‹ Contribution à l'étude du poumon radiothérapiqueChapitre 11 sur 39 · EXPÉRIMENTATION · texte numérisé non relu

EXPÉRIMENTATION

L'intérêt suscité sur le plan clinique par les modifications radiothérapiques du Poumon a eu pour corollaire, l'étude expérimentale de leffet de l'irradiation. Mais, dans ce domaine, comme dans le précédent, la valeur des documents est très inégale.

Dans une première période, l’irradiation pulmonaire sur l’animal a été pratiquée dans le seul but de contrôler l'efficacité des R.X. dans le traitement de la tuberculose.

C’est seulement plus tard que l’irradiation fut entreprise sur des animaux sains, mais dans des conditions souvent si éloignées de celles de la pratique humaine qu'il est difficile d’en tirer des conclusions pratiques.

La première publication sur l’étude expérimentale de l’action des radiations sur le poumon date de 1898.

Bergonié et Tessier signalent la possibilité de réactions inflammatoires au niveau de cet organe et de la plèvre, lorsqu’on les soumet à des doses élevées de R.X. Mais il s’agit d’une irradiation générale et d'animaux auxquels on a précédemment inoculé des BK.

Rudis Jicinski, en 1901, expérimente dans les mêmes conditions sur des cobayes et des lapins. Il note à l’autopsie : fibrose pulmonaise et réactions pleurales.

Kraus et Ziegler, en 1906, poursuivent sur des lapins et des chiens une expérimentation identique.

Les données expérimentales suivies par tous ces auteurs sont très éloignées des conditions d'irradiation réalisées en pathologie humaine. Il n’est guère possible de prendre en considération les résultats ainsi obtenus, si l’on désire rester dans le cadre du Poumon Radiothérapique.

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En 1908, l’on trouve, pour la première fois, des recherches faites sur le poumon normal.

Il s’agit des travaux de Wohlauer, qui irradie une série de 10 cobayes, La dose est évaluée en X (Kienbôck). Cette mesure n’est plus utilisée de nos jours : elle est donc assez peu connue. Elle équivaut à 50 r. Pour faciliter l’interprétation de ces expériences, nous avons fait la transposition des doses en « r ».

Sur les 10 animaux d’expérience, 3 reçurent une irradiation totale, tandis que les 7 autres ne reçurent qu’une irradiation thoracique.

Parmi les premiers, l’un reçoit 1.750 r. en 25 minutes, puis 2.000 r. en 25 minutes, 48 heures après. Jusqu’au cinquième jour, aucune manifestation clinique. Mais apparaissent alors de l’asthénie, des troubles respiratoires, et l’animal meurt 48 heures après. L’étude nécropsique met en évidence des poumons hyperhémiés, parsemés d’hémorragies ponctuées. Les alvéoles sont remplies d’exsudat albumineux, les espaces Ilymphatiques péribronchiques et périvasculaires sont très dilatés et contiennent des érythrocytes, des leucocytes et des éosinophiles.

Les deux autres cobayes, ayant subi une irradiation totale, reçoivent la même dose de 800 r. en une seule séance de 30 minutes. On les tue le septième et le seizième jour.

Le premier sacrifié ne présente qu’une légère hyperhémie pulmonaire, tandis que chez le second on constate, en plus, une dilatation des espaces lymphatiques péribron-

chiques et périvasculaires, ainsi que des zones d’atélectasie.

Les 7 autres cobayes, irradiés par un grand champ thoracique, le furent avec des doses allant de 250 r. jusqu’à 3.050 r. plus ou moins étalées.

Le premier reçoit 400 r. en 25 minutes, puis 2.000 r. le lendemain. La mort survient 24 heures après. L’étude microscopique met en évidence l’hyperhémie du poumon, la présence d’un léger exsudat dans les alvéoles, la dilatation des espaces lymphatiques périvasculaires et péribronchiques. L’épithélium est d’apparence normale.

