‹ Contribution à l'Étude du Nystagmus des MineursChapitre 7 sur 28 · AS" Æ · texte numérisé non relu

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Docteur Pechdo, de Villefranche, dans une revue longue et documentée publiée dans les Annales d’'Oculistique.

Ses observations ont porté sur les houilleurs de Decazeville, des deux puits de Cransac, de Carmaux, enfin de Villefranche, même sur les ouvriers de mine d'argent. Les conditions de travail y sont, dit l’auteur, fort différentes de celles des ouvriers du nord de la France, Dans les trente et une exploitations houillères, on creuse des galeries de 2",50 de hauteur; le piqueur attaque à la pioche la houille sur une hauteur de 2,50, il est debout et n'a pas de position plus pénible que le terrassier au dehors. Il n’y a pas d'ouvrier haveur. Les boiseurs, les rouleurs, les surveillants et quelques géomètres complètent le personnel.

A Carmaux, le houilleur est en couche de 1",80 à 4 mètres. On n’exploite pas les couches de moins de 1",80. L’ouvrier prend dans son travail la même position que celui de Decazeville, les galeries y ont la même hauteur.

Enfin, aux mines argentifères de Villefranche, l’ouvrier, plutôt mineur que piqueur, travaille toujours dans des galeries assez hautes pour ne pas être obligé de garder toujours une position forcée.

A la Compagnie de Decazeville, Cransac, Carmaux, les ouvriers emploient dans quelques chantiers les lampes à feu nu ; mais, dans la plupart, ils se servent de lampes de sûreté (système Marsaut).

Parmi les diverses catégories d'ouvriers, les piqueurs chargés de détacher les blocs de houille à la pioche, les boiseurs qui élayent les galeries sont les plus frappés ; les surveillants le sont moins : ceux-ci sont chargés seulement d'inspecter les chantiers, mais ils viennent aussi, au

moyen de la lampe de sûreté, s'assurer, dans les parties supérieures de la galerie, de la présence ou de l'absence du orisou. Les rouleurs, qui véhiculent sur rails le charbon enlevé, sont peuatteints, et ceux quisont pris sont toujours de vieux ouvriers qui travaillent au moins depuis dix ans dans les puits.

En raison de ces considérations, le docteur Pechdo est amené à infirmer les théories de Snell, Warlomont et Dransart que nous allons exposer tout à l'heure. « En effet, dit, ouvrier houilleur est debout, le plus souvent sur ses jambes, attaque à la pioche la muraille de charbon comme le ferait un terrassier au dehors. La hauteur du point d'attaque a été de 2",50, rien n'aurait empêché de l’établir plus haut ou plus bas dans des masses de charbon si considérables. De par sa position, il n’est donc exposé à aucune fatigue des élévateurs, comme la fait remarquer Romiée ; nous le verrons plus loin. La plupart du temps. le houilleur à son regard dirigé bien au-dessous de horizontale : voilà pourquoi, dans le Nord, les mineurs travaillant dans des culs-de-sac mal aérés, à plafond bas (c’est en haut que s'accumulent les gaz délétères plus légers que l'air) ; voilà pourquoi les boiseurs qui doivent travailler dans les parties supérieures des galeries, les surveillants qui promènent leurs lampes en haut pour y chercher le grisou, sont souvent frappés ; voilà pourquoi les rouleurs le sont moins, qui travaillent dans les galeries mieux aérées ; voilà pourquoi la proportion de nystagmiques est directement en rapport avec la présence du grisou, à tel point, que, dans la mesure arbitrale rendue après la grève de Carmaux, il fut décidé qu'il serait établi un roulement dans les mines, de façon que les mêmes

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ouvriers ne travaillent pas toujours dans les galeries « a mauvais air » ; les mines à mauvais air étant généralement les moins élevées.

Cette hauteur des galeries influe sans conteste sur la production du nystagmus, mais est-ce en raison de leur aération ?

