APERÇU ANATOMIQUE DE LA RÉGION PAROTIDIENNE
Nous n’avons pas l’intention de faire une étude anatomique complète de la région parotidienne et de la glande elle-même. Les ouvrages modernes d’anatomie topographique de Richet, de Tillaux, en renferment d’excellentes descriptions.
Après avoir rappelé succinctement les limites de la loge parotidienne, la disposition de l’aponévrose parotidienne, nous rapporterons les résultats de quelques recherches personnelles, que nous, avons faites à l’amphithéâtre d’anatomiedes hôpitaux, dans le pavillon duDr Demoulin.
Elles ont porté sur les parotides accessoires, sur le prolongement pharyngien de la glande parotide, sur les rapports des nerfs et des vaisseaux qui traversent la glande avec le tissu glandulaire lui-même.
Nous empruntons au beau livre de M. Tillaux les détails suivants :
« La région parotidienne tire son nom de la glande parotide qui en occupe la plusgrande partie. Réduite dans l’attitude normale, à une simple fente allongée dans le sens vertical, située entre le bord postérieur de la mâchoir e
(1) Voir à la fin de la thèse la reproduction d’une photographie de la région parotidienne.
inferieure et le bord antérieur du muscle sterno-cléidomastoïdien, elle se traduit à l’extérieur, sous la forme d’une gouttière, placée au-dessous du pavillon de l’oreille. Celui-ci recouvre même environ la moitié supérieure de la région, en sorte qu’il convient de le détacher pour en voir l’ensemble.
La région parotidienne s’agrandit notablement, si Ton porte la tête dans l’extension ; elle s’élargit également un peu dans les mouvements de propulsion de la mâchoire. Ses limites extérieures très faciles à déterminer sont les suivantes : en haut le conduit auditif externe et l’articulation temporo-maxillaire.
En avant, le bord postérieur du maxillaire inférieur. En arrière, le bord antérieur du muscle sterno-cléidomastoïdien et l’apophyse mastoïde.
En bas, une bandelette fibreuse étendue horizontalement de l’angle de la mâchoire, au bord antérieur du sterno-mastoïdien.
Cette bandelette fibreuse sépare en bas la région parotidienne de la région sus-hyoïdienne et en particulier de la glande sous-maxillaire; elle présente une résistance suffisante pour que les lésions pathologiques, de l’une et de l’autre région, soient généralement indépendantes.
Les diverses parties que nous" venons d’énumérer, circonscrivent un espace, dont la forme est celle d’un quadrilatère allongé dans le sens vertical et dont la largeur varie, suivant que la mâchoire s’écarte ou se rapproche du muscle sterno-mastoïdien.
Mais ce n’est là que la délimitation extérieure de la
région, ce n’est que l'orifice d’une cavité dans laquelle s’engage la glande et qu’on appelle excavation ou loge parotidienne.
On ne saurait se faire une idée exacte de la forme de cette loge que sur une coupe horizontale. L’excavation parotidienne rappelle la forme d'un vase à bords légèrement renversés en dehors, présentant une ouverture, un fond et deux bords.
L’ouverture délimitée dans le paragraphe précédent répond à la peau ; le fond à l’apophyse styloïde et au pharynx dont il est séparé par des vaisseaux et des nerfs. Quant aux bords, ils sont l’un antérieur, et l’autre postérieur.
Le bord antérieur est composé de dehors en dedans indépendamment des téguments, parles bords postérieurs du muscle masséter (si la coupe était faite à la partie supérieure de la région, le masséter ne s’y rencontrerait plus, à cause de l’obliquité de sa direction) et de la branche montante de la mâchoire inférieure, du muscle ptérygoïdien interne.
Le bord postérieur est limité par le muscle sternocléido-mastoïdien et plus en dedans par le ventre postérieur du digastrique ».
Mais la loge parotidienne présente encore deux parois l’une supérieure, l’autre inférieure. C’est ce dont on se rend compte sur une coupe verticale et transversale de la région.
On voit que la paroi inférieure est constituée par un feuillet aponévrotique, à direction horizontale de dehors en dedans ; feuillet qui semble n'être qu’une prolongation
en dedans de la bandelette fibreuse, qui réunit le bord antérieur du sterno-mastoïdien à l’angle de la mâchoire et que M. Richet appelle aponévrose d’insertion faciale du sterno-mastoïdien.