Un second reçoit 800 r. en 15 minutes. Au cours des 30 jours qui suivent, aucun effet n’est perçu, et cet animal est soumis à une nouvelle irradiation thoracique de 2.250 r. en 30 minutes, et onze jours plus tard, il est sacrifié. À l’examen histologique de l'appareil pulmonaire, il n’est alors noté qu’une hyperhémie manifeste.

Les quatre autres reçoivent respectivement : 250, 300, 350 et 400 r. sur le thorax.

Ils sont sacrifiés 75, 60, 5 et 8 jours après l’irradiation. Chez tous, il est surtout fait mention de troubles circulatoires ayant entraîné, le plus souvent, de petites hémorragies.

Wohlauer pense que la mort spontanée de deux de ces cobayes est attribuable à la dose excessive.

Il conclut que l’hyperhémie, retrouvée chez tous les sujets d'expérience, est la conséquence directe de l’irradiation. La dilatation des espaces périvasculaires et péribroncchiques serait secondaire à cette hyperhémie.

L’intégrité de l’épithélium alvéolaire l’a conduit à proclamer que ces cellules étaient extrêmement réfractaires à l’action des R.X. et cette opinion a très longtemps prévalu.

Ces expériences de Wohlauer auraient, à nos yeux, une valeur plus considérable si l’irradiation n'avait pas été totale, ou tout au moins régionale : ce qui diffère par trop des techniques rœntgenthérapiques.

Cet auteur a eu, cependant, le mérite d’irradier des cobayes sains.

La recherche des possibilités thérapeutiques des radiations sur la tuberculose pulmonaire donne encore lieu à de nombreux travaux.

Kupferle, en 1913, expérimente sur des lapins, Manoukhine sur des singes, Kupferle et Bacmeister sur des lapins.

Les R.X. détruisent en partie le tissu de granulation, et favorisent l’apparition abondante de tissu conjonctif.

En 1916, Kupferle et Bacmeister, après avoir utilisé des doses élevées, voient survenir des accidents graves pleuro-

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pulmonaires qu’ils attribuent à l’excès de la dose, administrée en un temps trop court.

Schrôder, qui étudie aussi la tuberculose du lapin, traitée par les R.X., conclut en 1921 à l’absence d’action des irradiations faibles sur le parenchyme. Il leur accorde un rôle favorable sur les ganglions.

Avec Gorke et Tôppich, en 1922, les conditions expérimentales sont bien plus satisfaisantes. Ils s’attachent à étudier la sensibilité du poumon sain, vis-à-vis des R.X.

Leurs sujets d'expérience ne présentent plus l’inconvénient d’une très petite taille comme les cobayes : ils irradient des. lapins. Dans le but de posséder de meilleurs points de comparaison, l’irradiation n’est faite que sur un hémithorax, afin de pouvoir comparer avec le côté non traité. De plus, ils étudient les effets en fonction de l’étalement de la dose dans le temps. Malheureusement, ils restent toujours fidèles à la dose de 480 r., et ils ne trouvèrent jamais de différence entre le côté non traité et celui qui avait été irradié.

Leurs travaux, cependant, venaient confirmer la résistance pulmonaire aux doses faibles.

Warren et Whipple, la même année, étudient sur trois chiens adultes l’action des R.X. sur les organes thoraciques et abdominaux. Ils utilisent des faisceaux de longueur d’onde moyenne, à des débits élevés. Alors que l’intestin est le siège de réactions marquées, les poumons et le cœur ne présentent aucune altération clinique ni anatomique. Un contrôle histologique fut pratiqué.

Deux ans plus tard, en 1924, Swann expérimente sur des chats, des cobayes et des lapins les effets immédiats de la radiothérapie à feu nu, au niveau des divers organes. Il ne retient rien de précis au niveau des poumons.

À la même époque, Davis s’adresse à des chats et des lapins pour analyser l’action des R.X. sur le poumon sain, et déterminer les caractères de cette action.

Il s’entoure du maximum de précautions, afin d’aboutir

à des résultats présentant toutes garanties. Si les irradiations sont administrées à tout le thorax, il fait le con-

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