LE DROIT POSITIF
rieure du droit de se traduire dans la pratique. Les jurisconsultes renoncèrent à réclamer l'application de la loi religieuse ; ils déclarèrent que le monde était trop corrompu pour une loi aussi parfaite : cette loi n'avait pu gouverner la communauté musulmane que pendant l'âge d’or de Mahomet et de ses premiers successeurs ; elle serait de nouveau appliquée, dans toute son intégrité, le jour où le mahdi, le chef guidé par Dieu, viendrait mettre, dans le monde, « autant de justice qu'il y a actuellement d injustice ».
72. Ainsi donc, tandis que la doctrine restait inflexible; la pratique se pliait aux circonstances, et s’accommodait au génie des peuples. Sans doute les meilleurs auteurs du droit musulman ont toujours admis la validité de la coutume (‘äda) (x), dans les cas juridiques qui ne sont pas en rapport étroit avec la vie religieuse ; mais [à ne s’est pas borné le rôle de l’’éda(2) que l’on voit fréquemment entrer en conflit avec les prescriptions les plus impérieuses de la loi canonique (chart a).
Il y a donc eu pénétration du figh par les mœurs, les coutumes, l'état social des peuples conquis. Chaque nation, au fur et à mesure qu'elle s'incorporait dans l’empire musulman, a adopté la partie des principes islamiques qui
cadrait le mieux avec ses habitudes et ses tendances : par-
(1) Goldziher, in Encyclopédie de l'Islam, sub verbo, Dans la littéralure « “dda » est parfois remplacé par « ‘orf », où « ganoun».
(2) Le rôle de l’éda n’est nulle part exposé aussi parfaitement que dans les publications de M. Snouck Hurgronje, en particulier dans son livre magistral « The Achehnese ».