Ce feuillet fibreux formant la paroi inférieure de la loge, sépare la glande sous-maxillaire de l'extrémité inférieure de la glande parotide.
La paroi supérieure de la loge est formée en haut, par la paroi inférieure du conduit auditif externe dans sa partie cartilagineuse seulement.
M. Tillaux conclut plus loin :
a En résumé les rapports de la loge parotidienne peuvent être énumérés ainsi : limitée au dehors parla peau et l’aponévrose, elle est en rapport en avant avec les bords postérieurs du masséter, de la branche montante de la mâchoire inférieure et du ptérygoïdien interne, au-dessous duquel la glande parotide envoie un prolongement ; en arrière avec les bords antérieurs du sterno-cléidomastoïdien et du ventre postérieur du digastrique ; en bas avec la région sous-hyoïdienne qu’elle limite latéralement; en haut avec la paroi inférieure du conduit auditif externe dans sa portion cartilagineuse seulement; enfin en dedans avec l’apophyse styloïde, les muscles qui en naissent et la paroi latérale du pharynx.
Elle est séparée de cette dernière par un paquet vasculo-nerveuxde la plus grande importancequi comprend : la veine jugulaire interne, la carotide interne, les nerfs pneumogastrique, spinal, glosso-pharyngien, grand hypoglosse et le grand sympathique. »
M. Richet ne donne pas la même description des parois de la loge parotidienne. Voici ce qu’il dit :
« Lorsque la glande a été enlevée avec tous ses prolongements^ on a sous les yeux une large cavité, dont l’ouverture est ovalaire, qui va se rétrécissant obliquement en avant et en dedans du côté du pharynx et s’enfonce derrière la branche du maxillaire inférieur en aVrière du muscle ptérygoïdien interne.
La paroi postérieure est inclinée et présente dans toute son étendue, une couche musculaire formée de dehors en dedans et des parties superficielles aux parties profondes : par le sterno-mastoïdien, le ventre postérieur du digastrique soulevé par l’apophvse transverse de l’axis, le stylo-hyoïdien, le stylo-pharyngien et le stylo-glosse. Tous ces muscles sont enveloppés par une aponévrose blanchâtre et résistante qui les relie entre eux, et de laquelle se détache inférieurement une lame qui se recourbe en avant pour se fixer à l’angle du maxillaire. C’est ce dernier plan fibreux qui s’interpose entre les glandes parotide et sous-maxillaire, ferme en bas le creux parotidien et le sépare de la région sous-hyoïdienne. Il ne paraît être qu’une dépendance au moins dans sa partie la plus superficielle, de l’aponévrose cervicale antérieure, qui du muscle sterno-mastoïdien se porte sur le maxillaire et la face antérieure du masséter, tandis que profondément, il est représenté par le ligament stylomaxillaire et les attaches fibreuses très résistantes du muscle stylo-glosse à la face interne de l’angle de la mâchoire.
La paroi antérieure du creux parotidien, inclinée en
avant, s’enfonce sous la branche de la mâchoire et se trouve limitée par le bord postérieur du muscle ptérygoïdien interne.
*La paroi supérieure est constituée par les portions cartilagineuse et osseuse du conduit auditif externe et par l’articulation temporo-maxillaire.
Le sommet formé par la réunion des parois antérieure et postérieure est oblique en avant et situé au-dessous et et en avant de l’apophyse stvloïde. Cette dernière proéi mine quelquefois assez fortement pour que la partie la plus reculée de l’excavation parotidienne ne puisse être explorée qu’à la condition d’attirer en avant la mâchoire inférieure afin de dégager et d’éclairer cette arrièrecavité, L’œil et le doigt peuvent alors distinguer les parois du pharynx recouvertes d’un tissu cellulaire graisseux assez abondant interposé entre elles et le ptérygoïdien interne... Telle est la loge parotidienne. »
On voit que ces deux descriptions diffèrent en somme assez peu l’une de l’autre. Tandis que M. Tillaux considère comme fond de la loge l’apophyse styloïde et les muscles qui en naissent, M. Richet place le sommet de cette loge en avant de l’apophyse styloïde et fait rentrer dans sa paroi postérieure, l’apophyse styloïde et les muscles qui s’y insèrent.
De plus, M. Richet admet que la glande parotide est en rapport en haut avec la portion osseuse du conduit auditif externe, fait nié par M. Tillaux. La figure reproduite dans l’ouvrage de ce dernier démontre bien que c’est la partie cartilagineuse seule de ce conduit, qui est en rapport avec la glande parotide, et cela directement, sans
interposition de l’aponévrose’ parotidienne qu’il nous faut maintenant décrire.
