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CHAPITRE III

Diagnostic différentiel du papillome corné névrotique et des affections suivantes.

Ichthyose hystrix. — Les observations IT, III et IV sont décrites par leurs auteurs sous le nom d’ichthyose hystrix; l’observation V, due à Neumann, sous le nom de nævus nerveux. Mais, pour cet auteur, ce terme, qu'il emploie indistinctement avec celui de nævus verrugneux, est également synonyme d'ichthyose partielle (1).

Nous n’avons pas encore à envisager la valeur de ces diverses appellations, nous considérerons seulement la première : l'ichthyose hystrix.

Cette affection est décrite dans les traités de dermatologie, au chapitre de l’ichthyose. « L'ichthyose cornée, seu hystrix, se manifeste sous forme d’élevures verruqueuses, situées les unes à côté des au-

(1) Med. Rundschau, février 1878 (in Revue sriences médicales, t. AN).

tres, comme un cordon, entre lesquelles se trouvent des portions de peau normale plus ou moins étendues. Ces élevures ainsi disposées en forme de lignes ou de cordons, suivent ordinairement la direction des nerfs périphériques qui partent de la moelle. » (Hebra.)

M. Kaposi s'exprime à peu près dans les mêmes termes.

Dans une communication faite à la Société viennoise de dermatologie, le 11 juin 1890, le savant dermatologiste rapporte le cas suivant :

Enfant de 4 ans, issu d'une famille bien portante, atteint d'ichthyose hystrix. Les saillies granuleuses mesurant jusqu’à { centimètre de hauteur, sont très nombreuses, principalement sur les membres. Elles sont disposées en traînées correspondant au trajet des nerfs. (Annales de dermat. et de syphil, 1891.)

M. Kaposi considère l’affection comme un papillome congénital généralisé.

Cette observation et les cas analogues cadrent bien peu avec l’ichthyose. Du reste, dans son traité des maladies de la peau, l’auteur viennois reconnaît le fait : « l’ichthyose hystrix est, de toutes, la forme qui appartient le moins à l’ichthyose propre. » A propos de cas semblables au précédent, cités dans ce traité au chapitre « Ichthyose », MM. Besnier et Doyon proposent de donner à ces faits le nom de nævi kératosiques. Ils rangent également dans ce groupe l'observation III.

M. Thibierge (1) classe aussi les observations III et IV dans les nævi cornés.

(1) In Dict. des sciences médicales, art. « Ichthyose ».

C’est une opinion analogue que nous trouvons formulée par l’auteur de la Revue de dermatologie de novembre 1880, du New-York medical Journal, au sujet de l'observation II.

Si parfois l'aspect macroscopique des nævi cornés et de l'ichthyose est fort semblable par endroits, identique même en certains points et dans de rares cas, le plus souvent, rien dans cette affection, n’évoque l'idée de l’ichthyose. Ainsi donc, d'accord avec les dermatologistes cités plus haut, nous disjoignons ces faits d'avec cette dernière affection.

Nous ne nions pas pour cela les points de ressemblance de ces deux dermatoses. Dans l’un et l’autre cas, l’épiderme présente une formation incessante de couches cornées. La lésion se reproduit après la chute des squames. N'en est-il pas de même dans certaines kératoses symétriques non héréditaires des extrémités. MM. Lacroix et Audry (1) ont rapporté un cas de cette dernière affection, qui fut suivi, à la suite d'une scarlatine frustre, d’une desquamation totale en lames épaisses. L’affection se reproduisit dans la suite. Dans le psoriasis, les squames ne se reforment-elles pas aussi incessamment. Ce n’est pas une raison suffisante pour réunir dans une même classe toutes ces dermatoses.

Dans les deux affections dont nous faisons ressortir les points analogues, le traitement fournit des résultats semblables. L'eau chaude, les bains de vapeur, la glycérine et les corps gras procurent une amélio-

(1) In Lyon médical, 1892.

SAGE ration passagère lors de leur emploi. C’est là un fait commun aux kératoses.

Il existe entre l’ichthyose et le papillome corné de nombreuses différences cliniques. C'est l'absence d’hérédité qui se rencontre dans les six cas que nous publions, l’ordination des lésions sur trajet nerveux si particulière aux nævi, la localisation indifférente de l'affection. On voit en effet que dans lichthyose même très étendue, il existe certaines surfaces de réserve. Le maximum de développement siège dans l'extension.