Tel n’est pas l’avis de M. Dransart, pour qui la fréquence et l'intensité de laffection sont en raison inverse de l’élévation de la couche, mais parce que, dans ces couches, le mineur, plus commodément installé, fatigue moins son regard, ses muscles oculaires. Dans cette théorie myopathique, la cause prépondérante et déterminante, la cause sine qua non du nystagmus serait l'effort musculaire du groupe des élévateurs et celui des droits interne et externe.

Cette théorie, soutenue longuement par M. Dransart, dans les nombreux travaux cités plus haut, est aussi celle de nombreux ophtalmologistes. Warlomont, à divers congrès, et dans son article du Dictionnaire de Dechambre, Meyer, Abadie, Siméon Snell, Ziemenski, M. le professeur Gayet, dans une récente clinique, en sont également les partisans.

M. Dransart ne reconnait, dans la genèse du nystagmus, aucune influence à l’anémie et à la mauvaise aération. Il estime d'autre part que le défaut d'éclairage joue un rôle important dans sa production, mais que ce rôle, si considérable qu'il soit, doit céder le pas devant un facteur plus important et plus essentiel : la fatigue musculaire des élévateurs et des muscles droit interne et droit externe.

Remarquons tout d’abord que, dans les puits du Nord,

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où l’auteur à puisé les éléments de ses études, les conditions de travail sont bien différentes de celles que nous signalions tout à l’heure à Carmaux et à Decazeville. Là, dans la majeure partie des puits au moins, peu de galeries élevées et droites, mais des couches basses et inclinées, dans lesquelles le mineur est obligé de travailler souvent couché, rampant à terre, gêné dans ses mouvements, obligé de forcer son regard dans des positons anormales.

Aussi l’auteur a-til été conduit à chercher, dans cette fatigue de la musculature oculaire, la cause la plus probable des oscillations de l’œil nystagmique.

Le mineur, dit-il, est obligé d'élever son regard, soit qu'il travaille debout dans des couches de 1,50 et plus, soit qu’il soit obligé de se coucher sur le côté ou sur le dos, dans des galeries de 0,50 centimètres. Ce travail engendre souvent un surmenage des muscles élévateurs et des droits latéraux, qui, peu à peu, subissent une altération fonctionnelle. De là, défaut d'équilibre des muscles oculaires entre eux; de là, l’oscillation nystagmique, qui se produit exclusivement quand le regard est dirigé du côté des muscles surmenés ; tantôt c’est dans le regard dirigé directement en haut; tantôt, et le plus souvent, c’est dans la direction oblique à droite ou à gauche, que le nystagmus se met en train.

L'anémie des mineurs est une des causes prédisposantes de cette parésie oculaire, de même que les vices de réfraction, les lésions nerveuses et les affections générales qui n'ont qu'une influence minime eu égard à celle de la myopathie. Ilen est de même dela parésie de l’accommos dation dont l'influence est peut-être plus grande que celle

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des causes prédisposantes précilées, mais dont l’action influe exclusivement sur les muscles droits internes. Sans Jamais pouvoir être une cause déterminante du nystagmus, la parésie d'accommodation est plutôt un effet qu’une cause du nystagmus.

M. Dransart combat tout spécialement une théorie que nous exposercns tout à l’heure et qui est celle de la lampe de sûreté, de l'insuffisance d'éclairage.

« Si la lampe de sûreté, dit-il, ou autrement dit, si le défaut d’excitation rétinienne ou bien la parésie d’accommodation étaient la cause prépondérante ou déterminante du nystagmus des mineurs, l’accès de nystagmus se produirait indifféremment dans toutes les directions du regard, à la façon des autres genres de nystagmus qui ont cette éliologie.

« Or, chez les mineurs, la direction élevée et oblique du regard est la cause déterminante du nystagmus. C’est ce qui fait du reste son caractère pathognomonique, c’est aussi ce qui indique que le facteur constant de ce nystagmus, c'est la parésie des muscles qui dirigent le regard obliquement en haut, à droite ou à gauche.

