CAT DT
les paupières immobiles. Il ne fait pas de mouvement et conserve des attitudes immobiles même pendant tout le temps où on recherche ses réflexes, sa résistance à l'effort, sa sensibilité ete.
Il est couché sur le dos, immobile, la tête relevée. Son visage est vivement coloré, les pupilles dilatées, le regard brillant; ses traits sont tombants, exprimant une tristesse inquiète; les muscles de son menton se crispent, comme s’il allait pleurer. On ne décèle pas de contracture ni de tremblement des muscles de la face. Tous les mouvements de la bouche, des lèvres, de la langue sont possibles. La langue n’est pas déviée ni agitée. Pas de dysarthrie. Tous les mouvements du cou, de la nuque, du tronc et des muscles sont possibles, mais exécutés avec une extrême lenteur. Pour manger, P. accomplit correctement tous les gestes nécessaires : il prend ses aliments avec sa cuiller et les porte à la bouche sans les verser.
Il exécute bien les mouvements simples qu'on lui ordonne (mettre un doigt sur le bout de son nez, boutonner sa vareuse) mais il est lent à se mettre en mouvement. Le mouvement est exécuté avec lenteur, avec des arrêts, mais il est correct, ne manque paslebut, n’est pas gêné par du tremblement ou du tâtonnement.
La marche se fait le corps un peu penché en avant, elle est peu rapide et légèrement titubante. Les demi-tours se font bien. Le malade peut fort bien courir. I1 descend seul de son lit, se tient bien debout un peu penché en avant, la tête un peu fléchie, les bras en anses, les pieds joints. Il peut se tenir sur un seul pied quoique avec un peu d’incertitude. L’occlusion des yeux n’aggrave pas son manque d'équilibre.
Tout paraît normal dans le volume, la tonicité et mobilisation des masses musculaires du cou, de la nuque et du tronc. Il en est de même pour les membres supérieurs et inférieurs. Cependant une certaine raideur entrave la facilité des mouvements des membres inférieurs. De plus, on observe une catatonie très accusée des membres supérieurs.
La force des muscles de la nuque et du cou paraît normale. Celle des membres supérieurs est légèrement diminuée surtout au niveau de la main droite. La force des muscles des membres inférieurs paraît également un peu diminuée.
Les réflexes rotuliens sont très vifs, les achilléens vifs. L’excitation
de la plante des pieds ne provoque aucun mouvement des orteils. Pas
rade
de trépidütion épileptoïde au pied, pas de clonus de la rotule. Les réflexes tricipitaux existent,‘les réflexes radiaux sont très vifs surtout à droite, les réflexes crémastériens sont diminués, le réflexe abdominal est conservé, le réflexe pharyngien est nul. Pas de troubles des sphincters.
Le malade se plaint de fourmillements et de douleurs tantôt sourdes, tantôt iancinantes dans tout le corps et plus particulièrement dans le cou, la tête et les membres. Elles sont diurnes et nocturnes.
La sensibilité à la piqûre est conservée au niveau de la face et du cou, presque abolie au niveau du tronc, des membres supérieurs, des cuisses, des jambes et des pieds (face dorsale) Les sensibilités cornéennes, conjonctivales et nasales sont abolies.
La sensibilité au froid et au chaud parait à peu près conservée, sauf au niveau des jambes où elle est diminuée.
La sensibilité du tendon d'Achille est très diminuée. La percussion du tibia est normalement douloureuse, La sensibilité des testicules est normale, celle du creux épigastrique est diminuée.
La sensibilité tactile paraît conservée.
Le sens stéréognostique est conservé. Pas d'erreur de Ia localisation,
-pas de retard des sensations. La vue est bonne. Depuis quelques mois
le malade pleure fréquemment et se plaint de picotements oculaires ; la lecture augmente ces picotements au point que le malade ne uit même plus son journal. Les pupilles sont égales, régulières, en mydriase. Le réflexe à la lumière est conservé, mais paresseux. Le réflexe accommodateur est conservé : l'iris se contracte nettement pour la vision rapprochée. Tous les mouvements des globes oculaires sont conservés. Pas de strabisme, pas de nystagmus. Le Champ visuel paraît non rétréci. L'’ouïe, le goût, l’odorat sont normaux au dire du malade.
La mine est bonne, colorée. La peau est normalement colorée sauf au niveau des jambes où elle est pâle. Pas d'œdème. Les paumes des mains sont moites ainsi que les membres inférieurs. 11 existe des sueurs nocturnes.
Le cœur et les vaisseaux sont normaux; cependant les deux bruits paraissent un peu sourds. Le pouls est régulier, bien frappé, bat à 80.
