INSOMNIES DOULOUREUSES
La douleur est un des symptômes contre lesquels le médecin a également le plus souvent à lutter.
Dans les cas où le traitement étiologique est impossible, soit qu'il n’en existe pas d’efficace, soit que la cause de la douleur elle-même soit inconnue, il est encore souvent utile, et l’on peut dire nécessaire d'instituer une thérapeutique pour calmer le plus rapidement possible le malade et attendre que le traitement causal de l’affection ait produit son effet.
OBSERVATION Î
Mme R.., 34 ans, entre à l’hôpital le 5 octobre, pour kyste hydatique du poumon.
Elle a déjà été opérée de lithiase biliaire.
Depuis quelque temps, elle fait des vomiques avec membranes kystiques et quelquefois lon trouve des kystes hydatiques complets. |
La radiographie localise difficilement une ombre kystique. La malade souffre beaucoup et la morphine lui est administrée en piqûres depuis 15 jours; cellesci sont continuées pendant un mois, la malade ne peut plus s’en passer, et il semble qu’elle est devenue nelttement morphinomane.
L'intervention a lieu le 27 novembre : résection des cinquième et sixième côtes droites. Incision pleurale et pulmonaire. Le kyste est environ à 7 centimètres de profondeur.
Ouverture et évacuation du liquide fétide et de nombreuses hydatides. On met deux drains.
Dans la journée, on administre 2 centimètres cubes de morphine. Les deux jours qui suivent, deux centimètres cubes de morphine.
Le 30 novembre et le 1* décembre : 1 cc. de morphine.
Le 2 décembre, on cesse la morphine.
La malade est très agitée dans la nuit et réclame sans cesse une piqûre.
Le 3 décembre, on fait un demi cc. dans la soirée et on fait prendre une pilule de 0,05 cgr. de phényléthylbarbiturate de quinine.
On obtient une nuit calme.
Les quinze jours suivants on donne 0,10 cer. de phényléthylbarbiturate de quinine, soit 0,04 cgr. de barbiturique et la malade déclare avoir bien reposé.
Le 19, on cesse la médication et le sommeil est plus difficile.
On rédonne 0,05 cgr. du médicament, soit 0,02 cgr.
SASESE
de barbiturique, pendant 3 jours, puis on cesse complètement : la malade est réhabituée au sommeil, e!
ne se plaint plus de ce côté.
Pendant tout le traitement, aucun trouble digestif ni urinaire n'apparait. La tolérance au médicament est parfaite.
OBSERVATION II
(Observation recueillie dans le Service de M. le Professeur LOEPER, Salle Brissaud).
M. Br, 33 ans, présente une sciatique rebelle depuis mai 1936, en avril 1937, une crise est apparue avec douleurs radiantes très pénibles engendrant chez ce malade une insomnie qui ne fait qu’accroître l’irritabilité de son caractère.
A cette date, nous lui administrons 0,10 cgr. de phényléthylbarbiturate de quinine, à répartir en deux prises matin et soir. Nous lui prenons sa tension qui
est de 17 1/2 pour le maxima et 11 1/2 pour le minima.
Après 15 jours de traitement, on constate une amélioration très nette de son caractère, et il arrive à
garder le sommeil 5 heures consécutives.
On ne constate aucune somnolence diurne, sa tension n’a guère variée, elle est de 17-12.
OBSERVATION III
M. D... 36 ans, garcon de brasserie, aucun antécédent. Souffre depuis deux mois du membre inférieur droit sur le trajet du sciatique, la marche augmente la douleur et le repos la fait diminuer.
Point de Valleix douloureux, signe de Lasègue positif. Léger abaissement du pli fessier.
Le 10 janvier, on lui fait prendre 0,10 cgr. de phényléthylbarbiturate de quinine, soit 0,04 cgr. de barbiturique, vers 9 heures du soir; le malade déclare avoir sommeillé et moins souffert; mais pas de vrai sommeil.
Le 11, 0,10 cer. de phényléthylbarbiturate de quinine, à 10 heures du soir; le malade s'endort, s’éveille vers minuit et se rendort presque aussitôt jusqu’au matin.
Les jours suivants, même dose, même résultat.
Nous n’avons jamais constaté pendant le traitement de somnolence diurne.
OBSERVATION IV
M. Ejo.., entré le 11 décembre 1937, avec diagnostic de tabès. Troubles de la sensibilité subjective; douleurs lancinantes et fulgurantes aux membres inférieurs, particulièrement au niveau des mollets.
Crises viscérales gastriques par intervalle. Pendant
CRT de
son séjour à l’hôpital, on donne au malade 0,10 cgr. de phényléthylbarbiturate de quinine, grâce auquel il dort, calme pendant la nuit.
En même temps, on institue un traitement arsénical et hydrargyrique très énergique, qui améliore très notablement son état et le malade quitte l'hôpital.
Aucun trouble à noter du fait de la médication hypnotique.
OBSERVATION V
M. L. C.., 59 ans, employé de chemin de fer, entré à la clinique chirurgicale le 19 mai, pour hernie inguinale double. |
Neurasthénie légère avec insomnie.
Intervention le 21 mai. Les 21 et 22 mai, insomnie douloureuse, traitée par les opiacés.
Le 23 mai, la douleur a disparu, mais l’insomnie persiste. Une pilule de 0,05 cgr. de phényléthylbarbiturate de quinine le soir, amène 3 heures de sommeil.
Le 24, le malade éprouvant de la difficulté à pouvoir s’endormir, on lui fait prendre une dose de 0,10 cer. du produit et il dort pendant 5 ou 6 heures sans interruption. Les 25, 26, 27 et 28, après ingestion de la même dose, il dort régulièrement pendant 6 heures environ chaque nuit. Les 29 et 30, on réduit la dose de moitié et le malade dort aussi bien.
À partir du 31, il s'endort naturellement sans rien prendre et passe d'excellentes nuits.
NT fe
OBSERVATION VI
Mlle J..., 44 ans, sans profession, entrée le 24 mai à la clinique chirurgicale, pour un volumineux fibrome sous-séreux.
Tempérament nettement anxieux.
Le 27, veille de l'intervention, l’anxiété est à son comble, elle cherche vainement un sommeil et envisage l’avenir avec une grande appréhension.
Pour calmer ses préoccupations, nous lui faisons absorber 0,10 cgr. de phényléthylbarbiturate de quinine, en une demi-heure, la malade s'endort d’un sommeil bienfaisant, qui dure jusqu'au matin.
À son réveil, son pessimisme a disparu : elle envisage courageusement la perspective de l’intervention immédiate et se montre maintenant pleine d’espoir.
Le 28, hystérectomie subtotale.
Le 28 et le 29, insomnie douloureuse.
Le 30, on lui fait prendre 0,10 cgr. de phényléthylbarbiturate de quinine, on obtient un sommeil normal.
Le 31 mai, 1* et 2 juin, l’insomnie ayant fait sa réapparition, nous donnons 0,10 cgr. du produit et les nuits correspondantes sont excellentes.
Le 3 juin, sommeil nature spontané.
Les 4 et 5, la malade doit prendre 0,05 cgr. de phényléthylbarbiturate de quinine, assez tard pour pou-