TROISIÈME PARTIE
71. L'attitude indépendantede la vie juridique en face de la loi religieuse eut encore une autre cause. Tant que Médine demeura Ja capitale et le centre du pouvoir, l'autorité temporelle et l'autorité spirituelle continuèrent d’être réunies dans les mêmes mains : les mêmes individus possédaient la connaissance de la loi, et gouvernaient la jeune communauté. L’avènement des Omaiyades, et le choix de Damas comme capitale, amenèrent des changements importants. Le khalifat de Damas ne pouvait guère prétendre à la direction des affaires religieuses : il n'avait pas auprès de lui les compagnons du Prophète, qui, vivant à l'école du nouveau régime, s'étaient retirés dans les villes saintes, à la Mecque et à Médine. Quand plus tard les ‘Abbasides chassèrent les Omaiyades, ils promirent bien de rétablir dans leurs droits les partisans de la tradition religieuse, mais le khalifat de Baghdad ne fut pas moins séculier que celui de Damas, ni plus disposé à accepter la tutelle des théologiens. Cette sécularisation politique de la communauté islamique eut pour résultat de relâcher le lien qui unissait la théorie et la pratique du pouvoir religieux. À partir de ce moment, les princes laïques et les docteurs de la loi suivirent de plus en plus des routes
distinctes, et cette séparation empêcha l'évolution ulté-
valoir une interprétation libérale des textes de la chart'a. Nous avons pu signaler, dans le cadre restreint de cette étude, des manifestations de cette tendance chez des auteurs comme Tabari (838-923) et Mävwardi (974-1058), cf. supra p. 38. La formule générale de cette doctrine aurait été donnée, d'après M, Fathy (op. cit., p.205 et suiv.), parIbn Qaïim al Djaouaziah, jurisconsulle du x:v° siècle de notre ère.