‹ Contribution à l'étude du métabolisme de l'iodeChapitre 3 sur 18 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Telles les plantes marines qui puisent des quantités d’iode relativement grandes de l'eau de mer qui n'en contient que des traces. Cela nous permet le rapprochement avec les crustacés qui y puisent le carbonate de chaux nécessaire à leurs téguments calcaires, alors que l'eau de mer n'en renferme que de faibles quantités, rapprochement avec toute la masse du règne végétal qui, depuis des siècles, puise son carbone à l'acide carbonique de l'air qui en contient peu.

\u point de vue physiologique, l'iode joue un rôle primordial dans le règne animal et surtout chez l'homme et les vertébrés en général, où son Métabolisme est une des fonctions des plus importantes. Le rôle de la glande thyroïde à pris ces dernières années une place de premier plan depuis la découverte de l’iode dans ce corps par Baumanx (71). Cette glande à, entre autres fonctions, celle principale du Métabolisme de l'Iode. La teneur en iode du corps thyroïde varie assez fréquemment et peut même être totalement nulle dans certains cas pathologiques.

Cette débilitation iodée que l'on constate dans la glande thyroïde, héréditaire ou acquise, peut provoquer des affections graves, telles que l’atrophie infantile, le rachitisme, le nanisme, le crétinisme, etc...

Au moment de la croissance, à certaines périodes de la vie, les activités de l'organisme augmentent. Il Ÿ à un accroissement de la métabolisation et le corps thyroïde jouera un rôle primordial dans le développement de l'individu et l'équilibre de l'adolescent sera conditionné par un métabolisme régulier de l’iode

Il arrive parfois que, par suite d’une augmentation considérable d'activité et d'un manque d'iode dans le sang, la glande croît de façon anormale et s’hvpertrophie (hypertrophie atrophique), comme pour rassembler toute la quantité d'iode nécessaire à l'organisme.

On a observé que, si au cours de cette période de l'adolescence, on administre de l’iode, on peut prévenir cette hypertrophie et

même faire décroître une hypertrophie existante et ramener la glande à son état normal.

En raison de la concordance observée entre l'affection du goître, ou hypertrophie atrophique par hypoiodisme, de la glande thyroïde, avec l'absence d’iode dans les eaux et dans l’alimentation végétale de certaines contrées, plus particulièrement montagneuses, il nous à paru important de connaître, au point de vue physiologique, quels sont les aliments les plus propres à apporter de l’iode à l'organisme.

Nous avons donc recherché parmi quelques végétaux alimentaires les plus usuels quels étaient ceux qui contenaient de l’iode.

Nous signalerons nos observations sur l'absorption de l’iode par la plante, ainsi que nos observations sur l'élimination de l'iode chez l'animal, en notant l'importance primordiale de la glande thyroïde.

Enfin, en résumant les faits, nous ajouterons en termes de

conclusion, les considérations physiologiques qui en découlent.

CHaTIN (1), le premier, sur les conseils de Tnenarp, à recherché l’iode dans les corps telluriques et y a consacré une partie de sa vie scientifique. C'est à la suite de ses recherches sur la présence de l’iode dans le cresson et certaines plantes aquatiques que CHAT en avait déduit que cette présence impliquait son existence dans les eaux elles-mêmes ainsi que dans les terres, concluant ainsi

La richesse des eaux en iode peut être présumée d'après la nature plus ou moins ferrugineuse des terrains qu'elles lavent;

La proportion de l’iode croît ordinairement dans les eaux avec celle du fer ;

Les eaux des terrains ignés sont plus iodurés, en moyenne et surtout plus uniformément iodurées que celles des terrains de sédiment ;

Les eaux des terrains essentiellement calcaires et magnésiens sont très peu iodurées ;

Les iodures ne sont pas nécessairement proportionnels aux chlorures ;

Les rivières alimentées par les glaciers contiennent fort peu

d'iode ;

Les eaux des rivières sont, en moyenne, plus iodurées que celles des sources ;

Les eaux de puits sont à la fois les plus chargées de sels terreux (de chaux et de magnésie) et les plus pauvres en iode.

L'iode des eaux ne peut venir que du sol ; sa proportion varie avec les terrains : donc ceux-ci doivent être iodurés et à des degrés divers. De nombreuses analyses montrèrent qu'en effet les roches, les minéraux, le sol arable, les corps simples même réputés purs contiennent de l’iode en proportion variable suivant leur nature.

De la présence de l’iode dans la terre végétale découlait celle de ce corps dans les plantes et les animaux terrestres.

