‹ Contribution à l'étude du rythme urinaire chez les hépatiquesChapitre 18 sur 23 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

(Service de M. Gilbert.)

Cirrhose atrophique posthypertrophique. — Première - phase d'isurie avec oligurie.— Deuxième, d’anisurie avec diurésie normale. — Troisième, avec rythme presque physiologique.

Antécédents héréditaires. — Ne présentent rien d’intéressant.

Antécédents personnels. — Jeanne L..., couturière, âgée

de quarante-neuf ans.

Elle est née à terme. Pas de retard de la dentition et de la marche.

Fièvre typhoïde à cinq ans.

Rougeole quelques mois après avec complication oculaire.

Deuxième enfance maladive.

Formée à quinze ans.

Mariée à dix-sept ans et demi, elle fait une fausse couche à dix-huit ans et demi. Son mari mourut neuf ans après le mariage.

A vingt ans, entérite.

A vingt-quatre ans, fièvre typhoïde avec convalescence très longue.

À vingt-huit ans, déviation utérine, métrorragies, pertes blanches.

Remariée à vingt-neuf ans. Son mari mourut vingt ans

plus tard de saturnisme et d’éthylisme.

A trente-deux ans, sciatique droite.

Ménopause à quarante et un ans.

Aucune cause d'intoxication à l’exception du café pris en

grande quantité. Pas d'éthylisme.

Antécédents hépatiques. — Sa mère avait un teint jaune, cependant n'avait eu ni ictère, ni colique hépatique.

Son père avait des hémorroïdes avec crises et flux hémorroïdaires.

Elle n’eut ni ictère, ni colique hépatique, ni épistaxis. Son estomac est capricieux ; tantôt anorexie, tantôt boulimie suivie de digestion pénible. Pas de hoquet, pas d’éructations, pas de nausées, pas de vomissements. A vingt ans, elle eut de l'entérite, survenue à la suite de fatigues et de privations ; elle demeure trois semaines alitée avec de violentes coliques, du ténesme et des selles glaireuses. Depuis, elle n’a jamais de constipation, mais parfois de la diarrhée. Des hémorroïdes, survenues au moment de son entérite, ont persisté depuis, sans amener de crises ni d’hémorragies. Elle présente une grande sensibilité au froid avec asphyxie locale, au niveau des doigts, quand elle y est exposée ; elle a facilement la chair de poule. Ni démangeaisons, ni rhumatismes articulaires. À

Historique de la maladie actuelle. — Le début fut insidieux et progressif.

Un œdème des deux membres inférieurs semble avoir été le premier signe perçu par la malade vers juin 1904. Cet œdème remontait jusqu'aux genoux, assez prononcé, gênant la flexion du pied. Plus développé au membre inférieur

gauche qu’au droit, Bien que la malade demeurûât au lit,

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l'œdème ne diminuait pas et même l’ascite apparaissait peu à peu. Un prurit intense commença à ce moment.

Les troubles gastro-intestinaux peu marqués avaient précédé l'œdème de quatre ou cinq mois : ballonnement du ventre, tension de la région épigastrique. 1l n’y eut ni anorexie, ni nausées, ni hoquets, ni vomissements, ni hématémèses, ni régurgitations électives. Elle se plaint seulement de l’amertume de la bouche. Les selles étaient assez régulières avec de la diarrhée parfois, sans prendre le type hydroôrréique. Les hémorroïdes n’ont pas augmenté. On ne trouvait aucun trouble circulatoire notable en dehors des

œdèmes.

Elle eut de la pollakiurie vers cette époque. Elle accusé des engourdissements, des fourmillements, des picotements dans les mains, la sensation de doigt mort, des crampes dans les mollets, du refroidissement des extrémités avec cyanose locale, autant de symptômes qui, bien que préexistants, s’accentuèrent à cette époque.