Rien à signaler pour l'appareil respiratoire. La langue est normale,
DU
la denture en bon état. Pas de vomissements, l'appétit est diminué la constipation habituelle.
Rien à signaler pour l'appareil urinaire, Depuis un an le malade, par défaut de force musculaire, dit-il, n’a eu aucun rapport avec sa femme, bien qu’il ait des érections fréquentes. Le malade prétend qu'il dort très peu, à peine 1 à 2 heures par nuit, étant éveillé par des douleurs ou réveillé par des crises de sueurs. On note enfin des cicatrices de blessures à la face antérieure de l’avant-bras droit, à l’épaule gauche, au niveau du tiers inférieur de l’omoplate droite et au niveau de la 4 vertèbre dorsale (cicatrice de la dernière intervention).
Le malade entend et comprend bien des questions qu'on lui pose, Il y répond volontiers. La voix est distincte, lente, avec économie des mouvements. Elle est basse et monotone. P. met une certaine complaisance à s'étendre sur le récit de sa maladie, il dit que c’est un véritable roman. Il attribue ses troubles en partie aux suites de ses blessures, en partie au port du corset plâtré (particulièrement les douleurs de la tête et du cou). Plusieurs fois au cours de l'interrogatoire, il est sur le point de fondre en larmes, son visage se contracte et se congestionne. Il pleure même quand on lui parle de son enfant, quand on le questionne sur sa vie génitale. Il accuse lui-même d’autres troubles de l’affectivité, il dit qu'il a changé de caractère depuis quelques mois qu'il est devenu irritable, brutal même envers son enfant. Il s'inquiète sans cesse au sujet de sa maladie et de son avenir. Par ailleurs il est parfaitement orienté dans le temps et dans l’espace et ne présente aucun trouble de la mémoire, de l'attention, du jugement.
11 janvier 1922. — Sang : réaction de Bordet Wasserman négative.
Liquide céphalo-rachidien : 1 cellule (lymphocyte) par mme. à la cellule de Nageotte; réaction de Bordet Wasserman négative, réaction du benjoin colloïdal négative. Albumine 0 gr. 20, glycose O0 gr. 65. Le liquide est clair, eau de roche, coulant à gouttes peu pressées.
13 janvier 1922, — Le malade se tient debout sur un pied sans oscillation, puis il s’en va d’un côté tout d’une pièce. Quand il est debout sur un pied une très légère traction exercée sur sa chemise le fait tomber tout d’une pièce sans aucune tentative compensatrice des muscles des membres et du tronc. La faradisation répétée du biceps ne laisse qu’une ébauche de contracture passagère. Le traitement depuis
l'entrée du malade à l'hôpital a consisté en piqûres quotidiennes de 1/2 milligramme de bromhydrate de scopolamine. Le malade se trouve soulagé par ces piqûres.
26 février 1922. — L'état est sensiblement le même, cependant les malades qui entourent P. affirment une légère amélioration globale surtout au point de vue psychique.
Les mêmes douleurs à la tête et entre les deux épaules persistent. La lenteur générale ne change pas. De temps à autre on peut saisir un très léger tremblement menu de la main mais ce tremblement existerait depuis un an, au dire du malade. L'écriture est petite dès le début de la ligne mais elle se rapetisse de plus en plus en allant vers la fin de la ligne. Elle est bien formée et très lente. Le malade dit qu'autrefois
il écrivail plus grand et moins bien qu'actuellement.
Observation II. Inédite. Service du professeur Verger.
Pierre G.,35 ans, ajusteur, habitant Périgueux vient à laconsultation du professeur Verger le 15 juin 1921 parce qu'il marche difficilement, souffre de la jambe droite et ne peut exécuter qu'avec difficulté les travaux délicats surtout avec la main gauche. Son père est âgé de 77 ans et présente des étouffements, sa mère est morte en 1914 de fluxion de poitrine. Il à un frère bien portant. Il est marié, a deux petites filles. Sa femme a fait de plus une fausse couche l’an passé.
G. n’a pas eu de maladies au cours de sa jeunesse et de son adolescence. En 1918 il a eu une angine qui a duré 8 jours. Il n’accuse ni maladies vénériennes, ni alcoolisme.
Décembre 1919. — Vers la fin décembre 1919, G. s’est senti fatigué et son appétit a disparu.
10 janvier 1920. — Au cours de cette lassitude générale, le 10 janvier 1920 il a ressenti une douleur au niveau du gros orteil droit, douleur qui s’est généralisée à tous les doigts du pied droit. En même temps une violente douleur est née au poignet droit s’irradiant dans les doigts. On eut dit, déclare le malade, qu’on me sectionnait le poignet et le pied. De plus il accuse à ce moment, une violente céphalée
occipitale droite; le tout parait-il sans température.
