RON TES
Car, sans l’existence de ces mêmes globes, ces strates épidermiques feuilletées, malgré leur grande épaisseur, eussent été rapidement exfoliées par les frottements extérieurs. Par leur superposition, irrégulière d’ailleurs, dans les espaces inter papillaires, ils forment une série de colonnes solides enserrant dans leurs intervalles les zones plus friables. On peut même dire que c’est grâce à cette disposition que cette masse cornée exubérante revêt un aspect verruqueux.
Nous croyons utile également d’insister encore sur la constitution de ces globes cornés d’un type tout spécial. On sait en effet, en anatomie pathologique, que les globes cornés sont ordinairement constitués par des cellules épidermiques aplaties et emboîtées les unes au-dessus des autres comme le ferait un bulbe d’oignon, par exemple. Ici, au contraire, les cellules sont restées globuleuses, ne présentant aucune disposition régulière les unes par rapport aux autres. Enfin, en dernier lieu, nous tenons à rapprocher ce type évolutif particulier d’un dispositif, analogue sinon identique, réalisé dans l’acné varioliforme. Depuis les recherches de M. le professeur Renaut (1), on sait que dans le centre des bourgeons ectodermiques des glandes sébacées ainsi transformées, la zone endoplastique des cellules malpighiennes est remplie hâtivement de boules d’une substance cornée jeune, qui ne tardent pas à se réunir en un globe unique contenant le plus ordinairement le noyau de la cellule en son centre. Ces cellules subissent ultérieurement l’évolution épidermique ordinaire, c’est-à-dire perdent leurs moyens d’union, s’infiltrent dans toutes leurs parties de gouttelettes d’éleïdine, meurent, ce qui est indiqué par la disparition du noyau, et se transforment individuellement en de petites boules de corne, constituant ainsi de petits globes épidermiques, pour ainsi dire monocellulaires.
Dans le processus que nous avons eu à décrire plus haut, la première phase est à peu près identique, c’est-à-dire que les cellules malpighiennes tendent à devenir globuleuses par
(4) RenauT. Article « Dermatose » in Dictionnaire des sciences médicales.
l'apparition précoce d’une substance cornée jeune dans leur zone endoplastique, sans cependant attsindre la dimension colossale des cellules de l’acné varioliforme. Mais ensuite, la séparation s’accuse; l’évolution cornée du type épidermique ne se produitpas, les pointes de Schultze ne disparaissent qu’en partie, l’éleïdine ne se montre que dans la portion périphérique de la cellule, son noyau restant toujours visible, enfin la transformation cornée définitive n’atteint pas la vitalité des éléments. Ces derniers, pris isolément, représentent bien un petit globe monocellulaire, mais il n’a pas perdu toute relation avec ses congénères, et de plus, fait capital, il n’est point une boule de corne inerte, mais bien un élément vivant.
En résumé, sans entrer dans le détail du processus qui a présidé à la formation de cette néoplasie cornée, et qui constitue le point original de cette description, nous pouvons classer cette lésion cutanée dans le groupe histologique des papillomes hyperkératosiques.
L'étude précédente montre que, envisagés au point de vue clinique, — le seul qui nous soit possible dans ce travail, — tous ces cas se ressemblent, sauf en ce qui est relatif à l’époque de leur apparition et leur évolution.
Les lésions d’origine congénitale, qui font le sujet des observations III et V, très limitées dans le premier cas, extrêmement légères dans le second, disparaissent. Elles suivent en cela l’évolution, rare il est vrai, des nævi.
Dans l'observation IT, où la dermatose est congénitale, et les observations IT et IV, où elle apparaît quelques mois seulement après la naissance, l’affection revêt un caractère plus grave, par l'étendue et la dimension des lésions. Elle persiste; et dans la suite, les lésions évoluent identiquement dans les
0e deux cas. Le nævus ne se comporte pas autrement que le papillome postérieur à la naissance.
L'apparition précoce de ce dernier permet très probablement d'en rapporter le début, inaperçu des parents, à la vie intra-utérine.
Toutefois, la manifestation apparente des rugosités à des époques différentes, ne nous permet pas de ranger tous ces cas parmi les nævi. Nous venons de voir que, en ce qui concerne l'observation I, identique aux autres au point de vue macroscopique, l'affection est essentiellement constituée : 1° par une augmentation de nombre et de dimension des relèvements papillaires; 2° par un épaississement extrêmement marqué des couches épidermiques. Ces dernières présentent des altérations bien différentes, suivant qu'on les examine au niveau des relèvements papillaires ou dans la profondeur des papilles.
Dans le premier point, Le type évolutif épidermique est normal. Toutefois, la couche granuleuse se compose de trois ou quatre assises vivement teintées par le picrocarmin ; le stratum lucidum est épais, la couche feuilletée énormément développée.
Au niveau des bourgeons interpapillaires, le corps muqueux est altéré dès ses premières assises. Les pointes de Schultze perdent leur netteté. L’altération s’accuse dans les couches supérieures. Les filaments unitifs deviennent granuleux ; les cellules s’infiltrent de bonne heure de gouttelettes d’éleïdine ; de la corne à l’état jeune se dépose dans la zone endoplastique ; ces éléments cellulaires ainsi transformés conservent leur vitalité jusque dans les couches supérieures de l’épiderme.
Al
Ce type évolutif est peut-être spécial au cas que nous publions. Mais nous pouvons conclure, sans encourir le reproche d’inexactitude, que dans tous les cas rapportés on s’est trouvé en présence d’une hypertrophie papillaire d’une part, d’un épaississement épidermique avec surabondance de matière cornée de l’autre.
Pour toutes ces raisons, nous réunirons ces faits sous le nom de papillomes cornés névrotiques.
Dans le chapitre suivant, nous exposerons les raisons pour lesquelles nous préférons cette appellation à celle d'ichthyose hystrix.