Parmi les points respectés figurent la région inguinale, le creux poplité, aux membres inférieurs, la région axillaire, le pli du coude, la partie inférieure de l’avant-bras, le dos de la main, aux membres supérieurs. Ce sont les seules parties affectées dans l'observation I. |

Si l'extension et la flexion sont atteintes, elles le sont également. Les parties génitales, rigoureusement indemnes dans l’ichthyose, ne sont pas toujours respectées par les papillomes cornés. Il est vrai de dire que cette preuve se trouve amoindrie par le fait que, dans des cas rares d’ailleurs, la localisation de l'ichthyose se fait parfois exclusivement, ou tout au moins d’une façon prédominante, aux points de la surface du corps, qui dans la règle sont respectés d’une manière absolue. C’est là l’ichthyose paratypique de M. Ernest Besnier.

L'évolution des papillomes cornés est variable. Ils disparaissent parfois (obs. IIT et V). L'ichthyose per- .siste. Beaucoup de dermatologistes rejettent comme

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ichthyose vraie le cas peut-être unique, cité par Hébra, de guérison de cette affection à la suite d’une desquamation variolique.

Il n'est pas possible d'envisager la question au point de vue histologique. « L’anatomie de la peau ichthyosique, adultérée par la confusion sous le même nom d'ichthyose, de lésions et d’affections différentes, est à refaire entièrement à l'abri de ces causes d'erreur. » (Besnier et Doyon.)

Nævi nerveux.— Les papillomes cornés sont également distincts, lorsqu'ils sont congénitaux, des autres nævisystématisés. Les points communs sont : l’évolution variable, l'absence d’hérédité, l’ordination, la localisation indifférente sur les membres et sur le tronc. Mais l'absence de lésion sur le visage, dans les six observations publiées, permet de conclure que la face est généralement respectée par les papillomes cornés. Elle est fréquemment altérée au contraire par les nævi.

Les premiers diffèrent également des seconds par la possibilité de leur apparition après la naissance ; cette fréquence serait presque de un cas sur deux, si nous en jugeons par les observations que nous avons recueillies.

Leur constitution est aussi bien différente. Nous ne les comparerons pas, cela va sans dire, aux nævi pigmentaires et aux nævi vasculaires simples sur trajet nerveux (observations de Bœrensprung, de Barthélemy, etc., voir l'index bibliographique) ; 1l ny a aucune analogie entre ces deux affections.

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Papillomes neuropatiques congénitaux et nævi verruqueux. — Le parallèle ne peut s'établir qu'avec certains faits publiés sous le nom de papillomes neuropathiques congénitaux et de nævi VerTUQUEUX. La première de ces dénominations a pour avantage de ne pas faire pressentir la lésion décrite sous ce nom ; la seconde au contraire semble indiquer des lésions papillomateuses recouvertes d’un épiderme corné. Les nævi verruqueux sont en effet décrits par MM. Hébra et Kaposi, au chapitre des verrues, sous le titre général de Kératoses avec lésions du corps papillaire. Or, Hébra définit le nævus verruqueux en ces termes : « C’estune surface plus ou moins lisse, recouverte d’un épiderme normal, quoique fortement pigmenté. Pendant les années suivantes, elle présente le plus souvent un nombre considérable de poils aussi gros que ceux de la barbe. » C’est là le nævus boutonneux, de M. Guibout (1). « C’est un papillome, une verrue (nævus verrucosus); on l'appelle vulgairement grain de beauté. C’est une petite tumeur tuberculeuse, de consistance tantôt dure et tantôt molle, de coloration brunâtre par le fait d’une pigmentation considérable et habituellement traversée par un bouquet de poils épais et noirs, qui ressemblent à une sorte d’aigrette. » Nous sommes loin du papillome corné représenté par la verrue. Il n’y a de commun que la dinomination. Et de fait, on publie sous le nom de nævus verruqueux ou sous celui de papillome neuropathique congénital

(1) Lecons cliniques sur les maladies de la peau, 1879.

tout ce qui ne peut être rangé dans les nævi pigmentaires ou dans les nævi vasculaires proprement dits.

Nous trouvons sous le titre de : « Nævus verrucosus unius lateralis », une observation publiée par MM. L. Brocq et Rivet(l)}, dans laquelle la lésion, unilatérale et diversement pigmentée en différents points, consiste essentiellement en une hypertrophie très marquée, verruqueuse, des papilles du derme. Les éléments constitutifs du chorion, papilles, tissus connectif, vasculaire et glandulaire, prennent tous part à l'hypertrophie tégumentaire. Mais ils ne se comportent pas d’égale façon dans toutes les régions. Ici, c'est le tissu vasculaire qui prédomine ; là, le tissu connectif intra-papillaire ou dermique proprement dit; ailleurs, c'est l'élément pigmentaire qui attire à lui seul l'attention, les orifices glandulaires sont fréquemment dilatés, mais non d’une façon constante. En certains points, la lésion semble se localiser autour des follicules pileux. Il en est de même de la consistance de ces productions ; onctueuse, molle, séborrhéique sur presque tout le corps, elle est au contraire dure en certains points, tout à fait cornée par endroits, à l'extrémité du membre supérieur.

