CHAPITRE 1H
Pathogénie
Nous lisons dans tous les ouvrages de physiologie qu’à chaque systole ventriculaire, 180 grammes de sang environ se trouvent lancés à la fois dans l'aorte et dans l’artère pulmonaire, dans la grande et dans la petite circulation.
Les gros vaisseaux qui reçoivent directement ce sang ontsurtout une structure élastique et se trouvent distendus par cet apport sanguin; mais bientôt grâce à l'élasticité de leurs parois ils reviennent sur eux-mêmes et chassent le sang plus loin vers la périphérie ; chaque point de l'artère étant le siège de ce même phénomène successivement, il en résulte une sorte de mouvement ondulatoire qui va en s'épuisant du cœur à la périphérie et de cette sorte la circulation sanguine, intermittente à sa sortie du cœur, se réguralise et tend à devenir continue vers la périphérie en raison de l’élasticité des parois
artérielles,
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On sait du reste que dans les hémorrhagies artérielles le sang s'échappe en un jet saccadé, tandis que les hémorrhagies capillaires et veineuses sont
continues.
Marey a démontré d’ailleurs ce phénomène par la très ingénieuse expérience suivante. — On prend un
vase plein d’eau muni à sa partie inférieure d’un orifice et d’un tube d'écoulement sur lequel un tube bifurqué permet d'adapter un tube de verre assez long et un tube de caoutchouc de la même dimension terminés tous les deux par un ajutage droit. Le tube bifurqué est un tissu élastique. Au niveau de ce tube on peut abaisser un compresseur qui vient comprimer les deux branches de la bifurcation. Si l’on abaisse et élève ce compresseur de façon à interrompre momentanément, à courts intervalles réguliers l’écoulement de l’eau, on constate que l'écoulement est intermittent dans le tube rigide, continu et régulier dans le tube élastique qui a transformé le mouvement intermittent en mouvement régulier grâce à l’élastieité de ses parois. (Langlois et de Varigny).
Chez’ l'homme, l’aorte emmagasine donc les impulsions intermittentes du ventricule et les transforme en impulsions continues : le débit se trouve ainsi régularisé. Il faut pour que ce phénomène se produise régulièrement que le rapport entre l’impulsion cardiaque et l’élasticité des artères soit constant et toujours le même chez tous les sujets, »
On comprend dès lors facilement que ces conditions puissent se trouver singulièrement modifiées dans les circonstances suivantes :
1° Lorsque l'impulsion cardiaque devient trop forte pour l'élasticité des artères. |
2° Lorsque cette élasticité sera diminuée ou aura même complètement disparu.
3° Lorsque la tension des capillaires, permet aux pouls de s'y propager ; par exemple dans les obstacles à la circulation veineuse s’il existe une dilatation des artérioles, diminuant la résistance qui laisse le pouls se faire sentir dans les artérioles, dans les capillaires et même jusque dans les veines. (CI. Bernard).
Mais d’une façon générale on peut dire qu'il n’y a pas normalement de pouls capillaire visible car les saccades produites par l'impulsion intermittente du cœur s'éteignent avant d'arriver aux capillaires.
Dans certains états pathologiques dont nous
“aurons à parler plus loin, on voit au contraire cette
impulsion se manifester intermittente jusque dans les vaisseaux capillaires.
Pour l'expliquer, plusieurs théories ont été émises :
Ruault dit, dans sa thèse, que le pouls capillaire et les changements de volume des organes sont tout un, et que pour fixer la pathogénie de l’un, il faut
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rechercher les influences sous lesquelles se produisent et s'accusent les secondes.
« C'est, dit-il, l’élasticité des artères qui atténue ces changements, en empéchant le sang d'arriver brusquement par saccades jusqu'au réseau capillaire. Si donc, cette propriété purement physique des artères vient à être mise hors d’état de s’exercer ou bien à disparaitre, sans que pour cela les vaisseaux soient transformés en tubes rigides et inextensibles, nous devons penser que ces changements de voiume deviendront beaucoup plus considérables ».
Ruault s’appuie sur les expériences de Marey qui sont bien.connues et sur lesquelles nous n’insisterons pas, mais qui tendent à prouver que lorsque la force élastique des vaisseaux diminue sous l'influence d'une pression extérieure, la région comprimée devient le siège de battements, parce que l'ondée sanguine est transportée pour ainsi dire d’un bloc à la périphérie, sans perdre de sa vitesse acquise et de sa force d'impulsion.
Les capillaires recevraient alors le choc systolique dans toute son amplitude. De même dans l’insuffisance aortique, ce serait le spasme des vaisseaux qui entraverait ou annihilerait l’élasticité artérielle, et la propagation de l'ondée sanguine serait d'autant plus violente que la systole cardiaque devient plus intense et plus vigoureuse du fait de l’hypertrophie du musele cardiaque.
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Cette théorie est assez vraisemblable, comme l’a démontré François Franck et les observations de Tapret viennent encore la corroborer. Ce dernier auteur a vu le pouls sous-ungueal disparaître momentanément sons l’influence des injections de morphine.
Or nous savons que celles-ci semblent agir en supprimant les spasmes des tuniques vasculaires.
Tous les auteurs n’ont cependant pas adopté cette explication du phénomène du pouls capillaire.
Rivals a émis l’explication suivante que rapporte Wertheimer (1) dans l'article « pouls » du dictivnnaire encyclopédique des sciences médicales.
«L'insuffisance aortique transformerait le cours du sang artériel de continu en intermittent. L’onde sanguine lancée avec plus de violence vient butter contre le canal étroit des capillaires, puis subit un mouvement rétrograde, et reflue vers le cœur, les valvules ne s'étant pas refermées derrière elles ; d’où ces saccades et ces colorations et décolorations subites ».
Aucune de ces deux théories ne paraît pouvoir s'appliquer à la totalité des faits, d'autant plus que comme nous le verrons plus loin, le pouls capillaire s’observe dans des états pathologiques très différents.
(1) Wertheimer. Dict. encycl. des sciences médic. ait. pouls. 2 série, tome XXVII, p. 111. Ù