« Ce qui prouve encore cette maniére de voir, c’est que lenystagmus completse rencontre surtout chez les haveurs (piqueurs) et les boiseurs. »

Voici les proportions données par M. Dransart :

Haveurs (piqueurs). .... SFA DoISOUTeR MER ns 200 Ouvriers divers. ...... QE

Si la lampe de sûreté était Le facteur prépondérant et déterminant du nystagmus, l'affection se verrait à égales proportions et au même degré chez tous les ouvriers sou-

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mis à ce mode d'éclairage. Nous venons de voir qu'il n’en est pas ainsi dans le nord de la France, où le nystagmus évolue surtout chez les haveurs, c’est-à-dire chez ceux qui surmènent le plus les muscles oculaires précités.

« D’autres raisons, continue M. Dransart, s'ajoutent aux précédentes. Dans deux exploitations voisines : luneayant des lampes de süreté, l’autre des lampes à feu nu, c’est dans cette dernière que j'ai rencontré le plus grand nombre de cas de nystagmus confirmé grave. La raison en est claire si on s'inspire de notre théorie. En effet, dans Pexploitation à lampes de sûreté, les veines ont une hauteur de deux mètres ; et dans lexploitation à lampes nues, les couches ont une élévation qui varie de 0,45 centimètres à un métre.

« L'exploitation où j'ai rencontréle maximum de cas de nystagmus grave, a des couches qui généralement sont inférieures à un mètre ; et cependant son éclairage est le

suivant :

lampestaues- » puits.

Lampes de sûreté. ... 1 puits.

« Aux mines de Douchy, le nystagmus grave est excessivement rare dans les couches de deux mètres, éclairées à la lampe de sûreté. »

En conséquence, M. Dransart formule les conclusions suivantes, que nous citons textuellement :

« Si, d’une part, nous nous souvenons :

« 1° Que le nystagmus n’est généralement en accès oscillatoire que dans une direction élevée et souvent oblique du regard, pour s’arrêter quand le regard est en bas.

« 2° Que le nystagmus léger ne passe à la forme grave,

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que très rarement dans les eouches élevées, même quand la lampe de sûreté est le mode d'éclairage.

« 3° Que le nystagmus grave a son maximum de fréquence dans les couches basses, inclinées et éclairées par des lampes desüreté, là où le mineur travaille couché.

« 4° Que le nystagmus grave est également fréquent dans les puits où les couches sont basses, inclinées et éclairées par des lampes nues.

« 9° Que le nystagmus grave se voit exclusivement chez les haveurs et les boiseurs, chez les ouvriers qui fatiguent le plus les muscles élévateurs et les droits latéraux.

« Si, d'autre part, nous rapprochons ces données de absence de nystagmus constatée par les docteurs Fabre, de Commentry ; et Lecœuvre, de Montceau-les-Mines, là où il y a des veines élevées et éclairées par des lampes diverses et aussi de l’absence de nystagmus constatée par le docteur Killam dans un district où les ouvriers travaillent debout ou assis sur des tabourets, nous avons toutes les raisons pour établir la pathogénie suivante :

« Le nystagmus des mineurs est une névro-myopathie analogue à la crampe des écrivains.

« Le surmenage des muscles élévateurs et des droits latéraux d’une part, le mauvais éclairage d’autre part sont les deux facteurs principaux du nystagmus chez les mineurs. |

« Le premier de ces facteurs joue le rôle prépondérant et déterminant : il agit en produisant un défaut d'équilibre entre les différents groupes musculaires de l'œil et il est d'autant plus efficace que la galerie de travail est moins élevée.

« Le second facteur agit en rendant plus pénible le tra-

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vail de fixation, ce qui augmente la fatigue des muscles oculaires précités. »

Telle est la théorie myopathique à laquelle M. Dransart a attaché son nom.

C’est celle à laquelle, s’est rattaché récemment M. S. Snell (Soc. d’opht., de Londres, 11 juin 1896). Pour lui, le nystagmus n’est pas l'apanage exclusif des ouvriers des mines, mais il se rencontre fréquemment aussi dans les autres professions exigeant des efforts continus des muscles oculaires. Il cite notamment Michel-Ange qui fut pris de troubles oculaires lorsqu'il était occupé à peindre les fresques de la chapelle Sixtine, Vasari quand il décorait le palais des Médicis.

