PATHOGÉNIE DES ACCIDENTS
1° Théorie de la compression.
Pour l'interprétation de ces nombreux cas de craniectomie efficace, nous devons nous demander comment a agi la trépanation ? Mais pour examiner utilement cette question, il nous faut auparavant en résoudre une autre dont la solution nous paraît ici capitale. Quelle était la cause des accidents observés?
Là-dessus, si nous consultons les auteurs, la plupart nous répondent : Les accidents sont dus à la compression des centres corticaux-moteurs. Cette compression réalise Ja lésion irritative nécessaire pour créer l’épilepsie jacksonienne, L’irritation est identique quelle que soit sa cause (hyperostose, kyste traumatique, esquille osseuse, ete.). Ainsi s’explique ce fait que des lésions variées se traduisent par des phénomènes identiques, toutes agissant par le même mécanisme : la compression du cortex. La trépanation enlève l’agent de la compression et fait ainsi cesser les accidents qui en résultatent.
Cette explication se retrouve dans presque tous les travaux publiés sur la question. Pour nous, disons-le tout de suite, nous ne saurions l’accepter au moins pour la grande majorité des cas.
Et d'abord, est-ce bien à une compression du cortex
=. ER que sont dus les accidents assez variés que nous confondons à dessein dans cette étude de lépilepsie jacksomienne ?
L'examen attentif des observations suffit à montrer que si, dans quelques cas, on pourrait soutenir qu’il en est ainsi, dans nombre de cas, il n’y avait pas de compression du cortex. Ainsi, quand il est question d’un épaississement Jéger du crâne, d’une adhérence anormale de la dure-mère à l’os, d’un épaississement de cette membrane ou de son pincement entre les bords d’une solution de continuité osseuse, de toutes les causes enfin qui ne produisent qu’une légère dépression de la dure-mère, le doute nous vient malgré nous sur la réalité de cette compression. Aussi pour être logique, est-on amené avec la théorie de la compression à supposer avec M. Lucas Championnière qu’il suffit d’une irritation légère de la dure-mère dans la région pariétale pour provoquer des troubles moteurs du côté opposé du corps.
Mais nos doutes sur la théorie pathogénique de la compression s’accroissent quand nous voyons combien il y a peu de rapports entre l’intensité des symptômes et l’intensité de la compression supposée, Si les accidents étaient dus à la compression, leur importance devrait être parallèle à celle de la dépression méningée. Nous avons dit à propos des symptômes que cette corrélation n'existait aucunement.
Si nous examinons maintenant comment se développent les symptômes, nous sommes étonné de voir combien longtemps peuvent exister, sans amener de troubles, ces mêmes lésions (enfoncements du crâne, embarrures, corps étrangers, esquilles) qu’on accuse d’agir par compression.
Nous sommes alors amené à nous demander pourquoi
RE ces prétendus agents de compression restent sans effet pendant un certain temps, et pourquoi les accidents éclatent à un certain moment sans qu’on ne puisse souvent invoquer aucune modification dans la position ou la grosseur de l’agent compressif.
Si nous essayons de résoudre ces questions, nous devons nous rappeler qu’une même cause a toujours le même effet ; si nous admettons la compression dans un cas déterminé, nous devons l’admettre dans tous les cas analogues.
Quittant pour un moment le terrain de nos observations, cherchons si le cortex est réellement aussi sensible aux causes de compression qu’il nous faudrait l’admettre si nous adoptions les idées généralement admises sur la pathogénie des accidents tardifs des traumatismes craniens.
Cliniquement, il faut l'avouer, la dure-mère et le cortex cérébral peuvent être déprimés et déplacés de façon même considérable sans qu’il en résulte des troubles sérieux. La littérature médicale abonde en cas de ce genre. Les revues médicales fourmillent de cas de tumeurs parfois volumineuses, déterminant de vastes dépréssions qui ont pu porter sur toutes les régions du cortex et dont la présence ne s’est traduite par aucun symptôme d’irritation cérébrale.
Volkmann, Oré, Abernethy, Langenbeck, Stromeyer, Le Fort, Nélaton, Léon Tripier, ont cité des cas de ce genre . M. Bürr récemment en citait un cas probant avec autopsie. |
Très nombreux sont aussi les cas de périostite ou d’ostêite syphylitique ou autre des os du crâne, produi-
! Bürr, Americ. Journ. of insanity, avril 1891.