‹ Contribution à l'étude du pouls capillaire visibleChapitre 11 sur 18 · PE VER · texte numérisé non relu

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Conte, dans sa thèse, n’explique pas les choses de la même façon. Un tube élastique, dit-il, n’arrive à régulariser complètement un courant intermittent que dans des conditions déterminées.

Il faut en particulier pour que l’écoulement soit constant par un orifice de calibre déterminé que Île tube élastique soit d’une longueur suffisante. Or dans l'organisme humain cette longueur suffisante ne serait pas réalisée par les artères. Mais en l’absence d’une longueur suffisante du tube élastique, lPétroitesse de l’orifice peut, comme l'a bien démontré Marey, arriver à rendre le courant continu au lieu de le laisser intermittent.

La tension artérielle a aussi une véritable importance, car c'est elle qui met en jeu à un degré plus ou moins intense l’élasticité des vaisseaux. Luton (1) n’a-t-il pas dit: « L’élasticité mise en jeu donne la mesure de la pression comme le ressort d'un dynamomètre accuse le degré qu'on exerce contre lui. »

La contraction des artérioles élève la tension artérielle en apportant un obstacle à l'écoulement du sang, tandis qu'au contraire l'écoulement facile dans leur dilatation s'accompagne d’un abaissement de la

pression. Poiseuille, à ce sujet, a émis les lois suivantes :

(1) Luton, Dict. de méd, et de chirurg. prat. artiele cireulation,

La D

1° Les quantités de liquide écoulé dans un même temps, sous une même pression, à une même température, à travers des tubes capillaires d’un mème diamètre, diminuent proportionnellement à la longueur du tube.

2 Les quantités des liquides écoulés dans un . même temps, sous une même pression, à une même température, à travers des tubes capillaires d’une même longueur, sont entre elles comme les quatrièmes puissances du diamètre de ces tubes.

Donc on peut dire que les pulsations se propagent d'autant moins que les voies d'écoulement sont plus étroites et plus longues.

Il faut donc admettre que l’élasticité artérielle et la résistance des capillaires agissent de concert pour combattre la pulsation et transformer en courant continu le courant intermittent du sang.

En résumé, nous pouvons conclure de cet exposé pathogénique que l’absence du pouls capillaire dans l’état normal tient à plusieurs causes réunies.

Il faut une véritable harmonie entre la puissance d’impuision du cœur, l’élasticité des artères et la résistance des capillaires. Que l’une de ces conditions vienne à se trouver modifiée dans un sens déterminé et le pouls capillaire se produira.

Dans l'insuffisance aortique, nous trouvons une force d’impulsion exagérée due à l’hypertrophie compensatrice du ventricule gauche, mais nous voyons

aussi la diminution de la tension artérielle, lorsque le sang rentre dans ce ventricule au travers de l'orifice aortique que les valvules sigmoïdes n'arrivent plus à fermer.

Dans d'autres cas, ce sont les parois vasculaires qui ont perdu de leur élasticité, et ceci dans des conditions variables. En effet, les parois peuvent être altérées dans leur constitution ; l’athérome, l’artériosclérose ne déterminent-ils pas une diminution considérable de l’élasticité artérielle ?

Toutefois, l’altération des parois n’est pas la cause obligée de ce défaut d'’élasticité. Dans les gros vaisseaux il faut une altération anatomique, car l'élasticité est ici due à la présence du tissu élastique lui-même; dans les petits vaisseaux, au contraire, l'élasticité est active et non passive, c’est une propriété physiologique et non une propriété physique, et elle est essentiellement sous la dépendance de l’action des nerfs vaso-moteurs.

Existe-t-il une contracture des petits vaisseaux, par excitation des vaso-constricteurs ? il arrivera un moment où le volume des vaisseaux aura suffisam-. ment diminué pour que la force élastique de leurs parois n'offre plus aucune résistance à la pression sanguine qui se fera sentir alors tout entière dans les tissus entourant le vaisseau (Ruault),

Lorsque les artérioles sont dilatées par les vaso-

Eg —

dilatateurs ou par paralysie des vaso-constricteurs, quel en sera le résultat ?

La pression sanguine diminuera et ce fait fera obstacle au jeu régulier de l'élasticité des vaisseaux. I en résultera donc que la pulsation produite par la contraction ventriculaire se propagera : facilement jusqu'aux capillaires et même jusqu'aux veines (CI. Bernard).