Dans un milieu et dans des conditions semblables, le vin, dans lequel la proportion de l’iode varie avec la nature du sol, est toujours, dans une contrée donnée, plus ioduré que l’eau ; le lait l'est plus que le vin ; le lait d’ânesse plus que le lait de vache. L'’iode se concentre aussi dans les œufs, à ce point qu'un seul œuf de poule en contient quelque fois autant que deux litres d'eau et qu'un litre de lait.

La disparition lente, mais spontanée de l'iode contenu dans les eaux douces, sa volatilisation rapide quand l’eau est chauffée et sa présence dans les produits de la distillation, son élimination des eaux dures, si rapide que c’est rarement qu'on parvient à l'y découvrir, même quand celles-ci sortent de terrains très ou sont autant de circonstances qui ont frappé CHATIN.

Où allait l'iode qui quitte les eaux à la suite de la décomposition spontanée des iodures de chaux, de magnésie ou de fer, qu'elles renferment ou qui sv forment nécessairement toutes les fois (et c'est le cas ordinaire) qu'elles ne sont pas alcalines ? Dans l’air sans doute.

Ainsi posé, le problème était à moitié résolu, un appareil approprié au lavage de quelques 1.000 litres d'air a fait le reste. Comme contre-épreuve, l'iode a été cherché et trouvé

dans les eaux de pluie, qui, se réunissant peu à peu dans l’atmos-

L'IODE DANS L'AIR, LES TERRES ET LES EAUX Il

phère et la traversant dans une grande étendue se trouvent dans les conditions les meilleures pour la dépouiller de liode qui s'y élevait incessamment de la surface de la terre. L'analyse de l'air expiré à d'ailleurs prouvé que la plus grande partie de

l'iode est fixée par les poumons dans l'acte de la respiration.

Les recherches dont Crarix rend compte, ont été faites pour la plupart sur des matériaux recueillis dans les Alpes de la France et du Piémont et un grand nombre d'analyses ont été faites sur

place.

Les observations par lequelles cet auteur était amené à penser que l'iode existait dans l'atmosphère, et bientôt après à y constater directement sa présence, ne permettaient pas de s'arrêter à l'hypothèse suivant laquelle ce corps serait porté dans Pair par l'action dynamique des vents à la surface des eaux salées, des eaux douces et du sol, desquels il serait enlevé au prorata du chlorure de sodium et des autres composés chimiques. L'iode se présentait au contairre comme un élément à ajouter à ceux dont la place à été fixée par les travaux antérieurs dans la compo-

sition générale de l'atmosphère.

te)

CHATINX à réuni, dans de nombreux tableaux, les recherches qu'il a faites sur l'atmosphère des Alpes, soit directement par le lavage de l’air, soit indirectement par l’analvse des eaux pluviales. Viennent ensuite, afin de montrer qu'au moment même où CHATIN parcourait les Alpes, l'atmosphère de Paris avait conservé sa constitution normale, les résultats fournis par des lavages d'air faits à l’aide d'appareils qui v fonctionnaient en son absence, et par les pluies recueillies à la même époque.

Enfin Cnam établit par d’autres tableaux d'analyses faites sur divers points et à des époques variables le contraste entre l'atmosphère des Alpes, si pauvre en iode, et celle des contrées où cet élément est relativement abondant. Ces tableaux offrent, dans des colonnes spéciales, la notation des vents, de la tempé-

rature, de la hauteur.

Si nous considérons les résultats de CHATIN, nous arrivons à ces conclusions

Sur les sommets et dans les vallées des Alpes, l’air et les eaux douces, aussi bien les eaux légères que celles où dominent Îles sels terreux, sont presque également pauvres en iode.

Qu'à une certaine distance des grands massifs, l'air et les eaux légères sont riches en iode.

Que les eaux dures sont presque toujours peu ou point iodurées, quel que soit l’état de l'air.

Que, par conséquent, il v a toujours parallélisme entre l'air et les eaux potables légères, à l'exclusion des eaux séléniteuses, d'où se déduit encore comme corollaire, la posibilité de déterminer l’état de l’air par celui des eaux légères et réciproquement.

Et enfin, que les eaux minérales, celles du moins qui paraissent se former au-dessous de la zone de terre perméable aux eaux communes, sont, indépendantes et de l’état d'ioduration de ces dernières et de celui de l'atmosphère.

Enfin, Cnarix donnait les conclusions suivantes

« Peut-on en ayant égard à la somme d'iode répartie soit dans l'air, soit dans les eaux, soit dans le sol, et les productions alimentaires, reconnaître qu'il v a coïncidence entre l’abondance de ce principe et l'absence complète du goître et du crétinisme, entre sa diminution progressive et le développement correspondant de ces maladies ? », CnATIN répond

1°. — Le goître et le crétinisme sont inconnus dans les contrées normalement iodurées.

