HN
Evidemment il s'agissait d'un très mauvais cas. Sans doute peutêtre aurail-il fallut reculer devant l'exérèse de cette tumeur déjà très avancée, En tout cas, quoique les apparences soient pour une mort par shock opératoire, les signes cliniques permettent d'en discuter «n l'absence de toute certitude anatomo-pathologique.
OBSsERvAïION II
Me ];..., 53 ans, ménagère, entre dans le service de M. le Projesseur Guyot, sur les conseils du docteur J. Villar, pour subir l'opération du néo du rectum.
Vers fin septembre 1936, la malade est incommodée par une diarrhée persistante. Ses selles (rès nombreuses ne présentent aucun élément anormal à la vue. La malade maigrit; son appétit décroit, son teint jaunit. Cet ensemble de signes l'amène à consulter un médecin. I] lui prescrit un traitement hépatique.
Fin juin, la malade n'a obtenu aucune amélioration de son état. Elle présente en plus un fort degré d’asthénie mais ne souffre pas. Le docteur Ferrand, appelé à lui donner ses soins, lui lrouve une tumeur au rectum et l’adresse au docteur J, Villar
Cette femme, qui a beaucoup souffert d'incidents pénibles survenus dans sa famille, à eu quatre enfants intercalés avec quatre fausse-couches.
Entrée dans le service de M. le Professeur Guyot, le # août 1937, très fatiguée par son état intestinal et une affection fardiaque datant de longtemps. Elle présente des syncopes au moindre effort et est activement traitée à la digibaïne, l'actibaïne jusqu'au 26 août 1937, date de son opération.
Examens de laboratoire. — Formule sanguine : Anémie. Bordet-Wassermann Meinicke positifs.
Kabn
= Joe
— Urines = léger sédiment,.
urée — 28,5 gr./l.
albumine = 0 gr. 07.
Nombreux leucocytes isolés et en amas.
Très nombreuses cellules en plaques.
ExamEx. — Femme amaigrie au teint jaunâtre, au ventre encore un peu adipeux.
Au icucher rectal on trouve nettement une énorme tumeur bourseonnante haut située du rectum. Cette tumeur est circonférencielle et le doigt n'arrive pas à dépasser sa limite supérieure. La tumeur est fixe, bloquée, non pas en avant — vagin et utérus sont libres — mais bien en arrière dans la cavité sacrée et surtout du côté gauche. C'est en vain qu'on essaie de mobiliser cette tumeur, mème au
cours de la poussée abdominale la fixité est complète.
Autres appareils. Cœur. Souffle systolique de la base, grosse aorte. Formule sanguine : anémie.
Bordet-Wassermann faiblement positif.
En résumé : Femme fatiguée portant un cancer évoluant depuis près de un an. Le cancer paraît complètement fixé. De plus, la malade présente des signes d’aortite avec Wassermann faiblement positif.
Le docteur Loubat, qui assure le remplacement du Professeur Guyot pendant les vacances, veut bien examiner la malade et donner son avis au docteur Villar.
Son impression, à lui aussi, est qu'il sagit d'un cancer fixé inopérable, Cependant, lorsque l'état général sera un peu remonté et après un traitement spécifique, il envisage la possibilité d’une laparotomie exploratrice, e
C'est dans ces conditions, que la malade ayant été soigneusement préparés (lonicardiaques, piqûre de eyanure de mercure, fortifiants, ete...), que l'intervention est pratiquée le 26 septembre 1937
Opérateur abdominal | Docteur J. Villar, aidé de Labori, interne.
Opérateur périnéal : Docteur J. Chavannaz, aidé de Chestoux,
interne.
nn —
Rachianesthésie excellente par injection de 10 centigrammes de syncaïne à 5 p. 100 au niveau de la deuxième lombaire,
Position identique de la malade. Laparotomie médiane exploratrice dans un premier temps.
Enorme tumeur remplissant le fond du Douglas, fixée en arrière et à gauche mais laissant libres les organes du petit bassin. On décide l’exérèse.
Section du sigmoïde, du méso rectal. Hémostase de l’hémorroïdale supérieure. L'intestin est sectionné en laissant en place une pièce du petit écraseur à trois branches de de Martel. La tranche de section est emmaillotée dans une gutta percha stérile ligaturée à la soie.
Cependant l'opérateur périnéal rencontre d'assez grosses difficultés dans le elivage, postérieur et l'aide de l'opérateur abdominal ainsi que la diaphanoscopie par la lampe portative stérile maniée au fond du Douglas lui facilitent beaucoup la tâche.
A ce moment une pince en cœur déchire le rectum au niveau de sa jonction avec la sremoïde. L'intestin est dailleurs extrèmement Îriable et malade, Malgré toutes les précautions il se produit un certain écoulement des matières sur les compresses du champ abdominal et l'opérateur est obligé de pratiquer une recoupe du rectum au-dessous du point déchiré dont on ne peut étancher autrement l'écoulement.
On doit compléter à ce moment de l'intervention la rachi par une anesthésie générale à l'éther, la malade commençant à pousser ses anses intestinales.
Par l'orifice rétro-rectal une pince poussée du côté périnéal vers le côté abdominal permet de sortir la partie sectionnée du rectum et de la tirer au dehors. L'’extirpation périnéale se lermine ainsi en suivant au plus près le rectum coudé en deux.
Large méchage périnéal. Drain abdominal. Fermeture en un plan au fil métallique.
L’anus est fait médian ef sus-pubien.
Durée totale de l'opération une heure cinq minutes.
Durant cette intervention on a eu l'impression que celle tumeur très avancée dans son évolution aurait été des plus difficile à extirper par une autre technique.
Eucène 9