C'est à la même conclusion qu'arrive M. le professeur Mathias Duval (1) lorsqu'il dit: « Nous avons considéré les petites artères et: les capillaires comme représentant par la ténuité de leur calibre une sorte de ligature incomplète à la périphérie multiple de arbre artérielle. une barrière contre laquelle vient s'éteindre la pulsation ; mais que les artérioles soient dilatées par un état de paralysie vaso-motrice active ou passive que le sang puisse pénétrer largement dans les capillaires en les dilatant et alors la pulsation artérielle se propagera dans les veines. ».

Il est bien évident encore que la force d’impulsion du cœur n’est pas insignifiante et qu'il faut tenir compte de l’énergie de contraction du muscle cardiaque. Si les pulsations sont très fortes, il faudra une plus grande élasticité des vaisseaux et une contre-pression, une résistance plus grande pour arri-

(4) Mathias Duval. Dict de méd. et de Chirug. pratique, art. pouls.

ver à les éteindre et à rendre continu ce mouvement intermittent. Si au contraire ces contractions sont trop faibles, elles ne produisent dans la tension sanguine que de légères oscillations qui seront facilement effacées par la moindre élasticité des parois vasculaires.

C'est donc moins sous la dépendance d’une de ces conditions que se trouve le pouls capillaire, que sous celle de leur ensemble harmonieusement combiné dans une juste proportion, et l'on conçoit que toute modification du rapport normal due à la variation d’un des termes, force d'impulsion, pression, élasticité vasculaire, résistance des capillaires, soit de nature à faire apparaître les pulsations dans le système des petits vaisseaux périphériques.

Nous n’aurons donc plus à nous étonner de trouver le pouls capillaire dans des affections très diverses la physiologie permettant de prévoir ce que la clinique nous permet d'observer.

de

Séméiologie du pouls capillaire

Si l’on rencontre le pouls capillaire dans un certain nombre d'états pathologiques différents, il n’en est pas moins vrai que c’est le plus souvent chez des sujets atteints d'insuffisance aortique qu'on l'a retrouvé. Il est juste d'ajouter que c'est aussi, après les premières communications, l'une des seules maladies dans laquelle les cliniciens aient pris l'hâbitude de rechercher ce symptôme systématiquement.

Ruault dit dans son ouvrage que la majorité des malades chez lesquels il a rencontré le pouls capillaireavaient de l’insuffisance aortique, il ajoute même: « ce qui nous a paru remarquable, c’est que les « sujets atteints d'insuffisance aortique pure, ne le « présentaient pas pius nettement que ceux qui « indépendamment de leur insuffisance sigmoïdienne « était atteints d’autres lésions d’orifice. »

Îl semble donc que ce soit surtout l’insuffisance valvulaire qui donne naissance à ce symptôme et que les autres lésions endocardiques soit sans influence sur son apparition:

Cet auteur a trouvé sur un relevé de 17 cas la répartition suivante :

5 insuffisances aortiques, 4 insuffisances avec rétrécissement, 5 insuffisances aortiques et mitrales, 4 insuffisance aortique et mitraleavec rétrécissement mitral, 4 insuffisance mitrale avec rétrécissement et insuffisance aortique, 1 insuffisance et rétrécissement de la valvule mitrale.

Après quelques réflexions, Ruault conclut que chez les malades atteints d'insuffisance mitrale avec ou sans lésions valvulaires concomitantes, l'existence du pouls capillaire frontal est la règle quand les lésions cardiaques sont compensées.

C’est du reste la même conclusion que donnent MM. Tapret et Déjerine,

Expérimentalement, François Franck (1) dansses recherches se rattache bien à la même opinion lorsqu’il écrit :

« L’insuffisance aortique, méme légère, crée les conditions favorables au développement d’un effort propulsif beaucoup plus énergique de la part du muscle cardiaque. A la suite de l'insuffisance aortique les vaisseaux se resserent énergiquement. »

Les conditions réalisées par l’insuffisance aortique sont en effet de nature à modifier le rapport des

(1) François Franck, — Comptes rendus de la Société biologique, 2 et 9 Janvier 1883,

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termes qui normalement empèchent le pouls capillaire de se produire. On sait en eftet que le cœur S’hypertrophie dans un effort compensateur qui souvent dépasse la mesure, et que d’autre part il existe d'une façon certaine des spasmes vasculaires périphériques. |

Voici quelques observations de pouls capillaire au Cours de l’insuffisance aortique.

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