>°. — Ges maladies se montrent quand là proportion de l’iode diminue.

3°. — L'iode est le spécifique du goître.

Un certain nombre d'eaux minérales contiennent de l'iode. Il faut noter que d'une façon générale l’iode se retrouve dans

les eaux ferrugineuses et sulfureuses.

Aux travaux de Cnarin, il convient de rapprocher les résultats

de À. GAUTIER (6) sur la présence de l’iode dans l'air.

Il en résulte que

1°. — L'air de Paris contient moins de 1/500 de milligramme d'iode libre ou à l’état de gaz iodés dans 4.000 litres d’air environ. Sous cette forme, l’iode n'existe pas, ou n'existe pas en quantité sensible dans l'air de Paris, ni dans celui des bois, de la montagne ou de la mer ;

Le)

2°. — Il en est de même de l'iode qui pourrait à la rigueur se trouver dans l'air à l’état de sels solubles (iodures ou autres) en poussières extrêmement ténues.

3°. — Au contraire, pourvu qu'on agisse sur 2.000 à 3.000 litres à Paris, sur 200 à 300 litres à la mer, on trouve dans l’air une petite quantité d’iode sous une forme fixe et insoluble dans l’eau. Cet iode ne, devient sensible qu'après que la bourre de coton de verre où il s’est déposé a subi l’action de la potasse fondante. Ce métalloïde semble contenu dans’ l'air sous forme de principes iodés complexes, peut-être d'algues, lichens, mousses, schizophytes ou spores en suspension.

Sous cette forme d'iode organique en suspension dans l'air

À. GAUTIER trouve :

SUD OOOILIECS AR PATIS 2.0. O0 Mgr. OOI9 — A Mer) O Mgr. 0167

à 4o m. au-dessous du sol :

lode, pour 100 gr. de poussières o mgr.066

à 77 m. au-dessus de la rue :

Jode pOur 00 2T 00e SRE Oo mer.b51

L'iode de l'air se trouve donc accumulé dans les parties les moins denses des poussières ; il ne devient sensible qu'après fusion à la potasse ; il est surtout abondant dans l'air de la pleine mer où ne se rencontrent pas de poussières minérales insolubles, mais où sont emportées les spores, algues et débris du plankton.

Toutes ces constatations portent à penser que la majeure partie de l’iode de l'air paraît surtout originaire d'algues microscopiques ou de spores iodées d’origine marine, sans que rien ne démontre toutefois que les végétaux terrestres inférieurs ne puissent fournir aussi une partie de ce métalloïde.

« Il ne paraît pas que l’iode existe dans l'air, du moins en « quantité sensible, à l’état de vapeur provenant de la décom- « position, expérimentalement établie, des ioaures alcalins par « l’oxygène en présence de l'acide carbonique (Berthelot) au par « l’ozone atmosphérique. Je n’en ai pas trouvé sous cette forme «1/500 de milligr., dans 4.000 lit. d’air. L’air de Paris, des bois, « de la montagne et de la mer elle-même ne m'en fournit pas « davantage, soit à l’élat organique, soit à l’état d'acide iodhy- « drique, soit sous celui d’iodures alcalins ou terreux issus de la « mer ou du sol. » (A. GAUTIER.)

L’Iode dans l’eau de mer

L'iode dans l'eau de mer à été tout particulièrement étudiée par À. GAUTIER, dont il faut rappeler les conclusions

« Depuis Marchand (5), de Fécamps, qui donna le chiffre excessif de ÿ mgr. d’iode par litre d'eau de mer (il opérait sur l'eau du rivage où l'iode se concentre), jusqu'à Stephenson Macadam (8), qui assurait qu'il faut évaporer plusieurs gallons d'eau de l'Océan pour v trouver 1/500.000 de grain d’iode (Jour. F. prakt. Chem., T. VIIL le gallon étant de 4 lit. 54 et le grain de 53 mgr., ce serait, d'après cet auteur, au maximum o mgr. 00012 d'iode qu'on trouverait par litre d’eau de mer), à Koættstoffer (9), qui en trouva 1 mgr. en 5o litres (Zeitsch F. analyt. Chem., II Heft, Octobre 1878) et à Boussingault (ro) qui déclarait qu'il est à peu près impossible de trouver de l’iode dans l’eau de mer (Ann. de Chim. et de Phys., 2° série, T: XXX, p. 94 et 95), cette question était restée irrésolue. »