Les parois de la loge parotidienne sont recouvertes par une aponévrose qui n’entoure pas complètement la glande parotide.
Si on considère le trajet de cette aponévrose sur une coupe transversale portant sur la partie moyenne de la région, on peut la comprendre de la façon suivante :
L’aponévrose cervicale superficielle, arrivée au bord postérieur du muscle sterno-mastoïdien, entoure ce muscle, formant deux feuillets, l’un profond, l’autre superficiel, qui passant sur les faces correspondantes du muscle, viennent après l’avoir entouré se réunir sur son bord antérieur. Là l’aponévrose cervicale superficielle réduite à un seul plan, se dédouble à nouveau.
Le feuillet superficiel passe sur la face externe de la parotide, se jette sur la région massétérine, maintenant, sous lui et appliqué sur le muscle masséter, le prolongement de la glande parotide, qui, situé en dehors de l’excavation parotidienne porte le nom de parotide accessoire, surtout dans la momenclature française. Quant au feuillet profond, il tapisse le bord postérieur de la loge, arrive à l’apophyse styloïde à laquelle il s’insère et se confond là, avec l’aponévrose qui recouvre les muscles styliens. On pourrait dire aussi comme le fait M. Tillaux qu’il fournit des gaines aux muscles du bouquet de Riolan. Ce même feuillet profond tapisse enfin le bord antérieur de la loge et vient se réunir au feuillet superficiel, un peu en dehors du bord postérieur du muscle
masséter. Les deux feuillets profond et superficiel réunis
constituent l’aponévrose massétérine.
Sur une coupe verticale et transversale, on peut voir que l'aponévrose n’entoure pas complètement la glande. Si en bas elle forme un plan résistant qui sépare la glande parotide de la glande sous-maxillaire, plan qui ne semble être qu’un prolongement en dedans de l’aponévrose d’insertion faciale et qui se continue en haut avec le ligament stylo-maxillaire (Sappey); on peut constater qu’en haut, l’aponévrose n’existe pas. Le tissu glandulaire se trouve directement en rapport avec la portion cartilagineuse du conduit auditif externe.
En avant de l’apophyse styloïde on voit un trou aponévrotique, qui donne passage au prolongement pharyngien de la glande, quand il existe. Un point sur lequel nous désirons insister est le suivant. C’est qu’en haut l’aponévrose cervicale superficielle dont le feuillet superficiel de l’aponévrose parotidienne n’est qu’une dépendance, s’insère au tubercule de l’apophyse zygomatique et plus bas sur la portion cartilagineuse du conduit auditif et sur l’apophyse mastoïde. Ces insertions sont très fortes, et c’est ce qui nous explique que les tumeurs de la parotide ne dépassent pas en général par leur extrémité supérieure, une ligne qui passerait par le bord inférieur de l’arcade zygomatique.
De la glande parotide elle-même, nous n’avons que peu de choses à dire. Rappelons seulement qu’elle se moule exactement sur la loge parotidienne dont elle prend la forme.
Son poids moyen est d’après Sappey de 25 à 28 gr.
La glande parotide déborde souvent par en bas l’angle de la mâchoire de 1 à 2 centimètres, c’est un fait que démontrent les dissections et surtout la ligature de la carotide externe. On entame presque toujours la parotide en menant l’incision comme on doit le faire jusqu’en arrière de l’angle de la mâchoire.
On décrit à la glande parotide plusieurs prolongements. L’un situé complètement en dehors delà loge sur le masséter, mais recouvert par l’aponévrose parotidienne, c’est la parotide accessoire.
Le prolongement pharyngien qui sort par le trou situé en avant de l’apophyse styloïde et qui se trouve en rapport avec le muscle ptérygoïdien interne.
D’autres auteurs ont encore décrit un prolongement postérieur entre les muscles digastrique et sterno-mastoïdien, d’autres enfin entre la branche montante du maxillaire inférieur et la face externe du ptérygoïdien * interne. Ce dernier prolongement n’existe pas d’après M. Tillaux qui fait remarquer qu’il faudrait pour qu’il existât que le muscle fût détaché de l’os.
Nous avons fait avec le plus grand soin dix préparations de la loge parotidienne et de la glande qu’elle contient.