Cet état douloureux a persisté 2 jours ; puis le malade ne se souvient plus exactement de ce qui s’est passé; il aurait présenté du délire, de l’excitation mentale, accompagnée de céphalée et d’insomnie. Pas de diplopie. On lui appliqua des sangsues et on lui donna du bromure.
Cette période aiguë passée on lui donna des bains tièdes qui calmèrent son excitation, mais peu de jours après il ressentit une douleur s’étendant du genou à la cheville, douleur qui persistera plus d’un an et demi.
Après une convalescence de ? mois, le malade quoique faible a repris son travail.
Avril 1921. — En avril 1921 le malade voulant rouler une cigarette ne put y arriver. Depuis ce jour-là, il a remarqué une maladresse progressive de sa main gauche surtout pour les mouvements délicats et un tremblement assez accusé des paupières.
G. entre à l'hôpital le 16 juin 1921. Son état générai est satisfaisant, mais on est frappé au premier abord par l'attitude du malade qui est figé, soudé. Sa face immobile regarde fixement en avant. Ilne tourne et ne remue la tête que très lentement. Tous les mouvements sont lents. Il n’a pas d’insomnie. La parole qui la veille à la consultation semblait lente est à peu près normale.
Les traits du visage sont figés. Les mouvements de la mimique sont possibles de même que les mouvements des mâchoires. Au niveau de la paupière inférieure gauche il existe des secousses musculaires se produisant à intervalles assez rapprochés. |
Les pupilles sont égales mais réagissent faiblement à la iumière et à l’accommodation. Pas de troubles de la musculature externe, pas de diplopie, pas de nystagmus. Léger ptosis bilatéral. Dans la recherche du réflexe à la lumière on éprouve une certaine difficulté à relever les paupières en même temps que celles-ci sont agitées de secousses. Pas de déviation oblique ovalaire de la bouche. Lorsqu'elle est ou-
verte au maximum on observe un tremblement de la mâchoire infé- “rieure. La langue est agitée de trémulations généralisées. Le malade peut siffler. Le pli naso-génien est plus marqué à droite qu'à gauche.
Les mouvements du cou sont possibles mais le malade en est parcimonieux et laisse le plus souvent sa tête dans la rectitude.
Les membres supérieurs ne présentent pas d’atrophie musculaire.
AE) ee
La force est conservée. Il ne paraît pas y avoir de contracture. La main gauche est maladroite dans les mouvements délicats. Pas d’adiococinésie. Pas de tremblement ni de mouvements involontaires. Pas de changement de l'écriture.
Les réflexes radiaux sont exagérés des 2 côtés. Le réflexe olecränien est plus vif à gauche qu’à droite. La sensibilité est normale. I] n’y a pas de troubles trophiques.
Les membres inférieurs ne présentent pas d’atrophie musculaire. La force est conservée. Les mouvements actifs sont vigoureux, Les mouvements passifs sont exécutés sans résistance. Pas de contracture. Les réflexes rotuliens et achilléens sont normaux. Le signe de Babinski est positif à droite. Il n’y a pas de trépidation épileptoïde. I1 y a une ébauche de clonus de la rotule à droite Les réflexes crémastériens sont normaux. Le réflexe abdominal est vif à droite, La sensibilité est normale, sauf une douleur sourde de la jambe droite.
Le malade marche normalement, mais garde un aspect rigide, les mains collées au tronc, sans balancement.
L'intelligence ne paraît pas touchée. Il n’y a pas de troubles de la mémoire. Le langage est facile, Les sphineters sont intacts.
Le malade quoique son aspect soit soudé, exécute bien tous les mouvements de flexion et d'extension du tronc.
Les autres appareils sont normaux. Le traitement à la scopolamine ne donne pas de changement.
16 février 1922. — Le malade revient à la consultation parce que son état ne s’est pas amélioré. Depuis son départ de l'hôpital, il a remarqué que ses mains s’engourdissaient (surtout la gauche) de plus en plus, ce qui ne lui à pas permis de continuer son métier d’ajusteur. Son patron l’a gardé dans l'usine, mais il ne fait que « bricoler » e£ distribuer des outils.
Il existe un tremblement très léger et intermittent des mains, Mais ce trembiement existerait depuis son séjour à l'hôpital en juin 1921. De plus, en marchant, il ressent parfois dans le membre inférieur droit un soubresaut qui fait un peu fléchir la jambe et qui se produirait à chaque pas. Nous n'avons pas constaté ce soubresaut et nous avons seulement remarqué qu’en marchant, il n’appuvait que la pointe du pied droit sur le sol.