L'eau était puisée à l'entrée de Ia Manche, à 40 km. environ des côtes, à peu près à mi-chemin entre Brest et l'Ile de Guernesey. Douze litres d’eau de mer étaient prélevés à la surface, avec toutes les précautions convenables. Cette eau, transportée au laboratoire dans deux. bouteilles bouchées à l’émeri, fut traitée pour la recherche de l’iode par la méthode dont le principe, en réalité, est dû à J. KrurwiG (11) (Deuts.Chem. Gesell, T. XVII, p. 341. Pour son application, voir Déchan, Bull. Soc. Chim., DXINHS ESS Er XL D :342);

Or, lorsqu'on cherche ainsi liode dans un litre d’eau du plein océan, on n'en trouve pas une trace.

Il n'existe pas trace d'iodures minéraux dans cinq litres d’eau de mer, ou, du moins, il y en à une quantité inférieure à O LT. OOOI.

« Désormais, convaincu de ce fait, en apparence paradoxal « (car on retrouve l’iode dans le sel de cuisine extrait de l’eau de « mer (Koœættstoffer, cité plus haut, à trouvé o gr. 008 d'iode « dans un kilogr. de sel de cuisine ordinaire) et dans les algues « qu'elle baigne), et me rappelant ce que j'avais observé déjà « pour l'air atmosphérique, qui, tout en contenant de l'iode « organique n'en fournit pas la moindre quantité sous forme « d’iodures, je me suis demandé si l’iode existerait dans l'eau « de mer à l’état de corps organisés (spongiaires, algues micros- « copiques, ete.), ou de composés organiques iodés, tels que « les nucléines iodées, la spongine, l’iodothyrine, etc. ».

Pour se rendre compte, À. GAUTIER, a repris le résidu resté insoluble dans l'alcool étendu des 5 litres d’eau de mer où il avait déjà recherché (inutilement) l’iode minéral. Ce résidu fut humecté de potasse pure concentrée mélangé de potasse en plaques exempt d'iode, et le tout fut chauffé jusqu'à fusion complète, dans une capsule de nickel pur, dans le but de détruire toute matière organique. Il se dégage l'odeur alcaline et ptomaïnique due à la destruction des matières organiques azotées complexes. Après refroidissement, le résidu placé dans la glace fut saturé avec précaution par l'acide sulfurique étendu, réalcalinisé faiblement et repris par l’alcool à go°. Celui-ci fut cherché dans le produit résiduel par la méthode précédente.

L'auteur à trouvé :

Soit: Iode organique total pour 1 litre 2 mgr. 4o

lode organique total pour 5 litres r2 milligr.

Selon A. GauriEr, l’iode existe bien dans l’eau de mer en quantité pondérable, du moins dans celle qui a été puisée à la

surface où à faible profondeur, mais la matière iodée est entièrement insoluble dans l'alcool étendu et liode n'apparait qu'après fusion à la potasse.

Cet élément s’y trouverait donc à l'état organique et sous cetle forme il existerait dans l’eau de mer en quantité très sensible, qu'on peut doser même dans 16 gr. d’eau.

Après avoir examiné l’eau au microscope, on trouve que la masse du dépôt est composée d'une matière muqueuse dans laquelle sont plongés une quantité de débris minéraux, charbonneux et organisés. Parmi les corps organisés on reconnait des fibres ligneuses, des spores de végétaux et d'animaux, des spicules d’éponges, de rares fragments d'insectes, des flagellés, des rotifères et surtout des diatomées variées, parmi lesquelles des espèces appartenant aux genres Coscinodiscus, Ullosira, Campylodiseus, Sarizella, Amphora, Synedra, Nitzchia, Navicula, Pleurosigma, etc.

Le dépôt organisé recueilli sur le biscuit de porcelaine n’a pas paru atteindre par litre le poids de o gr. or.

Le dépôt correspondant à 5 litres d’eau de mer et le filtre de biscuit où il s'était formé, furent fondus avec la potasse et, l’iode

dosé, on trouva :

lode des parties organisées de 5 litres d’eau de pleine mer

LÉ SNMP MEN ANRT 2 mers. Ô

L'eau de mer qui avait été filtrée sur biscuit fut, à son tour, évaporée après alcalinisation et le résidu traité par la potasse caustique, fondante.

On y dosa ensuite l’iode par le procédé (Bull. Soc. Chim., T. NEMIL, p'35rét TXL, p. 342), on trouva :

Tode organique dissous en 1 litre d’eau de pleine mer Todes.2 re 1 mgr. 80

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