OBSERVATION IX
BELLANGER — Journal de Méd. de Paris, 1927.
Le 18 avril 1925, un homme âgé de 55 ans se présente à la consultation à 15 heures pour réfention aiguë complète. Le toucher rectal ne révèle pas une prostate particulièrement grosse. Le malade avoue plusieurs écoulements antérieurs et examen à la bougie olivaire montre un rétrécissement infran-
chissable à l’angle péno-scrotal; j’essaie de passer une bougie
Ro
filiforme, je ne peux y parvenir et, pressé, j’invite le malade à se rendre en maison de santé pour l’examiner en détail et l’opérer au besoin. Le malade, hésitant, demande à consulter sa famille.
À 18 heures, il revient, au moment où ma consultation se termine, accompagné d’un de ses amis et décidé à ce qu’il faudra. Il entre dans mon cabinet pour prendre les renseignements nécessaires, et son ami, inquiet devant la possibilité d’une intervention, me fit cette réflexion : « Il a pu uriner un peu tout à l’heure, cela va peut-être s’arranger. » Afin de lui donner une satisfaction morale, j'accepte d’examiner à nouveau le malade. Sans la moindre difficulté, je passe la première filiforme; pas la moindre goutte de sang. Heureux de voir l'intervention se limiter à une simple urétrotomie interne, je fixe ma filiforme et j'envoie mon malade à la maïison de santé. Je le rejoins peu après, apportant mon matériel at, « Ô ironie », ma solution glycérinée de cocaïne à 2 %, alléguant que j'en avais l’habitude et que je n’en voulais point d’autre. À la salle d'opération, toilette du gland, lavage du canal. Avec la seringue de Bonneau, injection de 7 cc. dè Ja solution, dont plus de la moitié ressort le long de la filiforme laissée en place.
Je laisse cette solution environ deux minutes, puis je la laisse écouler; j'injecte à nouveau 10 ce. de la solution, fort soigneusement pour qu’il en coule le moins possible au dehors et la maintiens dans le canal.
Avant d’avoir eu le temps de mettre mes gants, mon malade me jette ce cri d'alarme : « Docteur, ça ne va pas, je sens mon cœur qui s’en va. » Immédiatement, on supprime la pince qui obture le canal. Avec une rapidité foudroyante, le malade est pris de convulsions toniques de tout le corps : le visage se cyanose, les dents sont serrées et mordent Ia langue, l’écume sort de la bouche, les pupilles sont dilatées, les yeux exorbités regardent fixement.
Les membres s’agitent de convulsions cloniques, Ia respi-
ration est stertoreuse, puis elle s'arrête; la tête retombe, le malade est mort.
Ether, caféine : aucun résultat.
Pas d’autopsie