Jamais nous n’avons vu de prolongement postérieur entre le ventre postérieur du digastrique et le sternomastoïdien. Nous n’avons pas rencontré de prolongement antérieur entre la branche de la mâchoire et le ptérygoïdien interne. Quant au prolongement pharyngien', nous l’avons trouvé huit fois sur dix. Il manquait donc deux fois, ce qui peut avoir de l’importance dans le
cas d’extirpation complète de la parotide. Richet signale du reste l’absence de ce prolongement. Il ajoute qu’il est parfois très développé, c’est un fait que nous n’avons jamais constaté. Mais un fait important nous a frappé, dans l’étude de la glande parotide elle-même.
Outre la parotide accessoire constante, nous avons vu deux fois un lobule accessoire situé en avant du bord antérieur du masséter. Dans la figure que nous reproduisons on peut voir ce lobule qui avait sur le cadavre le volume d’un gros pois. Il est pourvu d’un canal excréteur distinct, qui vient se jeter presque perpendiculairement dans le canal de Sténon et reçoit une artère spéciale,, née de l’artère transversale de la face. Ce prolongement est du reste connu, M. Sappey le signale, voici comment il s’exprime :
« Quelquefois on observe sur le conduit de Sténon, au niveau ou au-devant du bord antérieur du masséter, un lobe isolé ou bien un lobule, tantôt unique et tantôt double, qui semble former une glande à part et qui a reçu le nom de parotide accessoire. Mais cette dénomination ne saurait lui convenir, car le conduit excréteur qui en part, ne va jamais s’ouvrir isolément dans la bouche; il se jette dans le canal de Sténon, en sorte qu’on peut l’injecter en même temps que ses divers affluents... »
L’existence de ce lobule erratique a du reste été signalée par d’autres auteurs.
On lit en effet dans Hyrtl :
« Il y a souvent au-devant de la glande parotide et sur le canal de Sténon encore une petite glande dont le canal s’ouvre dans le conduit même de Sténon. »
Heitzmann écrit : « Souvent il y a sur le conduit de Sténon ujie petite parotide accessoire isolée » (Die descriptive und topographish anatomie des Menchen).
Outre ce lobule isolé de la parotide, on voit, échelonnés sur le trajet du canal de Sténon, du bord antérieur du masséter au point de pénétration du canal excréteur de la glande parotide dans la bouche, et situés sur la face externe du muscle buccinateur, de petits lobules glandulaires surtout abondants, au voisinage de l’embouchure du canal de Sténon. On croirait au premier abord, qu’il s’agit là d’autres petites glandes appartenant comme le lobule erratique, signalé plus haut, au système de la parotide et de son conduit excréteur. Il n’en est rien, ce sont là des glandes parfaitement étudiées par Sappey, signalées par Hyrtl et qiuont toutes un canal excréteur qui va s’ouvrir sur la muqueuse buccale.
Il n’en est pas moins vrai, qu’il y a de la loge parotidienne à la face externe du buccinateur, tout un groupe glandulaire qu’on passe volontiers sous silence. Son existence constante nous ayant frappé dans nos dissections, nous avons tenu à appeler sur lui l’attention.
Nous en avons fini avec la glande parotide de fhistologie de laquelle nous ne nous occuperons pas.
Il nous reste à rappeler ses rapports intrinsèques, à rappeler en d’autres, termes, les organes, vaisseaux et nerfs, qui traversent le tissu glandulaire.
Les artères contenues sont, outre les artères nourricières qui viennent de celles qui traversent la glande :
1° La carotide externe qui, d’après Tillaux, n’affecte avec la parotide dans son 1/3 inférieur, que des rapports
de contiguïté tandis qu’elle traverse de dedans en dehors et de bas en haut les 2/3 supérieurs du tissq glandulaire.
Les deux branches terminales de la carotide externe ; la
temporale superficielle et la maxillaire interne, naissent dans l’épaisseur même de la glande.
Il faut encore signaler l’artère auriculaire postérieure qui naît toujours aussi dans l’épaisseur de la parotide; quelquefois, mais non toujours, l’occipitale se comporte delà même façon. N’oublions pas non plus quelques branches dites transverses de la face (Richet).
