DIAGNOSTIC
En tant que lésion, le phagédénisme s’impose. Toute la difficulté diagnostique est d’en préciser la qualité, l'espèce, la nature, la véritable origine.
S'agit-il d’une inflammation chronique non syphilitique, s'agit-il de phagédénisme chancrelleux, de phagédénisme syphilitique ? Enfin s’il s’agit de syphilis, le phagédénisme tient il à la syphilis ou n'est-il pas plutôt le résultat d’une infection secondaire sur un terrain syphilitique.
Il est bien évident que la première chose à laquelle on songe, en présence d’un ulcère phagédénique, c’est à la syphilis, mais à moins d’évidence, on n’admettra ce diagnostic qu'après recherches des antécédents, examens répétés de la lésion, faits de coïncidences morbides, enquête bactériologique, étude expérimentale, biopsie et examens histologiques. Parfois on s’appuiera surtout sur les résultats thérapeutiques pour poser d’une façon ferme son diagnostic.
L'’ulcère phagédénique chancrelleux n’a pas une base
et un cadre aussi durs que dans la syphilis. Sa circonférence n’est pas circinée. Il s'accompagne souvent d’un bubon inflammatoire aigu, suppuratif. C’est un phagédénisme de surface la plupart du temps, et un phagédénisme *0made, ambulant, souvent serpigineux. On ne trouve chez le malade aucun antécédent de syphilis ; par contre l’on apprend que le phagédénisme s’est développé sur une érosion douloureuse survenue peu de temps, très peu de temps après la possibilité d’une contagion.
Dans le pus se trouve le bacille de Ducrey, et l’autoinoculation est positive.
Dans la syphilis au contraire, l’ulcère est toujours doublé et encadré d’une infiltration d’une dureté bien appréciable ; sa circonférence est faite d’arces de cercle, d’arceaux conjugués. C'est un ulcère le plus souvent térébrant, détruisant en profondeur, agissant sur place et non ambulant. On retrouve des antécédents ou une allure syphilitique. Il n’y a pas de bacilles de Ducrey et l’autoinoculation reste négative. Le traitement spécifique peut modifier très rapidement la lésion.
Mais nous avons vu par les observations, que nous citons, combien il est parfois difficile de retrouver tous ces éléments de diagnostic.C'est ainsi que dans nombre de cas les antécédents de syphilis manquent, que le traitement mixte mercuriel, et ioduré reste absolument impuissant et ne donne aucune amélioration, On pourrait donc croire que dans ces cas le phagédénisme s’est développé sur une ulcération banale. Pour avoir une
certitude diagnostique, il faut s'adresser à l’histologie.
Le diagnostic histologique en faveur de la syphilis reposera sur les caractères suivants comme l'ont montré MM. Dominici et Rubens Duval: 1° type spécial de caséification sans suppuration avec conservation des squelettes conjonctivo -vasculaires (fait surtout fréquent dans les gommes syphilitiques, beaucoup plus rare dans la tuberculose, où l’on a plutôt du pus caséeux, d’où toute trace de collagène a généralement disparu des blocs caséifiés); 2° l'importance des modifications vasculaires, qui sont la dominante des lésions et qui tendent simultanément à la sclérose et à l’endovascularite oblitérante, 3° La métaplasie lymphoide (Dominici) du tissu conjonctif ordonnée par rapport aux axes vasculaires.
Contre la syphilis, on pourra invoquerla très grande rareté des plasmazellen et l'importance de la dystrophie aboutissant à la formation des cellules géantes et des cellules épithélioïdes. Mais les plasmazellen peuvent d’ailleurs être parfois ennombre restreint dans les lésions syphilitiques indubitables, et la dystrophie érytrophile étendue à un plus ou moins grand nombre de cellules est un phénomène fréquent dans les syphilides tertiaires.
C’est grâce à l’histologie que l’on pourra véritablement reconnaître si l’ulcère se développe sur un terrain oui où non syphilitique. Il arrive en effet souvent qu’il se trouve un certain désaccord entre les caractères cliniques et l’évolution thérapeutique des lésions et leur examen histologique. N'est-ce pas ainsi que dans l’observation VIII, les choses se sont présentées. Il fut impossible de dire s’il y avait oui ou non syphilis tertiaire
SE Er à
sous-jacente : les commémoratifs et l'examen complet du sujet n’ont permis de découvrir aucun indice de contamination antérieure, aucun vestige d’hérédo-syphilis : et la manière dont la malade a réagi au traitement anti-syphilitique mixte sérieux institué a été complètement négative de l’existence d’un élément syphilitique. Aussi faut-il admettre dans ces conditions l'existence d’une infection secondaire pour expliquer l'allure de cette lésion greffée sur un terrain spécifique démontré par l’histologie, et sa réaction aux agents thérapeutiques modificateurs. Dans ces cas, la thérapeutique est la pierre de touche de l’infection microbienne, le réactif qui permet de déceler cette infection surajoutée.