Pour S. Snell, le nystagmus dû à des professions autres que celles des houilleurs (typographes, certains ouvriers employés à des travaux métallurgistes spéciaux), serait en général moins marqué que celui des ouvriers des mines.

Toutefois, les arguments exposés par M. Dransart sont discutés et combattus par de nombreux auteurs dont les principaux sont MM. Romiée, Thomson et Court.

Le point essentiel de la théorie de M. Dransart, c’est la position du regard pendant le travail dans la mine, où ouvrier est obligé de travailler, les globes oculaires üraillés en haut.

Mais, est-il vrai que les haveurs travaillent en regardant en haut et qu’ils surmènent ainsi leurs museles élévateurs ? M. Dransart l’affirme, M. Romiée le conteste. Celui-ci est allé lui-même examiner les haveurs travaillant dans les galeries basses ; il les a vus regarder devant eux, et le plus souvent au-dessous de l’horizontale et non

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pas en haut comme le dit M. Dransart. M. Romiée ne s’est pas borné à ses observations personnelles : il a soumis la question en litige à l’appréciation de directeurs ou d’ingénieurs de houillères qui ont été de son avis.

C'est aussi l’opinion du docteur Court, pour qui le mineur nystagmique n’élève jamais son regard en haut pour travailler, et, cependant, il a trouvé dans le comté de Derbyshire et de Durham un nombre très considérable de nystagmatiques.

En présence de ces affirmations, que devient la théorie de M. Dransart?

D’autres arguments la combattent encore :

Si le droit supérieur, petit oblique et droit interne étaient parésiés par une cause quelconque, les muscles antagonistes devenus prédominants, entraineraient l’œil de leur côté et produiraient un strabisme inférieur ou externe avec diplopie : ce n’est pas ce que l’on voit.

M. Thomson, qui a fait de longues observations dans les mines du pays de Galles, rapporte de nombreux faits en faveur de la théorie de l'insuffisance d'éclairage. On exploite, dans ce pays, deux sortes de charbon : le housecoal et le steam-coal. Les mineurs qui travaillent dans les couches très peu profondes de house-coal sont souvent forcés de rester couchés, et par conséquent de maintenir leurs yeux dans une position oblique ; ils ont, en revanche, une bonne lumière fournie par des lampes découvertes. Les ouvriers qui extraient le steam-coal travaillent debout, avec des lampes de sûreté qui donnent très peu de lumière. Or, le nystagmus est beaucoup plus fréquent dans la seconde catégorie que dans la première. M. Thomson s’est assuré que, dans certaines mines, le nystagmus n’est

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apparu qu'après l'introduction de la lampe de sûreté, et les ouvriers atteints de nystagmus guérissent souvent, lorsqu'on les transfère dans des filons où ils peuvent travailler à la lumière ordinaire.

C’est aussi lopinion de Court, pour qui les mineurs nystagmiques se guérissent souvent en passant d’un puits à lampes de sûreté dans un puits à lampes nues.

Ce dernier auteur a observé dans le comté de Derbyshire :

647 mineurs travaillant à la lampe de sûreté.

732 mineurs travaillant à lampe nue.

Il à trouvé 202 nystagmiques parmi ces premiers ; trois chez les seconds et encore deux de ceux-ci présentaient-ils des troubles cérébraux.

Dans le comté de Durham, il a trouvé : 38 nystagmiques sur 123 ouvriers à la lampe de sûreté; pas un sur 139 travaillant à la chandelle.

Le type de lampe employé dans ces deux exploitations était la lampe Marsaut.

Ajoutons que M. Dransart prétend au contraire avoir rencontré de nombreux cas de nystagmus chez les houilleurs à feu nu. Pour lui, la cause des différences signalées par le docteur Court, vient de l’élévation différente des couches, facteur que M. Court n'aurait pas signalé.

En somme, si nous résumons ces trois théories, nous voyons qu'elles se confirment ou s’infirment plus où moins les unes les autres, ou que souvent même des arguments identiques sont interprétés de façons fort diverses.

Ainsi il est incontestable que c’est dans les galeries basses, inclinées, que se rencontre le maximum de mystagmiques. M. Pechdo en voit la cause dans l’aération

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