Les veines contenues sont la jugulaire externe, située en dehors de la carotide externe. M. Tillaux dit à son sujet :
« Il n’est pas rare d’observer la bifurcation de la veine dans l’épaisseur de la glande; l’une des branches descend à la partie inférieure de la loge, en sort pour devenir superficielle,, et se place à la face externe du muscle sterno-mastoïdien ; c’est la jugulaire externe; l’autre accompagne la carotide externe et va se jeter dans la jugulaire interne, vers l’angle de la mâchoire et constitue une branche anastomotique importante. »
On rencontre dans la loge parotidienne deux nerfs; l’auriculo-temporal branche du nerf maxillaire inférieur (3e branche de la 5e paire) et le facial.
Rappelons que le nerfde la 7e paire passe en dehors delà carotide et de la veine jugulaire externe, qu’il est par conséquent plus superficiel que ces vaisseaux et que se dirigeant d’arrière en avant et un peu obliquement de haut en bas, il les croise presque perpendiculairement. Rappelons aussi
sa division dans la glande parotide même en deux branches Tune ascendante ou temporo-faciale, l’autre descendante ou cervico-faciale.
Une question importante au point de vue de l’extirpation de la parotide est la suivante. Quels sont les rapports du tissu glandulaire avec les vaisseaux et les nerfs? peuvent-ils être séparés par la dissection ?
Richet dit en parlant des artères et des veines contenues dans le tissu parotidien : « Artères et veines sont tellement confondues avec le tissu propre de la glande et y adhèrent si intimement, qu’il est difficile de songera enlever la parotide sans les intéresser toutes ».
filiaux écrit : « Ce qu’il est en définitive important de retenir c’est que l’artère carotide externe et ses branches sont situées dans l’épaisseur de la glande parotide, qu’elles y adhèrent intimement, en sorte que leur dissection très difficile déjà sur le cadavre me paraît à peu près impossible sur le vivant ».
Quant au nerf facial, nous lisons dans le même auteur : c( Contrairement à ce qui a lieu pour l’artère carotide externe et ses branches, le nerf facial n’adhère pas aux granulations de la glande, en sorte que la dissection est en somme assez facile sur le cadavre; mais je répète que sur le vivant, si on peut à la rigueur extirper, en y mettant du soin, un adénome, un chondrome, sans couper le nerf facial, l’extirpation de la parotide dégénérée en entraîne nécessairement la section ».
Nous avons vérifié ces dispositions dans nos dissections et nous avons toujours été frappé de la difficulté desé-
parer les vaisseaux sanguins du tissu glandulaire. Quant au nerf facial, bien qu’il soit toujours possible de le disséquer, il nous a paru parfois très adhérent au tissu parotidien.
Les ganglions de la parotide sont superficiels et profonds.
Les superficiels qui reposent sur la face externe de la parotide, sont toutefois sous-aponévrotiques.
Les autres profonds sont disséminés dans la glande.
Il y a bien d’autres ganglions situés plus profondément encore, autour de la carotide et de la veine jugulaire internes, mais ils sont en dehors de la loge paroti- * dienne, ils font partie de la chaîne carotidienne. Nous n’avons plus qu’à dire les couches qui recouvrent la face externe de la parotide. Ce sont: la peau, une couche cellulo -graisseuse sous-cutanée, le feuillet superficiel de l’aponévrose parotidienne .
C’est la présence même de cette aponévrose qui rend compte de l’intégrité de la peau longtemps observée dans les tumeurs parotidiennes, autres que le carcinome.
ÉTIOLOGIE
Les sarcomes purs de la région parotidienne sont loin d'être fréquents, dans l’immense majorité des cas, il s’agit de sarcomes mixtes. Il est bien difficile de dire, même en traitant du sarcome parotidien en général, quelle est la fréquence de cette néoplasie comparativement aux autres productions morbides qu’on peut rencontrer dans cette glande salivaire.
Kaufmann dansson mémoire de 1881 dit que c’est seulement dans ces dernières années, qu’on a commencé à prêter l’attention aux cas de sarcomes purs de la glande parotide, parce qu’auparavant on avait pris beaucoup de sarcomes pjour des carcinomes.
Le Dr Buss de Munich (. Aerztliclies Intelligenz Blatt , 1885) dit que sur quatorze tumeurs de la parotide on trouve dix sarcomes, tandis que Weber donne 7 sarcomes seulement sur quatre-vingt-seize tumeurs parotidiennes.
Enfin John A. Wyeth ( Text . book on Surgery , N. -Y., 1887) dit : Environ 30 pour 0/0 de tous les néoplasmes de la parotide sont des enchondromes-, 25 0/0 des carcinomes, tandis que les 45 0/0 qui restent se partagent également entre le sarcome, le fibrome, le myxome et les kystes ». On voit qu’en résumé Wyeth admet que les
sarcomes entrent pour 11 0/0 dans les tumeurs de la parotide. Les différentes statistiques sont donc loin de concorder.