Un mois après l'apparition de l’œdème, le ventre augmenta progressivement de volume. En même temps, sensation de lourdeur, de pesanteur épigastrique. Puis l’ascite s'accroît rapidement; en trois semaines, le ventre est distendu avec peau luisante, sillonnée d’une circulation collatérale très accentuée. Elle entre à l'hôpital le 7 août 1904 et y est ponctionnée d'urgence. Cette ascite s’accompagnait de phénomènes de compression : œdème des membres inférieurs surtout. Le système porte ne semblait pas aussi atteint, bien que la circulation collatérale superficielle fût intense. Les

troubles gastro-intestinaux s'étaient aggravés; la constipa-

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tion s'était installée opiniâtre. L’oligurie et la pollakiurie étaient augmentées également.

Après ponction pratiquée à la salle Gubler, il y eut rétrocession de tous ces phénomènes, y compris les œdèmes.

Depuis lors, l’ascite se reproduisit, nécessitant sept ponctions du 7 août 1904 au 1€" avril 1905. Chaque aggravation de l’ascite donnait lieu aux mêmes troubles, à l'exception des œdèmes qui ne se reproduisaient plus, sans doute en raison du décubitus auquel était soumis la malade. Dans les premiers mois, l'oligurie était très menaçante; il y eut ensuite des débâcles urinaires avec véritables crises polyuriques. Peu à peu, l’ascite eut moins de tendance à se reproduire et les ponctions furent espacées.

Examen de la malade (15 juin 1905). — Elle a une très mauvaise dentition. Les troubles dyspeptiques sont très peu marqués actuellement ; la palpation de l'estomac est rendue impossible par l'ascite. Les selles sont régulières et normales; parfois cependant, débâcles diarrhéiques avec besoins pressants et coliques; les hémorroïdes persistent.

a région hépatique est très sensible. La submatité hépatique débute à la quatrième côte, remplacée par de la matité absolue au niveau de la cinquième côte. Au-dessous des fausses côtes, la matité se confond avec celle de l’ascite qui rend égalementla palpation impossible.

La percussion révèle l’augmentation de la matité splénique qui remonte à la huitième côte sur la ligne axillaire postérieure. Pas de souffle splénique.

L'exploration du poumon droit fait voir de la voussure thoracique au-dessous de la septième côte, région dans

laquelle les vibrations thoraciques sont très affaiblies et où

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la matité augmente progressivement de haut en bas tandis que le murmure vésiculaire s’y entend de moins en moins.

On ne trouve aucun bruit adventice dans la région.

Le poumon gauche est normal. La malade n’a ni dyspnée, ni toux, ni expectoration. Le nombre des mouvements respiratoires est de 14 à la minute.

Le cœur est normal. L’artère radiale est dilatée et flexueuse, mais pas dure. On compte 84 pulsations à la minute. Le sphygmomanomètre donne 13 de tension, Les temporales sont dilatées et flexueuses. |

Les urines ne renferment ni albumine, ni sucre. IL y a légère urobilinurie et Re À L'examen fractionné a montré de l’opsiurie et le taux des émissions quotidiennes est des plus variables.

Le 17 juillet, il est pratiqué une ponction de l’ascite ; avant la ponction, la circulation collatérale était marquée.

La tension était de 16;

Le pouls indiquait 94 ;

Le poids était de 62 kilogrammes;

On retire 16 litres, et, après ponction.

La tension est de 16 et demi;

Le poids correspond à 45 kilogrammes;

Le pouls est à 82.

La circulation collatérale disparaît partiellement.

Le liquide retiré est de coloration verdâtre, ne contenant pas d’urobiline. On y retrouve de l’albumine, des pigments biliaires, du chlorure de sodium à 5 gr. 36 au litre.

Par la suite, l'amélioration s’accentue, le liquide se reproduit de plus en plus lentement. À signaler un accident sur-

venu le 24 septembre ; à la suite d’une injection de glucose,

la malade eutun abcès qui, sans présenter de gravité, évolua en un mois avant de guérir.

Juin 1906.— La malade semble en très bon état de santé. Elle n’a plus ni œdème, ni ascite, bien qu’elle ne garde plus le lit. Ses éliminations urinaires, qui étaient irrégulières, sont presque égales actuellement avec une moyenne un peu supérieure à la normale de 1.500 grammes. Elle a de l'appétit

et ne présenté aucun trouble gastrique.

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