‹ Contribution à l'étude du Pseudo-Parkinsonisme Consécutif à l'Encéphalo-Myélite ÉpidémiqueChapitre 19 sur 29 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation I (Inédite)

(Service du professeur Verger)

Louis P..., douanier, 33 ans, habitant Bordeaux, s’est toujours bien porté au cours de son enfance et de son adolescence. Etant soldat il est resté 2? ans à Mascara où il a commis quelques excès de boisson. Il se maria à 23 ans après sa libération, entra dans les douanes où il fit régulièrement son service jusqu’à la guerre. Il eut un enfant en 1914 qui est actuellement en bonne santé. Sa femme n’a pas fait de fausse couche. Il à fait toute la guerre dans les chasseurs à pied. En mai 1917 il a été blessé par des éclats d’obus au dos, à l’épaule gauche et au bras droit. Evacué et opéré le soir même, plusieurs éclats ont été extraits. I est revenu au front après 3 mois d'évacuation et a été libéré en juin 1919. T1 a repris alors son service de douanier à la frontière suisse.

Mars 1920.— Au début de mars 1920, P., rentra un soir fatigué: il se coucha. Dans la nuit il fut pris d’une fièvre intense, en même temps qu'apparaissaient des fourmillements dans les jambes devenues pesantes et difficiles à remuer. Pas de douleurs, rien d’anormal aux membres supérieurs, pas de troubles oculaires. Au 3° jour de cet état, en allant à la selle, P. s'aperçoit qu'il faisait du sang rutilant en abondance et sans douleur. Pendant 3 jours il en fut ainsi. Il était antérieurement constipé. Cette impotence des membres inférieurs dura un mois accompagnée d’une grande lassitude. Puis, peu à peu les forces revinrent en même temps que l’usage des membres inférieurs, la fiévre S’atténua, puis disparut. P. eut alors son Changement pour Bordeaux où il reprit son travail,

ENAR

Oclobre 1920. — En octobre 1920, P. fut brusquement pris d’un éblouissement. Il ne tomba pas. Il abandonna son service et rentra Chez lui. Il prit ? cachets et se reposa. Le soir il était complètement remis. Il reprenait son service le lendemain.

Janvier 1921. — Jusqu'en janvier 1921, il {it son service tout en éprouvant une grande faiblesse dans les jambes. Cette faiblesse s'était ageravée peu à peu. Le 3 janvier il ne put se tenir debout; il fit alors appeler le médecin des douanes qui l’autorisa à aller chez un médecin consultant. À ce moment les fourmillements dans les jambes étaient réapparus, le malade se sentait très faible et craignait de tomber, ül évitait tout mouvement. En même temps les mouvements des bras devenaient plus difficiles et des fourmillements y étaient apparus. Une douleur sourde était née au niveau de la colonne vertébrale. P., suivant son expression, manquait de force et c'est ce manque de force qui le gênait dans l'exécution des mouvements et l’obligeait à se mouvoir avec une grande lenteur. I ne pouvait plus se raser, mangeait très difficilement, on était obligé de couper sa viande. Cette gêne ‘était plus sensible à droite, parce que, dit-il, il a été blessé au bras droit.

Le professeur C. consulté lui conseilla d'entrer à l'hôpital. Il entra à l'hôpital militaire de T. où il fut mis en observation. Après quelques jours le médecin traitant dit au malade qu'il était atteint du mal de Pott. On lui fit un corset plâtré qui lui prenait tout le tronc. P. ne put supporter ce corset : il souffrait de partout, ne pouvait tenir en place et avait des crises de sueurs. 11 criait, ne trouvait rien à son goût. Les mouvements des bras déjà difficiles étaient devenus presque impossibles; on devait le faire manger. Le plâtre fut enlevé au bout de cinq jours, mais les crises de sueurs, de cris, de larmes persistèrent. Le sommeil devint de plus en plus difficile; une heure par puit, au dire du malade. On le remit dans un plâtre 3 semaines après l'enlèvement du premier et on l’envoya dans un sanatorium des Basses-Pyrénées. On lu; enleva son plâtre à l’arrivée. On le radiographia plusieurs fois et on ne trouva aucun signe de mal de Pott. Le sang du malade fut examiné. Le résultat de cette recherche fut négatif, paraît-il.

P. resta au sanatorium d'avril à juillet 1921. Il ne suivit aucun trai-

tement. Au bout de quelque temps, on lui dit qu’il pouvait se lever et

marcher, Ce qu'il fit quoique avec difficulté. On le renvoya alors à l'hôpital militaire de Ba., où il fut radiographié de nouveau. On décela un éclat d’obus en arrière au niveau de la 4 vertèbre dorsale. Il ne resta que ? jours à Bayorine car il devait reprendre son service pour ne pas être licencié. Il revint à Bordeaux et reprit son service le 6 juillet.

Le ?9 juillet il passa devant le conseil de réforme qui le réforma temporairement avec 20 % d'invalidité pour névralgie cervicodorsale. f1 rentra alors de nouveau à l'hôpital de T. pour se faire enlever son éclat. On refusa de l’opérer, parce que, lui disait-on, sonéclat ne le gênaît nuliement. On l’envoya à l'hôpital Saint N. pour troubles nerveux. Au bout de 15 jours on le fit sortir en lui disant qu'il était guéri (fin août 1921).

Aout 1921. — Il rentra chez lui. Son état était toujours le même. Il souffrait de douleurs dans tout le corps, il avait des crises de pleurs qui se déclenchaient dès qu'on lui parlait. Il se remuait toujours très difficilement et très léntement.

Seplembre 1921. — P., s’adressa alors à l'Union des Combattants qui le fit entrer dans une clinique où le Docteur L.. l'opéra et lui enleva son éclat, le 23 septembre 1921; 8 jours après il sortait sans aucun soulagement.

H reprit alors son service bien qu'il se trouvât sans amélioration. Il fit son service jusqu'au 1® janvier 1922.

1er janvier 1922. — Le 1er janvier 1922, ses mouvement étaient encore plus difficiles, il ne pouvait se tenir debout, il resta couché. il envoya sa femme à l’Union des Combattants pour savoir ce qu’il devait faire. Le Docteur B. L., médecin de l’U. N. C. vint le voir le 6 janvier, lui dit qu'il avait des troubles nerveux qui nécessitaient son entrée à l'hôpital. Il rentra le 9 janvier, salle 13 avec une note de son médecin résumant les principales étapes de sa maladie et se terminant ainsi : « en septembre 1921 il vient me trouver. Il n’ose se remuer, s’avance avec précaution comme s’il avait peur de se casser. Pensant qu’une opération améliorerait ou ferait disparaître cet état qui me pavaît d'ordre psychique, j’adresse le malade au Docteur L. qui retire l'éclat d’obus. L'amélioration escomptée ne s’est pas produite et le malade passe actuellement sa vie au lit ou dans un fauteuil ».

Examen du 10 janvier 1922. — P, a un visage figé avec les yeux et

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