Age. — Voici ce que nous trouvons dans les auteurs, à propos de l’âge auquel se développent les tumeurs de la parotide.
Duplay ( Traité de path. externe , t. V) dit : le sarcome de la parotide se montre en général chez les individus jeunes et devient assez rare après 40 ans.
Nous trouvons dans le manuel de pathologie externe des quatre agrégés ceci : « Le sarcome de la parotide se montre le plus souvent chez les sujets jeunes ou chez les adultes ». Wyeth écrit : « Les tumeurs delà parotide sont rares avant 30 ans, on les rencontre surtout entre 30 et 50 ans ».
L’enchondrome, le myxome, le sarcome et le fibrome se développent dans les premières décades de la vie. Le sarcome peut se développer dans l’enfance ou au début de l’âge adulte.
On trouve ceci dans Kœnig ( Traité de path. chir. spéciale , t. I, p. 563, traduction française) : « J’ai pour ma part l’impression que dans la majorité des cas, le sarcome de la parotide apparaît entre 18 et 20 ans. Kaufmann se basant sur des chiffres peu élevés a trouvé que la plus grande fréquence est de 20 à 30 ans (plus d’un tiers de tous les cas), puis viendrait la période de 10 à 20 ans avec un cinquième des cas. La tumeur en question peut du reste se montrer à tous les âges, il n’est même pas rare de Pobserver dans la première année de l’existence ».
Voici les chiffres que nous obtenons en dépouillant nos observations.
Sarcome pur, 21 cas.
Sur 16 cas où l’âge est indiqué on trouve :
De 10 à 20 ans : 6 cas.
De 20 à 30 ans : 5 cas.
De 30 à 40 ans : 3 cas.
De 40 à 50 ans : 2 cas.
De 50 à 60 ans : 1 cas.
Les o cas de sarcomes mélaniques que nous rapportons donnent :
20 ans : 1 cas.
44 et 45 ans : 2 cas.
60 ans : 2 cas.
Nous trouvons enfin un cas de cysto-sarcome à 76 ans .
En somme la fréquence du sarcome pur est plusgrande de 10 à 30 ans.
Sexe. — On lit dans plusieurs ouvrages que le sarcome serait plus fréquent dans le sexe féminin. Cette assertion ne coïncide pas avec nos recherches. Dans 19 cas de sarcome pur où le sexe est indiqué nous trouvons :
8 femmes.
11 hommes.
Nos cinq cas de sarcome mélanique appartiennent tous à des hommes.
Le cas de cysto-sarcome a été observé chez une femme . Sans tenir compte de la nature même du sarcome nous trouvons en définitive 16 hommes et 9 femmes.
Côté. — Dans 17 cas seulement sur vingt-sept que nous
rapportons dans notre travail^ le côté où siège le mal est indiqué, nous voyons que la tumeur existe :
A gauche, 12 fois.
A droite, 4 fois.
Des deux côtés, 1 fois.
L 'hérédité ne nous semble jouer aucun rôle dans This-
toire des tumeurs parotidiennes.
Dans l’observation du Dr Eve (obs. Xll de notre thèse) on voit que la mère de la jeune malade atteinte de sarcome parotidien « présente une apparence des plus singulières, elle est depuis sa naissance couverte de petites tumeurs dont quelques unes atteignent le volume de grosses verrues, dont d’autres pédiculées ont la forme et le volume du doigt ». Il nous semble qu’il s'agit là de molluscum de la peau. C’est le seul cas d’hérédité néoplasique que nous ayons rencontré.
Dans aucune de nos observations nous n’avons noté detraumatisme ou d’inflammation antérieure, capable d’expliquer l’apparition, ou tout au moins, le développement plus rapide de la tumeur. C’est cependant une cause qui a été signalée plusieurs fois. Qui ne se rappelle l’observation de Bauchet où une tumeur sarcomateuse de la région parotidienne paraît avoir succédé à une piqûre de sangsue.
Nous rapportons une observation (obs. VI) où se manifeste bien évidemment, l’influence de la grossesse surle développement rapide du sarcome parotidien. Il y a longtemps, du reste., qu’on a signalé l'influence de l’activité des organes génitaux (menstruation, grossesse), sur le développement des tumeurs en général.