cède” lé plus souvent aux lavements pratiqués avec une longue sonde. Il existe néanmoins des cas où le malade ne va à la selle que tous les quatre, cinq ou six jours, même avec des lavages intestinaux. La constipation peut être tellement marquée que certains malades n’ont de selles que toutes les semaines ou tous les mois. Il est classique de citer ce malade d'Osler qui, jusqu'à l’âge de sept ans n'avait eu que cinq ou Six selles spontanées. Si les lavages intestinaux ont une action heureuse sur la constipation, tes purgatifs au contraire l’influencent défavorablement ; ils irritent l'estomac et l'intestin, augmentent la distension abdominale, provoquent des vomissements et donnent rarement lieu à une évacuation des matières. On nes’en étonnera pas, puisque l’on sait maintenant depuis les expériences de Strauss, de Bensaude et Sorrel, que le carmin administré en cachet n'apparait dans les selles que 12 jours, voire même 20 jours après son ingestion. Ce degré de rétention intestinale explique également les caractères des selles qu'on observe dans le mégacôlon ; celles-ci sont habituellement extrèmement abondantes et d’odeur repoussante. Lorsqu'il existe un certain degré de colite ulcéreuse on peut voir alors des matières enduites de glaires et de sang.
S'il existe de la rétention pour les matières, il est loin d'y en avoir pour les gaz. Ceux-ci sont émis fréquemment, en grande abondance, avec parfois des bruits par-
se
liculiers, et exhalent toujours une odeur repoussante.
Pierre Duval cite le cas curieux d'un malade dont les gaz € empestaient toute la maison ».
2° La distension abdominale est comme la constipation un symptôme constant. Elle est également très marquée. C’est un signe qui a toujours frappé beaucoup les observateurs ; on l’a appelé la «dilatation en forme de tonneau », € en ballon ». Bristowe dit que l’abdomen est gros « comme celui d’une femme enceinte » et dans le cas de Griflith, les parents avaient peur que «le ventre de l'enfant ne crevât ». C’est du reste le plus souvent pour ce symptôme que les parents consultent le médecin.
La distension abdominale succède habituellement à la constipation dont elle est la conséquence ; on conçoit bien en effet que la stase prolongée puisse déterminer la ‘ormation de gaz et partant de la dilatation tÿmpanique.Mais avec notre Maître, M. le Professeur Marfan,ilconvient de faire une part importante dans la pathogénie de ce météorisme à l'hypérhémie des parois de l'intestin (1). L'intumescence abdominale à comme caractère essentiel d'être permanente et d’avoir des rapports étroits avec la constipation. Elle diminue après une abondante évacuation et augmente avec une rétention prolongée des matières. On a signalé, il est vrai, des cas d’enfants nés avec un gros ventre tellement marqué que l’accouchement fut dystocique. Mais ces faits sont vraiment
(1} MaRFAN. — Les affections des voies digestives dans la première enfance, p. 566