Le fait publié sous le nom de dermatome hypertrophique congénital pigmentaire plan généralisé, par M. Gaillard (2), présente le même caractère de dissemblance. Nous ne voulons parler, cela va sans dire, ni

(4) In Annales de dermat. et de syphil., 1883. (2) In Annales dermat, et syph., 1880.

de la forme même des plaques, bandesou lignes, cette irrégularité se retrouve aussi dans le papillome corné, ni du groupement des lésions, mais de la constitution même des points malformés : nævus pigmentaire plan ou surélevé, acné ponctuée, altération des cheveux, lésions circumfolliculaires, se retrouvent dans ce cas en même temps qu'une hypertrophie diffuse en bande du derme.

A la paume de la main, la lésion au lieu d'être constituée par des nodules mous, consiste en saillies dures fixées aux parties sous-jacentes.

Il en est de même, à des degrés divers, dans les autres observations. Il serait fastidieux de les passer en revue, à ce point de vue.

Le papillome corné possède au contraire de l’homogénéité dans ses lésions : saïllies verruqueuses de même nature, diversement colorées et squames.

Nous ne devons insister, nous semble-t-il, que sur certains faits qui paraissent montrer la transition entre le nævus vasculaire et le le nævus corné.

L'observation rapportée par M. Mackenzie (1) sous le nom d’excroissances papillaires suivant des trajets nerveux, est intéressante à ce point de vue.

Voici la description d’un groupe de lésions : « Sur le membre supérieur droit, 1l y a nombre de petites papilles sèches, écailleuses et brunes, sur le côté interne du bras et dans la région contiguë à l’aisselle. » A côté se trouvent des nævi vasculaires sous forme de « papilles rouges, clairsemées formant une ligne de

(1) In Medical Times, 1880.

deux pouces environ dans la partie inférieure de la face interne du bras, immédiatement au-dessus du coude. »

Il existe en outre, dans ce cas, des papilles d'aspect verruqueux et des boutons d’acné sur la face et le cou, où la peau est rude. Cette observation est précieuse à un autre point de vue. Elle montre une évolution très rare des nævi.

Les tractus abandonnèrent ia cuisse durant quelques annéees (le sujet est âgé de 16 ans) et reparurent en ce point, un an environ avant la communication de M. Mackenzie. Il s’agit là d’une affection congénitale.

Thomson (voir l'index) cite sous le nom de nævus verruqueux un papillome en bandes. La lésion était constituée en certains points « par un épiderme dense et comme cartilagineux, se détachant très facilement d'une sorte de noyau vasculaire intérieur. .…. à la partie interne et inférieure de l’avant-bras, ce nævus s'étendait sur la paume de la main et sur la partie interne du petit doigt et de l’annulaire. Dans ces divers endroits son apparence était notablement modifiée, et la peau ne présentait guère qu’un épaississement et une induration de l’épiderme. »

On voit fréquemment les nævi généralisés se revêtir aux mains et aux pieds d’une couche épidermique cornée et dure peut-être due aux frottements répétés de ces régions.

M. Ed. Wherry (l) cite, sous le nom de « congenital

(1) In Praclilioner, 1889.

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neuropathic papilloma », une affection caractérisée en certains points par «une éruption d’un rouge sombre, rugueuse, d'apparence verruqueuse, avec démangeaisons intenses, et composée de petites papules en grappes isolées. Pas de vésicule ou d'apparence de lymphangiectasie. Les éminences rouge sombre sont recouvertes de petites écailles rugueuses et rudes. »

Ce sont peut-être là des types intermédiaires, mais nous sommes encore loin du bloc de corne qui constitue l'affection dont nous nous occupons.

Nævi hérato-pilaires — On ne confondra pas non plus le papillome corné névrotique avec les Naævi hérato-pilaires décrits par M. Hallopeau (1). Les éléments érupüfs siègent dans les follicules pilo-sébacés ; ce sont de petites papules isolées, rouges, surmontées par un cône épidermique, d'où émergent soit un poil adulte ou follet, soit une concrétion sébacée en forme de filament.

(1) In France médicale, 1890.

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